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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 07-05-2019]

Interview d’Aurélie Trouvé, agronome et maître de conférences en économie à AgroParisTech

« Aujourd’hui, la Pac est essentielle dans l’économie des exploitations »

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( Crédit photo : Réussir )
Les élections européennes se dérouleront les 25 et 26 mai prochains. Le parlement élu aura la lourde tâche de statuer sur l’avenir de la PAC, pilier essentiel de l’agriculture pourtant vivement critiqué. Aurélie Trouvé, agronome et économiste spécialiste de la question, souligne qu’il s’agit d’une politique nécessaire et structurante pour l’Union Européenne et son agriculture. Elle appelle tout de même à la réformer pour qu’elle accompagne au mieux la transition écologique et sociale de l’agriculture.
- Quel a été le rôle de la Pac dans la structuration de l’Union Européenne ?
Aurélie Trouvé : « La Pac est un ciment de l’Union Européenne. Il s’agit sans doute, dans l’Union, de la politique la plus forte d’un point de vue budgétaire et de régulation des marchés. Si actuellement elle capte un tiers du budget dans les années 1970 près de 90 % du budget y était consacré. Elle est un ciment aussi car elle est issue d’un compromis fort entre les 6 États membres fondateurs de la Communauté économique européenne (devenue l’Union européenne). Ces pays, notamment la France et l’Allemagne, avaient déjà mis en place des politiques agricoles de régulation, de soutien aux prix et de protection des frontières. Le compromis entre ces pays a consisté à établir un marché commun pour les biens agricoles mais aussi organiser, entre les États, un soutien aux prix et une protection commune des frontières afin de protéger l’agriculture mais aussi répondre aux objectifs fondamentaux de sécurité alimentaire, dans une période d’après-guerre ou l’Union Européenne avait besoin de reconstituer ses productions. La Pac a également donné la possibilité au secteur agricole d’augmenter la productivité du travail. Il s’agit d’une des bases du développement économique de l’Europe : cette augmentation de la productivité du travail en agriculture a conduit à augmenter fortement la production, à baisser les prix agricoles et agroalimentaires (du moins jusque dans les années 1990 en France) et à dégager de la main-d’œuvre pour les secteurs en forte croissance. En résumé, la Pac est un compromis fondateur pour la construction européenne ».

- Actuellement, qu’est-ce que la Pac apporte aux agriculteurs ?
A.T : « On peut parler de ce qu’elle apporte mais aussi de ce qu’elle n’apporte pas. La Pac apporte un complément de revenu très important dans une grande partie des exploitations agricoles. Si l’on regarde les comptes de la nation on remarque que les aides Pac représentent 80 % à 100 % du revenu agricole français et environ 30 000 € par an et par bénéficiaire en moyenne, soit un complément essentiel ! Toutefois, on peut regretter qu’elle n’apporte plus la stabilisation des prix et ne contre pas les crises de surproduction. En effet, elle ne participe plus à la régulation du marché, entraînant une fluctuation de plus en plus importante des revenus. Elle n’apporte pas non plus les outils pour effectuer une transition écologique et sociale pourtant nécessaire. D’où l’importance de refonder la Pac pour accompagner cette transition et permettre que les prix soient rémunérateurs. Elle doit, dans un contexte de chômage de masse, permettre le maintien des emplois agricoles dans de bonnes conditions, en préservant, notamment, les petites et moyennes exploitations familiales, auxquelles les citoyens européens sont attachés.
La Pac doit aussi accompagner la transition écologique en donnant les moyens aux agriculteurs de s’engager dans cette transition. Il faut donc mettre en place des accompagnements institutionnels et financiers afin d’aller vers des systèmes de productions respectueux de l’environnement, dégageant une forte valeur ajoutée tout en maintenant des emplois familiaux. Un changement possible à condition que la Pac, aujourd’hui essentielle dans l’économie des exploitations, soit orientée vers ces objectifs et dispose de moyens budgétaires suffisants ».

- Si l’on supprimait la Pac, à quoi ressemblerait l’agriculture européenne ?
A.T : « Si l’on supprimait la Pac dans l’Union Européenne, on laisserait bien davantage les mécanismes marchands décider de l’évolution des agricultures européennes. On abolirait sans doute aussi les droits de douane de l’Union Européenne pour les produits agricoles, comme cela se fait déjà dans de nombreux accords bilatéraux de libre-échange. L’agriculture européenne serait donc en concurrence encore plus directe avec les agricultures étrangères qui ont des coûts de production plus faibles. Ceci en perdant des soutiens aujourd’hui essentiels pour le maintien de nombreuses exploitations européennes. Sans la Pac, en raison de l’ouverture des frontières et de la disparition des quelques outils de régulation des marchés restants, on pourrait assister également à des fluctuations importantes des prix et à des crises de surproduction encore plus importantes. Le risque serait donc une sélection encore plus importante des exploitations, avec pour faire face à la concurrence, un nivellement vers le bas des conditions de production que ce soit socialement ou environnementalement… On risquerait donc de sacrifier les maigres progrès réalisés dans la protection de la santé et de l’environnement. Il se peut que ça conduise aussi à une plus forte « dualisation » des agricultures européennes : une partie de la production serait vouée à résister à la concurrence internationale en augmentant la taille des exploitations et leur production, leur niveau d’intrants et d’équipement, conduisant à un endettement plus important, une autre petite partie de l’agriculture développerait des productions en circuits courts, avec des prix plus élevés, il s’agirait donc d’un secteur de niche réservé aux consommateurs les plus aisés et/ou les plus avertis. Enfin, les aides accordées à l’agriculture ne seraient plus décidées au niveau européen mais au niveau national, certes dans le respect du droit européen à la concurrence. Il y a donc également un risque de renationalisation et de soutien différenciés entre les pays entraînant de fortes distorsions de concurrence au sein de l’esPace européen, par le biais de soutiens nationaux et régionaux plus ou moins déguisés. La disparition de la Pac mettrait enfin à mal les tentatives de nivellement par le haut des normes relatives à la production agricole, notamment en matière environnementale, des tentatives essentielles dans un esPace de libre-échange ».

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