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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 18-10-2018]

Gouvernement

Didier Guillaume, un «spécialiste» à l’Agriculture

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( Crédit photo: Xavier Remongin/agriculture.gouv.fr ) Passation de pouvoirs entre Stéphane Travert et Didier Guillaume, ce mardi 16 octobre
À l’exception du Modef, l’ensemble des syndicats agricoles a salué l’arrivée du sénateur drômois Didier Guillaume à la tête du ministère de l’Agriculture. Ancien conseiller de Jean Glavany rue de Varenne, puis rapporteur du projet de loi d’Avenir de Stéphane Le Foll, Didier Guillaume a le profil d’un «spécialiste» de l’agriculture. Il a l’originalité d’être issu d’un département leader de l’agriculture biologique dont il est un promoteur de longue date. Au gouvernement, il pourrait faire bouger certains dossiers qui lui tiennent à cœur, comme les prédateurs et les salariés occasionnels.
Didier Guillaume avait déjà failli être ministre de l’Agriculture. C’était en 2014. Son nom était le plus fréquemment cité lorsque le torchon brûlait entre le ministre de l’Agriculture de l’époque Stéphane Le Foll et le syndicalisme majoritaire, et que Matignon tomba dans les mains de Manuel Valls dont il était un proche - il fut plus tard son directeur de campagne lors des primaires de la gauche aux dernières élections présidentielles. Alors rapporteur au Sénat du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, le Drômois s’était alors montré attentif aux suggestions du syndicalisme majoritaire qui, à cette époque, n’aurait pas vu sans satisfaction la nomination de ce membre du groupe d’études de l’économie agricole et alimentaire et ancien membre du Haut conseil des biotechnologies. Finalement, Stéphane Le Foll resta en poste, jusqu’à la fin du quinquennat de François Hollande, et Didier Guillaume dut patienter … quatre ans.

On comprend mieux l’enthousiasme exprimé par celui-ci lors de la passation de pouvoirs avec Stéphane Travert le 16 octobre, allant jusqu’à qualifier la rue de Varenne de «ministère fabuleux et formidable». Le nouveau ministre de l’Agriculture en a profité pour faire sa première déclaration d’orientation générale: «L’agriculture française, c’est deux choses, a déclaré Didier Guillaume. C’est la compétitivité, le développement économique, l’export. Et en même temps c’est le lien local, l’agroécologie, qui est tellement importante dans notre pays». Et de conclure: «Si nous (réussissons), à la fin, à la fois cette agriculture compétitive, à la faire rayonner, exporter, et à la fois la transition écologique, travailler sur les territoires, je pense que nous serons plus en phase avec la population». Il a prévenu enfin: «Il ne faut céder à aucun lobby».

Un profil qui rassure
Après Stéphane Travert, souvent critiqué pour son manque de connaissance des dossiers - en particulier à son arrivée - Didier Guillaume avait le profil idéal: celui d’un spécialiste de l’agriculture. Un profil qui rassure en tous les cas presque l’ensemble des syndicats agricoles. Ancien conseiller au cabinet de Jean Glavany lorsqu’il était ministre de l’Agriculture, il a pour réputation d’être un spécialiste de l’agriculture sur les bancs de la Chambre basse, où il siège depuis 2008. «Dans le cadre de son mandat, il s’était forgé une spécialité dans le domaine de l’agriculture», témoigne son ancien homologue socialiste au Sénat Yannick Botrel, pour qui Didier Guillaume se situe dans la ligne de Stéphane Le Foll : «Lorsqu’ils examinaient le projet de loi d’avenir, il n’y a jamais eu de rupture entre eux. Il est très attaché à qu’il n’y ait pas d’opposition entre la compétitivité et les sujets environnementaux, et il était très attaché à ce qu’il n’y ait pas de rupture sociétale».
Dans son département, la Drôme, il discute avec l’ensemble des syndicats. Il est «très apprécié du monde agricole» et il est connu pour être un «gros bosseur», explique Régis Aubenas, responsable de la section fruit de la FDSEA de la Drôme. «Il bosse avec tout le monde, mais reconnaît le fait majoritaire». Un constat que partagent les représentants départementaux de la Confédération paysanne (Conf’) et de la Coordination rurale (CR). «C’est un élu abordable, ouvert, dans l’écoute, mais qui sait ce qu’il veut», témoigne Bruno Graillait, président de la CR dans la Drôme. «Il est ouvert et franc, confirme Vincent Delmas, co-porte parole de la Conf’ dans le département. Et il connaît mieux ses dossiers que Stéphane Travert». La Conf’ était par exemple en désaccord avec Didier Guillaume sur l’obligation de munir les ovins de boucles électroniques. Mais Vincent Delmas reconnait que Didier Guillaume «a compris avant les autres que le bio était l’avenir». Pour lui, le nouveau ministre «sera moins sensible au lobbying car il a plus de connaissances et d’idées sur l’agriculture».
Avant de devenir sénateur puis président du groupe socialiste, Didier Guillaume a été pendant plus de dix ans président du conseil général de la Drôme, département leader dans l’agriculture biologique, dont il est un promoteur de longue date. Au Conseil général de la Drôme, il a notamment porté l’initiative Agrilocal, pour l’approvisionnement de la restauration collective, qui rassemble aujourd’hui plusieurs dizaines de collectivités territoriales. Localement, il est reconnu par les différents syndicats pour avoir fortement soutenu au travers du conseil général l’arboriculture locale lorsqu’elle fut touchée par la sharka (maladie des arbres fruitiers).

«Entre le loup et l’éleveur, je choisis l’éleveur»
Pour la FDSEA de la Drôme, il a également fortement œuvré au maintien du TODE au début du mandat de François Hollande. Il est également apprécié pour ses prises de positions sur les prédateurs. Dans son rapport pour le projet de loi d’avenir en 2014, il plaidait pour la révision de la directive européenne « Habitats» et de la Convention de Berne. «Le loup n’est plus une espèce en voie de disparition, déclarait-il à l’époque à Agra Presse. La population du loup augmente et il faut protéger les éleveurs. Entre le loup et l’éleveur, je choisis l’éleveur».
Ces derniers mois, Didier Guillaume avait traversé une période chaotique de sa vie politique. Après un départ annoncé de la vie politique en janvier 2018, il retourne à son mandat quelques mois plus tard, et en profite pour quitter le groupe socialiste au Sénat dont il avait auparavant la présidence, et rejoint le groupe RDSE, constitué majoritairement de radicaux de gauche. Face au gouvernement d’Edouard Philippe, il a adopté jusqu’ici une position plutôt «constructive» notamment lors de l’examen du projet de loi Egalim ; par exemple il votera contre la motion de rejet en dernière lecture, à l’inverse du groupe socialiste. Un parcours récemment chamboulé, dans un paysage politique tout aussi chamboulé récemment, qui le conduit naturellement aux fonctions qu’il occupe désormais.

Mathieu Robert

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