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NIEVRE

[Article mis en ligne le 03-01-2019]

Interview d’éric Bertrand

«La Chambre d’agriculture, c’est vital»

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Éric Bertrand va désormais confier son exploitation à son fils Jean-Marc.
Éric Bertrand est encore pour quelques jours le Président de la Chambre d’agriculture.
À la veille de son départ, il a accepté de revenir sans détour sur plus de 40 ans passés au service de l’agriculture. Pour en parler, il nous a reçus chez lui, dans son exploitation de Sainte Colombe des Bois, où il y cultive sa passion pour l’élevage mais aussi pour la bande dessinée.
- Depuis quelques jours vous êtes officiellement en retraite. Pouvez-vous nous décrire ce qui vous a animé depuis vos débuts dans le monde agricole ?
éric Bertrand : «J’ai toujours été animé par le développement et par le collectif. J’aurais aimé une Nièvre beaucoup plus intensive. Je suis persuadé que le département n’a pas toujours su mettre ses atouts de son côté pour maximiser sa valeur ajoutée. Car il n’y a pas de bons hommes sans revenu et pas de revenu sans production. Je suis navré par exemple, qu’on n’ait pas pu garder plus de laitiers. Je pense qu’on avait un système qui pouvait être la colonne vertébrale du développement c’était l’Anda (Agence National de Développement Agricole devenue aujourd’hui le Casdar). Mais la profession n’a pas su saisir sa chance et on a laissé la gestion à l’État pour en faire aujourd’hui une usine à gaz. À force de vouloir réinventer l’eau chaude, nous ne sommes plus efficaces».

- Vous pensez que les normes nuisent au développement agricole ?
EB : «Je ne dis pas qu’il y a trop de normes, je dis simplement que la façon de les appliquer n’est pas la bonne. Aujourd’hui bien faire son travail ne suffit plus, il faut aussi administrativement le prouver et cela peut être lourd et coûteux pour certaines entreprises. Il faut aussi que ces tâches administratives ne nécessitent pas plus de temps que le travail lui-même. Si je prends l’exemple des zones Natura 2000, j’ai très mal vécu durant mon mandat à la Chambre d’agriculture que la société vienne nous imposer des normes là où il y a le moins d’impacts. Résultat aujourd’hui, n’importe quel porteur de projet dans cette zone est obligé de faire une étude d’impact qui est très coûteuse. C’est contre-productif. Je ne suis pas persuadé que les crapauds à peau jaune auraient disparu si cette zone n’avait pas vu le jour. Il ne faut pas oublier que le dynamisme d’un territoire ce n’est pas du résidentiel c’est du productif avec de la valeur ajoutée».

- Quelles sont les évolutions du monde agricole avez-vous observé au cours de votre carrière ?
EB : «Notre système a sans doute montré ses limites. Il est faux de penser qu’il est nécessaire d’augmenter la productivité du travail par personne avec le nombre d’unité travaillée tout cela pour compenser la diminution de la rentabilité à l’unité. Cette logique-là a vécu. Désormais, si nous ne sommes pas capables d’inventer un système d’exploitation dans lequel on retire un salaire décent ça n’a pas de sens. Vivre avec 500 euros par mois et travailler seul 70 heures par semaine c’est du rêve. Alors bien sûr, il faut parfois faire des sacrifices sur le revenu disponible pour amorcer la pompe, mais on ne peut pas baser un système sur de la main-d’œuvre bénévole. Il faut également prendre aussi en compte que depuis 1992, les primes PAC n’ont pas été revalorisées. C’est aussi un problème. Je crois que l’essentiel, c’est que le porteur de projet ait un projet qui le tenaille profondément. Et puis l’autre évolution majeure, c’est la disparition des structures d’aval. C’est tout de même déplorable qu’il n’y ait plus dans le département de sièges d’OPA hormis le Herd-Book Charolais et la Chambre d’agriculture».

- Vous pensez qu’on en demande trop aux exploitants agricoles ?
EB : «L’agriculture c’est toujours des structures à taille humaine. Je suis quand même surpris lorsque dans une journée il faut à la fois faire attention au plan d’épandage, essayer de vendre sa production, regarder les cours sur les marchés. Demander tout ça à un exploitant c’est lourd. Il y en a qui décroche mais pour les autres c’est de plus en plus difficile. Le manque de logique devient aussi une source de tension. Lorsqu’un agriculteur décide d’installer des poules pondeuses, il lui faut un sas sanitaire important. De l’autre côté, je lisais récemment que l’Agglomération de Nevers a distribué gratuitement des poules aux habitants. Où est la logique ? On demande également aux exploitants agricoles de monter en gamme, dont acte. Mais comment peut faire un éleveur de charolais pour monter en gamme ? Avec plus de bien être animal ? Qui peut penser qu’un éleveur ne prenne pas soin de ses animaux ? Il ne pourrait d’ailleurs pas faire de revenu si ses bêtes n’étaient pas bien traitées».

- Le 31 janvier prochain vous allez donc quitter votre fauteuil de président de la Chambre d’agriculture après deux mandats. Avez-vous le sentiment d’avoir pu mener vos actions comme vous le vouliez ?
EB : «Je dois dire que j’ai eu une certaine liberté d’entreprendre. Après concernant mon action, il est vrai qu’on peut toujours mieux faire. Le problème majeur c’est l’urgence du court terme. Néanmoins j’ai un souhait pour la suite : faire en sorte que les conseillers reviennent davantage dans les cours de fermes. Pour cela, il faut que les agents collent aux territoires. Nous avons trop tendance au sein des Chambres à répondre à la demande sans être forcément proactif. En ce sens, la régionalisation des Chambres d’agriculture est le bon schéma. Elle a permis de mutualiser les moyens. Par exemple, nous avons désormais au sein de la région Bourgogne Franche-Comté un conseiller aquacole. Il ne faut pas s’inquiéter, cette régionalisation ne va pas créer de doublon, surtout pas sur le plan technique où il y a plutôt des trous dans la raquette».

- Nous sommes à la veille des élections professionnelles. Avez-vous un message à faire passer surtout à destination des jeunes qui hésitent à s’engager syndicalement ?
EB : «Après 40 ans passés dans différents mandats, j’en ai tiré un constat clair. La démocratie ne peut pas fonctionner sans les corps intermédiaires que sont les syndicats. De tout temps, nos dirigeants ont fait en sorte de se passer des corps intermédiaires pour ne pas avoir à dialoguer avec eux. Ce constat n’est pas propre au Président Macron. De plus, face à la montée des attaques anti-viande il faut rester soudé. Les syndicats ont été instaurés pour ça : être plus fort face aux aléas.
Cela dit, le jour où les végans seront capables de bloquer autant de ronds points que les gilets jaunes, je pourrais peut-être y croire, mais pour l’heure, ce n’est pas le cas.
En attendant, il faut aller voter car la Chambre d’agriculture c’est vital. Alors je ne vais pas vous dire de voter autre chose que la liste FDSEA + JA car c’est ma maison, mais quel que soit votre choix, allez voter».

Propos recueillis par Théophile Mercier

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