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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 03-05-2018]

Géopolitique et alimentation

L’agriculture: enjeu géopolitique mondial

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Le 18 avril, à l’occasion d’une conférence organisée par l’Ileri, l’Institut libre d’étude des relations internationales, établissement d’enseignement supérieur, deux spécialistes de l’alimentation et de l’agriculture ont abordé la dimension géopolitique de l’acte alimentation et le devenir des pratiques de consommation.
« La question agricole et alimentaire est la plus vieille histoire du monde, elle concerne n’importe quel individu de la planète, ce sujet est donc, par définition, géopolitique», a affirmé Sébastien Abis, chercheur associé à l’Iris et directeur du club Demeter, le 18 avril, à l’occasion d’une conférence sur la dimension géopolitique de l’alimentation et de l’agriculture.

Ce rendez-vous était organisé par l’Ileri, l’Institut libre d’étude des relations internationales, établissement d’enseignement supérieur. L’assemblée était principalement composée d’étudiants, et le chercheur s’est félicité de les voir aussi nombreux à être «curieux de la question agricole et agroalimentaire». Il leur a ainsi rappelé l’importance géopolitique de l’alimentation, «quand les gens mangent à leur faim, généralement, sur la planète, ça va toujours un peu mieux. Il s’agit d’une réalité ancienne qui est encore extrêmement contemporaine», insiste-t-il.

Il a poursuivi sa présentation en soulignant que d’un point de vue géoéconomique et géopolitique l’Europe est une banlieue de la mondialisation. «Quand on renverse une carte du monde, il est centré sur la pacifique, pour des finalités économiques et alimentaires, nous avons à considérer cette représentation», décrit Sébastien Abis. Cependant, il précise que pour produire en agriculture il faut des ressources naturelles rares ; des terres et de l’eau. De ce point de vue «l’Europe est bénie des Dieux» ; elle a les ressources nécessaires pour produire des denrées alimentaires en grande quantité. Le chercheur spécifie donc que «si pour de nombreuses questions elle n’est plus un point de repère, elle est un point central sur le plan agricole».

L’eau : Une problématique de géopolitique agricole
Tous les territoires ne connaissent pas cette «profusion» d’eau et de terres arables. Sur la planète, les problèmes d’eau sont généralement, avant tout, des problèmes de géopolitique agricole et alimentaire. Sébastien Abis indique que l’obsession chinoise pour le Tibet, avant d’être un problème géoculturel, est, avant tout, une préoccupation hydrique pour avoir accès aux eaux de l’Himalaya.

Ainsi, les Etats cherchent à avoir une sécurité de dotation, soit sur leurs territoires, soit en allant la chercher ailleurs. Un élément structurant des relations internationales est le nouveau projet de la Chine ; les nouvelles routes de la soie, qui consiste à construire un grand pont terrestre et maritime entre l’Asie et l’Europe.

La Chine a besoin d’internationaliser sa tactique de sécurité alimentaire ; le pays représente
20% de la population mondiale, 8% des terres arables dans le monde et 4% des ressources hydriques de la planète. Pour un Etat, ou un continent, la construction de sa sécurité alimentaire est une priorité stratégique. «Si vous commencez à manquer de quelque chose vous vous approvisionnez, ainsi que ce soit au niveau de l’individu, de la communauté, de la ville, ou de la région, il y a toujours action et donc anticipation, pour couvrir ses besoins alimentaires», décrit le directeur du Demeter.

23 000 naissances, chaque jour, dans le monde
Avec l’augmentation démographique les questions alimentaires seront donc de plus en plus prégnantes ; «tous les jours il y a environ 23 000 naissances dans le monde, donc, chaque jour, 23 000 nouvelles personnes s’invitent au banquet de l’humanité», rappelle Sébastien Abis. De nombreux pays accélèrent en conséquence leurs investissements en faveur de l’agriculture. Mais ils ne sont pas les seuls à investir. «De plus en plus d’acteurs, qui ne viennent pas des sphères de souveraineté classique et qui ne sont pas des acteurs de l’agroalimentaire, mettent le turbo sur l’agriculture et l’alimentation, je vous parle des Gafam (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) les cinq plus grandes compagnies privées du monde», précise ainsi Sébastien Abis.

En effet, ces entreprises, qui sont pour la plupart californiennes et situées dans la Silicon Valley, investissent massivement dans l’agriculture. «Tous les secteurs se digitalisent et l’alimentation ne fait pas exception», ajoute Richard Delerins, anthropologue, chercheur au CNRS, et co-directeur de Food 2.0 Lab. Des milliards sont ainsi investis pour que des startups californiennes deviennent des leaders de l’alimentation. L’anthropologue a ajouté que la Food 2.0 californienne se construit autour de quatre types de capital ; le capital intellectuel, le capital financier, les entreprises florissantes de la Silicon Valley y réinvestissent leurs dividendes, le capital agricole de l’Etat, la Californie est le plus grand Etat agricole des Etats-Unis en valeur, et enfin, il y a le capital humain et entrepreneurial. La combinaison de ces quatre ressources est le terreau de la révolution Food 2.0.

«Changement de perception de l’alimentation»
Elle est principalement basée sur un changement de perception de la nutrition, «la perspective sur l’alimentation a changé», insiste Richard Delerins. Ce changement s’appuie sur des avancées scientifiques pour proposer des denrées plus «saines». Ainsi, le séquençage du génome humain, au début des années 2000, a entraîné un changement de perception ; «on ne regarde plus seulement l’alimentation d’un point de vue métabolique mais d’un point de vue cellulaire», raconte ainsi le chercheur du CNRS. Des médecins, et ensuite des cuisiniers, ont édité des livres adaptés à la génétique. L’épigénétique, la science qui consiste à analyser la manière dont les gènes s’expriment, ou non, a aussi été une étape cruciale. Par exemple, chez l’abeille, sur deux individus, avec exactement le même génome, l’un pourra devenir reine s’il a été nourri avec de la gelée royale, qui active les gènes pour se «transformer». Cela semble marcher aussi chez les humains, avec un certain type d’alimentation on pourrait activer certains gènes. L’alimentation n’est donc plus seulement une affaire métabolique mais aussi une affaire informationnelle.
Des entreprises de la Silicon Valley, proposent donc de séquencer le génome pour adapter au mieux son régime alimentaire.«La grande fracture entre ville et campagne» Cette révolution est aussi le symbole d’un changement de la consommation. «Partout sur la planète les consommateurs se ressemblent de plus en plus; ils veulent plus de quantité, de qualité, de sûreté et ils le veulent plus rapidement dans leur assiette», assure Sébastien Abis. Il note également que ces consommateurs n’ont pas un comportement linéaire, ils mangent bio le vendredi et de la Junk Food le samedi. Il estime qu’il est donc nécessaire de préserver la diversité des modèles agricoles sur la planète. Depuis 2007, le consommateur est principalement urbain. Ce consommateur, habitué à trouver de la nourriture en bas de chez lui, oublie parfois qu’il y a un agriculteur et de nombreux acteurs derrière le produit.

Pour le chercheur à l’Iris, la grande cassure du monde n’est pas entre pays riche pays pauvres, ou entre occident et reste du monde, mais il s’agit de celle qui oppose les villes et les zones rurales. Les villes sont branchées sur la modernité, aspirées par la mondialisation, complètement connectées sur ce siècle. Alors que, pour le chercheur, les mondes ruraux, sont souvent à l’intérieur des pays, enclavés sur le plan géographique, fréquemment sous-estimés d’un point de vue médiatique et parfois oubliés par les pouvoirs politiques. «La confrontation urbaine rurale permet de comprendre un certain nombre de dynamiques relatives aux turbulences socio politiques, passées, comme les révolution Arabes, en cours ou à venir», estime Sébastien Abis.
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