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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 23-03-2020]

Traces écrites

Chantal Olivier, militante des écrits paysans

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Écrivain et paysanne : c’est dans cette double image que Chantal Olivier se reconnaît.
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Cette fan du sociologue Edgar Morin a produit, avec Claude Chainon, un ouvrage sur les écritures paysannes aux allures de manifeste.

L’écriture est pour elle une seconde nature. Elle est aujourd’hui présidente honoraire de l’Association des écrivains et artistes paysans (AEAP)

Un esprit vagabond : c’est ainsi qu’on peut résumer la personnalité de Chantal Olivier. La présidente honoraire de l’Association des écrivains et artistes paysans (AEAP) laisse courir son regard sur les coteaux qui surplombent Nuits-Saint-Georges, en Côte-d’Or, dans la belle lumière d’une journée hivernale et ensoleillée. Elle a toujours eu envie d’aller voir ailleurs si elle y était. Dès son enfance, elle se voyait épouser un paysan, elle, la native de Chenôve qui n’avait pas de terres à offrir mais qui rêvait de partager une vie au grand air, rythmé par les saisons et les récoltes. Cette envie de s’ouvrir à une autre vie que la sienne prenait aussi la forme d’une échappée vers le spectacle : « Petite, je me serai également bien vue danseuse. Quand je croisais les roulottes des bohémiens qui passaient, je voulais m’en aller avec celle qui avait un tutu ! » Que se soit vers la paysannerie ou la piste aux étoiles, Chantal voulait s’évader. Elle a finalement tracé un chemin quasi conforme à ses espérances de petite fille, en épousant Christian, agriculteur, et en trouvant dans l’écriture un autre véhicule pour partir loin, sans trop bouger pour autant.

Faire une synthèse
Ce lien avec l’écriture, il se traduit chez elle par l’envie de la pratiquer, mais aussi par celle de la faire vivre et circuler. Avec l’AEAP, fondée en 1972 par Jean Robinet, un agriculteur de Haute-Marne, Chantal Olivier a trouvé l’élément permettant de faire la synthèse entre la littérature et le monde paysan. Avec une conviction chevillée au corps : il n’y a pas d’antinomie entre la volonté d’être paysan et celle d’afficher des ambitions littéraires. Seuls quelques petits cercles intellectuels centrés sur leur nombril peuvent penser le contraire. Chantal Olivier, en tout cas, s’est attachée, ces dernières années, à démontrer toute la vitalité de ces écritures paysannes, dont elle a fait un livre, co-écrit avec Claude Chainon, et publié en 2007. Cette conviction n’est pas venue de nulle part : elle s’est construite au fil d’une jeunesse riche en expériences, au cours de laquelle la jeune femme qu’elle était alors a tenté de devenir institutrice, a été dactylo pour le compte d’une association qui s’occupait de jeunes délinquants, et est même partie en Israël, en 1968, pour se confronter à l’expérience de vie d’un kibboutz. « J’ai toujours trouvé», dit-elle, «que dans notre société, il y avait trop d’injustices. J’avais envie d’une expérience de solidarité. Au kibboutz, ils avaient même proposé de me garder, mais je devais rentrer, j’allais me marier ! » Avec Christian, son mari, elle fait tourner un élevage de vaches laitières dans les Hautes-Côtes. La ferme, qui exploitait un total de cinquante hectares, vivait tant bien que mal et Chantal s’occupait de la comptabilité (en plus de la traite et des veaux), tout en militant au sein du CDJA (aujourd’hui les JA). Entre orges, colza et dix hectares de cassis, les vaches se révèlent bientôt être une charge trop lourde, il a fallu s’en séparer : « Je les aimais, ces vaches», avoue-t-elle, «j’ai pleuré quand elles sont parties… » Des vignes sont venues compléter l’exploitation par la suite.

Des œuvres au fond des tiroirs
Cette vie, pourtant bien remplie, ne comble pas totalement Chantal. Il lui manque ce plaisir de la lecture et de l’écriture qu’elle connaît depuis l’enfance. « Très tôt», se souvient-elle, «je m’étais essayée à l’écriture poétique. Cela a toujours été pour moi le moyen d’exprimer les émotions ». Au milieu des années soixante-dix, ce plaisir de l’écriture, alors confidentielle, se double d’une envie de partage. Chantal envoie des textes à Jean Robinet qui lui répond en l’invitant à rejoindre l’AEAP créée deux ans plus tôt. Elle adhère et assiste à son premier congrès en 1976. « Ça m’a donné un coup de fouet, je me suis mise à écrire, alors que j’étais mère de deux jeunes enfants et qu’il y avait le travail sur la ferme. » En 1994, elle accepte de prendre la vice-présidence de l’association, avant de devenir présidente en 2002, et pendant dix ans. Tout ce parcours, il s’appuie, lui aussi, sur le refus d’une forme d’injustice née de l’impression que les écrits paysans étaient systématiquement dévalorisés par le monde littéraire au sens large. Chantal Olivier a toujours eu à cœur de démontrer que cette forme de mépris de classe ne reposait sur rien de concret, sinon des préjugés. « J’ai connu beaucoup de paysans qui écrivaient», souligne-t-elle, «mais qui laissaient leur travail au fond d’un tiroir, par peur du jugement. Moi j’étais fascinée par ce besoin qui était le leur d’exprimer des sentiments, dans un milieu où l’on place le travail au premier plan et où l’expression d’une sensibilité artistique n’est pas toujours bien vue. » C’est là qu’on en revient à l’ouvrage cité plus haut, «Écritures paysannes, de l’utopie à la réalité». « J’ai voulu écrire ce livre comme un témoignage envers ce que je considère comme une véritable aventure : la découverte de l’écriture paysanne, ce qu’elle est, ce qu’elle dit… » L’ouvrage, fruit d’un travail de deux années et publié à compte d’auteur, va faire un tabac dans les rangs de l’AEAP, comme si les membres de l’association avaient trouvé là le manifeste par lequel ils pourraient se définir. Les deux co-auteurs ont tenté d’écrire pourquoi on peut parler d’écritures paysannes et comment elles se caractérisent. Chantal Olivier, membre du comité de lecture de l’AEAP pendant plus de trente ans, qui évaluait la valeur littéraire des auteurs souhaitant intégrer l’association, était bien placée pour tracer le portrait de ce type d’écriture. Aujourd’hui, elle aimerait qu’Écritures paysannes, de l’utopie à la réalité», sorte du cercle trop restreint de l’AEAP et soit accessible à un public plus large. Pour cela, il faudrait le rééditer, afin de laisser une trace. L’appel est lancé aux éditeurs…

www.ecrivains-paysans.com

Berty Robert

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