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NIEVRE

[Article mis en ligne le 04-04-2019]

Installation

Une installation réfléchie

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Augustin David sur son exploitation viticole à Favray.
Dans quelques jours, Augustin David va officiellement devenir exploitant agricole. À 28 ans ce fils de viticulteur revient sur ses terres natales. Il nous a ouvert les portes de son exploitation située à Saint-Martin-sur-Nohain au lieu-dit Favray. Rencontre.
C’est par une après-midi hivernale qu’Augustin David nous a ouvert les portes de son exploitation. À 28 ans, ce fils de viticulteur a décidé il y a un peu plus d’un an de revenir dans le département. «J’ai toujours su que je reviendrais un jour, mais je voulais prendre mon temps, de l’expérience ailleurs et ne pas me précipiter» nous dit-il d’entrée. Du temps, Augustin David en a pris, d’abord pour se former à l’École Supérieure d’Agriculture d’Angers. «J’y ai passé 5 ans entre  2008 et  2014. J’ai souhaité à la troisième année faire une année de césure pour découvrir d’autres pays. Je suis donc parti avec mon ami d’enfance effectuer un voyage en Méditerranée avec comme fil rouge l’agriculture» explique-t-il. À son retour, il termine son cursus et décroche un stage à la FNSEA à Paris, nous sommes alors en janvier  2014. «J’ai d’abord travaillé en tant que stagiaire puis à la fin de ma mission, j’ai été embauché en CDD pour poursuivre le travail». Le jeune homme est un globe trotteur dans l’âme et les envies d’ailleurs l’ont toujours animé. C’est ainsi qu’en 2015, son souhait de repartir à l’étranger se réalise.
«J’ai vu passer une offre de VIE (Volontariat International en Entreprise) au Maroc proposée par Agropol et le groupe Avril pour appuyer la filière oléagineuse marocaine. À cette époque, j’ai eu la chance de rencontrer Xavier Beulin qui était à ce moment-là président de la FNSEA et du groupe Avril. J’ai pu intégrer la société Lesieur Cristal à Casablanca (filiale du groupe Avril) pour appuyer le développement de l’amont de la filière. J’ai apprécié, entre autres, le côté très politique du poste. Mais travailler au Maroc n’est pas aussi évident qu’en France. La langue commune n’y fait pas tout. Tant que vous êtes un touriste ça va, mais lorsque vous passez au registre professionnel, c’est plus compliqué. Les Marocains ont un bras gauche très commerçant et le bras droit politique. Il faut savoir jongler entre les deux. Cet aspect des choses ne me dérange pas car j’aime bien les tactiques qui consistent à faire bouger les acteurs de différents niveaux avec différents intérêts». Ce fut une expérience enrichissante, y compris sur le plan privé. D’autant plus que Sophie, ma compagne à l’époque, a accepté de me suivre. Nous avons vécu deux belles années, et nous nous sommes mariés à notre retour. Depuis 2017, Augustin David est en France où il est salarié de l’exploitation familiale.

Une installation réfléchie
Revenir travailler dans l’entreprise familiale n’allait pas forcément de soi. «Très honnêtement, je ne sais pas si je serais revenu travailler dans la Nièvre si la santé financière de l’exploitation était trop mauvaise» concède le jeune homme. «J’avais également peur du changement brutal d’activité et que mon futur travail soit moins stimulant. Mais aujourd’hui je n’ai pas d’inquiétude». Poursuit-il. Pour intégrer l’entreprise qui est en SCEA, Augustin David va devoir acheter des parts dans l’entreprise. «Concrètement mon installation ne sera effective qu’à la signature du chèque et du rachat des parts. À terme, mon objectif est de devenir gérant de l’entreprise. Le foncier et les bâtiments agricoles sont la propriété d’un GFA familial. Ce qui est rassurant c’est que la forme juridique du GFA est ficelée de telle manière qu’une personne extérieure à la famille ne peut y rentrer. Cela permet de border». Par choix, mais aussi par conviction, Augustin David ne s’est pas installé avec la DJA. J’ai pensé que je n’en avais pas l’utilité et ce n’est pas forcément très souple car à chaque fois il faut que tu fasses une étude, et que tu annonces ce que tu vas faire ou acheter. Et si tu modifies quelques choses à ton plan de départ ou que tu souhaites investir différemment, tu dois faire un avenant qui te coûte, juste pour prouver à l’administration que c’est encore économiquement viable. Je préfère conserver ma liberté d’entreprendre, sans être influencé par «l’effet subvention» et à ce jour, j’assure la continuité de l’entreprise, mes projets de développement ne sont pas encore assez mûrs. Et puis, on ne peut pas sans arrêt taper sur le système, dire que les agriculteurs ne devraient pas être sous perfusion et de l’autre côté optimiser comme on peut pour récupérer des subventions qui ne nous sont pas destinées. J’estime que la DJA est faite pour des gens qui s’installent dans des situations compliquées et ce n’est pas mon cas.

«Je ne sais pas forcément où je vais»
Actuellement l’entreprise est divisée en deux  : une partie viticole qui comprend 17 hectares de Pouilly Fumé et une autre de 190  ha en grandes cultures dans lesquels de la lentille, du soja, et du trèfle semences ont été semés en complément de la rotation habituelle blé, orge, maïs, colza. «L’intérêt de ses cultures alternatives c’est que le prix est fixé à l’avance» explique-t-il. Cinq salariés sont affectés en permanence à l’entreprise. Dans le détail, il y a trois personnes dans la vigne, une personne au secrétariat et un chef de cultures sur la partie grandes cultures. «Aujourd’hui dans la partie viticulture, je n’ai qu’à me soucier de la manière avec laquelle je peux augmenter la production et mieux valoriser le vin, notamment en atteignant de nouveaux marchés. Tu raisonnes de la croissance et du développement, c’est donc plus stimulant. En revanche sur les grandes cultures, personnes ne peut dire comment la situation va évoluer. Historiquement notre production grandes cultures était majoritaire et a permis de lancer l’activité viticole dans les années quatre-vingt. Aujourd’hui c’est l’inverse» explique-t-il en longueur. Passer en bio, Augustin David y réfléchit mais ne l’envisage pas pour le moment. «Mon problème, c’est que je ne suis pas tout seul. Je ne peux pas me permettre de prendre des risques avec une telle masse salariale. De plus, je pense que certains marchés en bio vont s’écraser, se tasser, dans quelques années car les pays voisins vont être capables de le faire. Les prix vont donc mécaniquement se rapprocher du conventionnel. Il faut s’assurer de la durabilité des filières bio».

«Il faut que les jeunes agriculteurs se réapproprient les organisations professionnelles»
Ce fut l’un de ses messages durant cet entretien  : «Les jeunes agriculteurs ne se reconnaissent pas toujours dans les organisations actuelles. Pourtant, il ne faut pas que les jeunes pensent que l’on peut s’en sortir tout seul, sans les organisations collectives de manière générale. Certains JA pensent aujourd’hui que certaines OPA sont remplies de cols blancs qui grattent du papier, or ce n’est pas ça. Mais à l’image des coopératives qui ont aujourd’hui des tailles et des stratégies éloignées des problématiques que nous, agriculteurs, nous retrouvons sur le terrain». Pour lui, il faut faire évoluer les OPA, leur organisation et leurs relations, pour que les jeunes y trouvent leur place. «Nous avons un besoin très important de parler de notre métier, de le valoriser, le tout dans une communication qui soit réfléchie. Mais aujourd’hui les organisations sont de plus en plus en goulot. C’est la raison pour laquelle, avec l’aide de Lucie Lecointe, animatrice à la FDSEA, j’ai monté un petit groupe de discussion et de réflexion. L’ambition, c’est de pouvoir organiser des projets à l’échelle de notre canton» dit-il en conclusion.

Théophile Mercier

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