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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 02-07-2020]

Vins de Bourgogne

Pas de catastrophisme

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Dans le contexte de crise actuel, l’évolution des crémants de Bourgogne est observée avec intérêt.

Le 29 juin, le BIVB tenait son assemblée générale au Palais des Congrès à Beaune, avec de nombreux sièges condamnés en raison du Covid-19. La crise sanitaire et économique était au centre de nombreuses réflexions et témoignages. Néanmoins les autres sujets de fonds et actions de l’interprofession se poursuivent, notamment ceux techniques, car le réchauffement accélère aussi côté climat.

Après la partie statutaire et la présentation des actions des trois pôles, le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) a consacré un long moment pour tenter d’analyser les derniers mois suite à la crise sanitaire du Covid-19. Et notamment sur la partie commerciale. Elus au pôle Marchés du BIVB, Nicolas Thévenot et Manoël Bouchet en présentaient les «impacts économiques», faisant ainsi ressortir le caractère soudain, brutal mais pas forcément négatif. Première conclusion : «Nous sommes incapables d’en prédire toutes les conséquences». Mais globalement, la Covid-19 aurait tendance à être un «accélérateur des changements» qui étaient déjà en cours. Evidemment, tout le monde pense au e-commerce (+240 % aux Etats-Unis) mais pas seulement. Avant de tirer des plans sur la comète, le viticulteur des Hautes-Côtes-de-Beaune et le négociant d’une Maison beaunoise respectivement, donnaient une vision plus nuancée de la “crise” en cette fin juin : «En Bourgogne, on s’en sort plutôt très bien par rapport à la situation, par rapport à d’autres régions viticoles, par rapport aux concurrents».

Retour salutaire à la vigne
Le BIVB avait souhaité faire témoigner des acteurs économiques pour illustrer comment chacun à vécu cette période. Premier à s’exprimer, Michel Barraud, vigneron et président des Terres secrètes à Prissé. «Une période formidable» lançait-il pour couper court à toutes rumeurs qui pourraient «instaurer la peur auprès des vignerons les plus fragiles. Il nous faut être serein entre négoce et viticulture sinon nous serons tous perdants». Une façon également de rappeler la raison d’être du modèle coopératif. Au delà de la formule choc, il égrenait les faits et les chiffres : «nous n’avons eu que peu d’arrêt d’activité sauf sur la vente directe et en secteur traditionnel. Sinon, les commandes ont continué d’arriver notamment en appellations régionales et communales Saint-Véran. Côté exportations, nous avons performé plus que l’an dernier à fin mai. Nous sommes à +15% en grande distribution, -30 % en CHR mais le secteur redémarre et les carnets de commandes de juin sont équivalents à ceux de 2019. Nous tablons sur un retour à l’équilibre 2019 d’ici la fin d’année». Alors pourquoi si «formidable ?»  «Tout s’est arrêté. On a cessé de courir après le temps. On a vidé la cave, le stock est à refaire. On a réfléchi à l’organisation. On a appréhendé le capital humain, car tout est basé dessus, sur l’exploitation comme à la cave. L’implication des salariés et de la direction a été énorme. Reste cette désagréable impression que des milliards d’€ tombaient du ciel. On sait que toute dette se rembourse donc on croit en notre bon sens paysan : savoir rebondir, s’adapter, développer la communication et surtout renforcer la proximité avec nos clients car sinon, loin des yeux loin du cœur». Un discours optimiste clairement à l’opposé de l’introduction du négociant, Manoël Bouchet qui anticipe lui des «valeurs négatives» pour l’ensemble de la filière dans les mois à venir. «On va rentrer dans un cycle, après les aides, dans une période compliquée avec des stocks et beaucoup de dettes. Il va falloir appréhender le ralentissement de l’activité économique général : capacité de remboursement, d’investissement… nous travaillons avec les banques pour avoir de nouveaux outils financiers pour nos travaux (plantations…)» Les forces d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Les premiers crus et grands crus sont à la peine. Dès lors, l’augmentation des prix «ne pourra pas tout résoudre». Au contraire, les régionales et appellations aux bons rapports qualité-prix-plaisir «cartonnent».

Deux ans de stock à Chablis
Pour l’Yonne et Chablis en particulier, le vigneron, Louis Moreau témoignait : «la crise est là : très brutale. Les clients sont revenus, en France, en Europe (Angleterre…) ou Amérique du Nord mais pas aux niveaux d’avant». Il se montrait alors critique de la gestion de l’appellation : «On est des enfants gâtés, c’est vrai. Notre développement se veut libéral par le marché. Sauf qu’on a 18 mois de stocks à Chablis et ce, malgré cinq années déficitaires. Avec la belle récolte 2020, on va se retrouver avec plus de deux ans de stock. On va tout droit à la catastrophe. Il va falloir piloter l’appellation, aller plus loin sur l’agro-écologie, la qualité des vins… on regarde justement du côté de la gestion des crémants, non pour restreindre mais pour être acteur de notre appellation». Justement le président de l’Union des producteurs et élaborateurs de Crémant de Bourgogne (UPECB), Edouard Cassanet, avait à peine le temps d’expliquer les multiples leviers de pilotage de ces vins. Les chiffres de l’appellation sont effectivement impressionnants. En dix ans, le nombre d’opérateurs a doublé (3 690 contre 1 894), les surfaces ont augmenté de 53% (tout en restant de petites surfaces) passant de 1 809 ha à 3 080 ha pour une production de 129 000 hl (contre
232 000 en 2018) soit 20 millions de bouteilles en moyenne par an. Les ventes ont bondi de 28% en dix ans, dont +9% encore en 2019. La France boit toujours 12 millions de cols mais l’export a doublé (8 millions de bouteilles). «En mars-avril, l’export a temporisé avec une baisse de seulement 7% et en GMS de 40 %». Des baisses impressionnantes mais qui sont à relativiser par rapport aux Champagnes (100 millions de bouteilles non vendues sur une production de 300 ; -1,7 milliards d’€ estimés). «Les effervescents sont dans l’œil du cyclone», avertissait-il. L’UPECB envisage donc «d’abaisser le rendement pour mettre en réserve, éviter ainsi le pic prévu en 2022 et tabler sur un retour à la normale des ventes dès 2021». Le président du syndicat des Bourgognes, Bruno Verret avouait «appréhender dans quelques mois. Le vrac se tend, les charges sont constantes, de grosses lacunes de trésorerie vont avoir lieu à un moment. Il faudra recourir aux emprunts ou au Prêt garanti par l’Etat (PGE)». Si l’ODG a «décidé d’anticiper» et souhaite piloter (plantations, rendements…), «il nous faut comprendre les replis, Mâcon ou communales, crémants… mais on veut piloter l’appellation Bourgogne et on sait que cela va faire grincer des dents. Prenons exemple sur ce qui s’est passé ou se passe dans d’autres régions», glissait-il, en référence au Beaujolais, sans doute, puisque le dossier de délimitation n’est pas résolu.

Pas de catastrophisme
D’autres témoignages confirmaient des situations très hétérogènes, entre crise et opportunités. Le pôle Marchés du BIVB est sur la brèche. Nicolas Thévenot rappelait «qu’on a développé des outils comme Demat’vin qui nous fournit des chiffres chaque mois. On va chercher à anticiper pour rassurer les opérateurs, amont comme aval ». Même si un autre vigneron regrettait de ne toujours pas «avoir les stocks à l’aval» côté négoces. Président du BIVB, Louis-Fabrice Latour n’est visiblement pas en opposition et ne cherche pas à jouer la guerre des prix avec la viticulture. «On ne va pas nier les difficultés, ni faire de catastrophisme. On tient le cap et on espère rebondir avant Noël», annonçait-il. La situation avant Covid-19 était aussi exceptionnelle avec le cap du milliard d’€ à l’export malgré la taxe Trump ou le Brexit qu’il relativisait. «Pour l’heure, notre région est celle qui s’en sort le moins mal avec -2% en volume et -8% en valeur. On pense finir l’année à -10%. La crise est donc moins violente qu’en 2008 (-30%). On a des appellations régionales et des vins accessibles», plaidait-il. Président délégué pour la famille viticulture, François Labet se réjouissait de voir une «récolte qui s’annonce prometteuse». Le Nuiton mettait en avant les vins blancs et plaidait pour rechercher des solutions à leur oxydation prématurée, ainsi qu’aux dépérissements de la vigne. «Il nous faut croire en l’avenir quand tout va mal, comme nos pères au temps du phylloxera ou de la guerre. Nous allons traverser des temps difficiles mais nous devrons le faire ensemble, sans nous désunir, avec détermination».

Cédric Michelin

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