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[Article mis en ligne le 12-07-2018]

Syndicalisme

L’élevage allaitant à la croisée des chemins

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Une cinquantaine d’adhérents de la section bovine ont pris part à cette soirée.
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La démesure Américaine… Préparation d’une partie de la ration «additivée» des animaux élevés en feed lots dans la benne d’un camion !
Les mutations économiques et sociales qui ont affecté les exploitations agricoles ont de tout temps conduit les agriculteurs à adapter leur modèle de production et de développement. Face à ces évolutions, les paysans n’ont jamais failli. Mais les temps sont durs… Et c’est désormais à la conjonction de trois « mouvements de fond » que l’élevage fait face : demande sociétale chamboulée, déstabilisation galopante des équilibres commerciaux et nouvelle réforme de la PAC.
Le cocktail peut paraître explosif mais c’est bien avec ces nouveaux éléments de « perturbation » que l’élevage allaitant devra dans les mois et les prochaines années construire son modèle économique. Face à ce défi, chaque maillon de la filière devra prendre sa part, de la grande distribution qui considère encore qu’elle peut jouer au chat et à la souris avec les éleveurs, à l’aval de la filière qui devra lui aussi prendre ses responsabilités pour accompagner les éleveurs vers une vraie valorisation de leur production. Se coucher face à la grande distribution n’a jamais constitué une stratégie. Au sortir de l’examen du projet de loi pour « l’équilibre des relations commerciales dans les filières agro-alimentaires », il serait temps que les acteurs de l’interprofession « mûrissent », au sens propre comme au figuré. Et au milieu de tout ça, les éleveurs devront tirer leur épingle du jeu… Entre mondialisation du marché de la viande, réforme de la PAC et nouvelles attentes des consommateurs. C’est pour leur donner quelques clefs de compréhension de cet environnement en mouvement, que la section bovine de la FDSEA avait invité Jean-Pierre Fleury, président du Copa-Cogeca viande à Bruxelles, le 5 juillet dernier à Rouy.

Cheptel allaitant : Décapitalisation amorcée
La soirée débutait par une rapide présentation de la conjoncture bovine, confirmant chiffres à l’appui, le phénomène de décapitalisation du cheptel allaitant constaté depuis plusieurs mois. Avec un impact immédiat sur les naissances, en recul de 227 500 unités entre mai 2017 et avril 2018. Corollaire de ces constats, une tension sur l’offre et donc sur les cours des animaux maigres, les cotations 2018 sur les broutards charolais de 450 kg atteignant leur plus haut niveau depuis cinq campagnes. Sanction en revanche sur les bovins finis où les niveaux d’abattage de femelles allaitantes, en progression de + 7 % sur un an, pèsent fortement sur les cours affaissés depuis plusieurs mois. La cotation entrée abattoir de la vache R était fixée à 3,76 €/kg en semaine 22, en retrait de 3 % par rapport à 2017. Une érosion des cours fort heureusement non aggravée par l’afflux de réformes laitières sur le marché, les perspectives de redressement du prix du lait sur le second semestre 2018 étant perceptibles selon les analyses du Cniel.

Accords de libre-échange : la technocratie européenne si loin… si impactante !
C’est ensuite à l’appui d’une vision européenne et quelque peu « géopolitique » du sujet que Jean-Pierre Fleury, président du syndicat européen des producteurs de viande bovine (Copa-Cogeca viande) présenta les accords commerciaux en cours de discussion à la commission. Tête de gondole, le Ceta et le Mercosur dont les tonnages annoncés donnent le vertige : Près de 160 000 tonnes de viande bovine qui servirait de monnaie d’échange à de potentiels marchés pour les produits des pays membres de l’UE. « Lorsque l’on commerce avec des pays qui n’ont rien à vendre en matière industrielle ou de services, ce qu’ils mettent dans la balance ce sont les produits agricoles » rappelait Stéphane Aurousseau, le président de la FDSEA. Et Jean-Pierre Fleury de rappeler que dans la plupart des cas, c’est le modèle agricole français qui s’en trouverait affecté, toutes les contreparties négociées sur le plan agricole renforçant les distorsions de concurrence insoutenables pour les éleveurs, tant au niveau des pratiques d’élevages qu’au niveau de la traçabilité. « Quand on monnaye avec des pays qui sont empêtrés dans les scandales sanitaires comme le Brésil ou la Nouvelle Zélande ces derniers mois, il y a des questions à se poser ». Malgré tout, le travail syndical doit continuer au niveau national où la FNB et la FNSEA ne cessent de dénoncer les incohérences gouvernementales auprès du ministre de l’agriculture et auprès des deux enceintes parlementaires, où un projet d’amendement sur les distorsions de concurrence a été déposé la semaine passée et voté par les sénateurs. Sur le plan européen également, le lobbying français est récurrent et le jeu des alliances entre états est primordial pour contrarier les intentions de la commission : « Sur le Mercosur, les ministres sud-américains débarquent le 16 juillet à Bruxelles. On va passer des négociations techniques au temps politique de la discussion qui a démarré il y a 20 ans. L’accord pourrait intervenir dès ce mois de juillet » lançait Jean-Pierre Fleury face à une assistance découvrant les rouages d’un fonctionnement communautaire si éloigné des préoccupations quotidiennes des éleveurs mais dont les décisions seront si impactantes sur les marchés. « Nous connaissons dans la viande ce que les céréaliers puis les laitiers au moment de la suppression des quotas ont pu connaître. Le marché national puis Européen se mondialisent désormais. Ça ne rend pas les choses faciles mais notre boulot syndical c’est d’essayer d’estomper par le lobbying les effets néfastes de ces accords et d’accompagner les éleveurs face à ces bouleversements avec lesquels on devra faire. C’est en ce sens que le combat mené sur la loi Égalim pour la construction du prix à partir des coûts de production, la construction des plans de filières et le rôle des OP dans la négociation est primordial. Tout comme les amendements déposés au Sénat sur les distorsions de concurrence. Si la loi, est rédigée en ce sens, c’est autant d’outils dont nous disposerons pour contrarier les effets de potentiel afflux de viande sur le marché européen » concluait Emmanuel Bernard avant que les échanges ne se poursuivent sur les contours de la future PAC post 2020.

PAC post 2020 : Le cadre européen en cours de fixation…
Et déjà se posent les questions des orientations nationales. Cheval de bataille pour les producteurs de viande bovine, le couplage de l’ex-PMTVA. Car c’est dans un cadre budgétaire d’ores et déjà annoncé restreint (-5 % en € courant, - 12 % en € constants) en raison des choix de report du budget communautaire sur la politique européenne de défense, la gestion migratoire, la jeunesse, et la recherche et l’innovation, que les discussions sur l’ossature de la future réforme de la politique agricole commune ont commencé. Dans ce premier combat syndical qu’est l’enjeu du budget alloué à la seule réelle politique « commune » de l’UE, le travail de concert avec les parlementaires européens sera central. Déjà, la FNB est à pied d’œuvre, de même que le berceau des races à viande qui sous la présidence de Christian Bajard -également présent lors de cette soirée - a entamé des démarches pour réunir les parlementaires européens du grand Massif Central à la rentrée de septembre.
Et dans une nouvelle architecture dans laquelle les États membres devront insérer leur plan national et stratégique de déclinaison de la Pac à l’échéance 2020, le moindre détail devra être peaufiné pour les producteurs de viande bovine qui bénéficient à ce jour de soutiens importants sur le plan budgétaire : Aba dans le premier pilier, compensation des handicaps, mesures agro-environnementales et aides à l’investissement (Feader) dans le second.
Dans un timing de montée de l’euroscepticisme dans de nombreux pays de l’union, reste à espérer que les désaccords politiques ne viendront pas altérer voire bloquer l’avancée des négociations de la Pac.

Dans l’attente, la ligne de conduite est néanmoins claire pour le secteur de l’élevage, tant sur le plan des besoins budgétaires que sur les outils « techniques » à exploiter pour maintenir une Pac forte aux côtés des éleveurs. À la vue des « agressions » auxquelles le secteur de l’élevage sera demain exposé et à la médiocrité d’un aval de filière déconcertant, la Pac demeurera un rempart à l’effondrement de la compétitivité des fermes d’élevage et au maintien de l’élevage dans les territoires où l’exploitation de l’herbe n’est pas choisie mais subite.

S.L – FDSEA 58

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