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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 14-08-2018]

Passions céréales

Sacrés grains

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Chicomecoatl, la déesse mexicaine du maïs, culture aztèque (1350-1521) tient dans chaque main un épi de maïs.
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Ce masque effrayant de génie du sol, datant de 2008, est utilisé en Thaïlande pour favoriser la culture du riz.
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Cette serrure de grenier à céréales issue de la culture dogon au Mali, date de la fin du XIXe-début XXe siècle. La présence sculptée du couple primordial de la cosmogonie dogon, symbole de protection et de fertilité, est censée assurer l’inviolabilité des
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( Crédit photo : musée du quai Branly-Jacques Chirac, dist. RMN-Grand Palais/Patrick Gries )Crâne d’ancêtre originaire de Papouasie-Nouvelle-Guinée datant du milieu du XXe siècle. Issu de la culture asmat, il est recouvert de graines de Coix lagrima jobi,

Depuis la nuit des temps, les céréales occupent une place prépondérante au sein des différentes ethnies qui peuplent le monde. Passions céréales a choisi de nous montrer leur symbolique par-delà les continents au musée du quai Branly-Jacques Chirac, à Paris.

C’est parce qu’elles sont des éléments essentiels à la survie des populations que les céréales ont parfois transcendé leur caractère purement nutritif pour devenir des supports majeurs d’identification dans le quotidien des civilisations, allant parfois jusqu’au lien avec le divin. Les grains céréaliers sont la base de l’alimentation de nombreux peuples, mais ils sont aussi associés à travers le monde aux échanges monétaires, en vertu du labeur que leur production représente mais aussi de leur caractère essentiel dans l’alimentation humaine. Ces grains précieux comptent aussi pour leur valeurs thérapeutique et ornementale.
Le maïs est abondamment cultivé en Amérique centrale où il comporte une dimension sacrée, constituant un lien entre les hommes et les dieux. Il est au cœur de la cosmogonie, c’est-à-dire la représentation que se font les populations de la création et de l’organisation de l’univers. C’est le cas chez les Mayas ; le mot «maya» signifierait d’ailleurs «maïs». «Les Mayas s’identifiaient comme des «hommes de maïs» et étaient à ce point persuadés du rôle primordial ce cette céréale dans leur quotidien qu’ils pratiquaient, à l’aide de planchette de compression, la déformation crânienne des jeunes enfants, par parallélisme avec la forme d’un épi de maïs» explique Caroline Polle, guide-conférencière et ethnologue. Les Aztèques, qui ont succédé politiquement aux Mayas, ont divinisé le maïs sous les traits de Chicomecoatl, déesse de la subsistance et de la végétation et en particulier du maïs, et par extension déesse de la fécondité. Des sacrifices étaient associés au culte visant à nourrir la déesse. En Amérique du Sud, le maïs tient une place prépondérante : la chicha, boisson préparée à base de maïs fermenté, était consommée par les prêtres chamanes dans le cadre de leurs activités spirituelles.
En Arizona et au Nouveau-Mexique, chez les Hopis, des danseurs masqués sortaient aux différentes étapes clés du cycle agraire. Ils représentaient les esprits katchina de la pluie, du ciel, des plantes, des animaux, esprits farceurs ou bienfaisants, qu’ils priaient pour garantir de bonnes récoltes. Des poupées miniatures de ces danseurs étaient offertes aux enfants et leur servaient de moyen d’éducation sociale et religieuse. Dans cet objectif d’éducation des plus jeunes, les rituels d’initiation, souvent liés au calendrier agraire, avaient pour but de transmettre les valeurs fondamentales d’une société. En Côte d’Ivoire et au Cameroun, chez les Dans, les initiations des jeunes gens, les deuils, plantations, semailles et récoltes donnaient lieu à de grandes fêtes pendant lesquels étaient servis de grands repas collectifs préparés par les femmes. Ces dernières, en reconnaissance de leurs qualités de cuisinières et d’organisatrices de banquets recevaient parfois une wakemia, une cuillère à riz anthropomorphe. Ces objets-trophées très convoités créaient une vraie compétition entre les associations féminines.

Les céréales, monnaie de paiement
En Afrique subsaharienne, il existe un lien symbolique fort entre rituels agraires, étapes de vie et rites de passage. Ce lien est rendu visible et accessible aux enfants avec des poupées du Cameroun et du Sénégal faites à partir d’épis de maïs décorés de pierres en verre et joliment ouvragés, afin d’enseigner aux petits la valeur des céréales. Autre exemple en Guinée, avec le masque d’épaule Nimba, objet monumental qui était sorti spécialement à la fin de la saison des pluies pour présider les rituels ouvrant la période de récolte du riz.

En Asie, la culture des céréales et le cycle de la vie humaine sont aussi très liés comme le montre un tambour de bronze de Java datant de 2 000 ans qui était destiné à appeler la pluie et arroser les plants de riz. Ce type de tambour est encore utilisé de nos jours, notamment au Vietnam. «De la même façon, en Thaïlande, perdure la tradition des masques de génie du sol apparaissant sous des figures effrayantes car ils sont censés protéger les racines dans les rizières» précise Caroline Polle.
Les céréales ont aussi parfois tant de valeur intrinsèque qu’elles servent de monnaie d’échange. Un soin tout particulier est alors apporté à leur protection.
Au Mali, les Dogons stockent les céréales (mil, sorgho, fonio, riz et maïs) dans des greniers protégés par des serrures en bois. Outre une fonction mécanique toute relative, ces serrures ont un rôle apotropaïque, assuré par la présence sculptée de deux Nommo, couple primordial de la cosmogonie Dogon, symbole de protection et de fertilité. Par la force magique qui leur est associée, les greniers deviennent ainsi inviolables.
Dans le Japon ancien, le riz, extrêmement valorisé, surtout pour les variétés les plus rares, servait de monnaie de paiement. Les paysans le cultivaient pour payer l’impôt et se nourrissaient de millet et d’orge. Le riz était stocké dans des greniers au sein des villes où les maisons étaient construites en bois. En cas d’incendie, pour éviter que le feu ne se propage à ces greniers, les pompiers-samouraïs avaient ordre de détruire tous les édifices en proie aux flammes. Ces derniers étaient rémunérés en riz de la plus belle qualité.

Valérie Godement

Pierre Kons
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