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YONNE

[Article mis en ligne le 10-01-2018]

Afdi

De retour de Madagascar

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Une mission ponctuée d’échanges et de partages avec les paysans locaux.
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« L’île rouge » tire son nom de la couleur latérite teintant ses plateaux.
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Replantation d’arbres et de buissons, pour contribuer à faire cesser l’érosion des sols.
Exploitant céréalier converti depuis 2010 à l’agriculture de conservation, Thierry Desvaux s’est depuis longtemps investi dans l’association de solidarité internationale AFDI. Il vient de rentrer de Madagascar, où des actions en faveur de l’agro-écologie se mettent progressivement en place, pour contrer les effets dévastateurs du changement climatique.
Après la création l’an passé, d’un groupe de travail sur l’agro-écologie au sein d’AFDI national, il a été décidé de dresser l’inventaire des actions déjà menées en ce sens sur le terrain, notamment à Madagascar, où un expert local a été mandaté, pour recenser les initiatives mises en place. C’est dans ce contexte, que Thierry Desvaux s’est rendu fin décembre sur la «Grande Ile», avec pour objectif d’identifier les points de blocage pouvant freiner les pratiques agro écologiques, multipliant pour cela les échanges avec les paysans locaux. Il y a urgence, car du fait de sa situation géographique, Madagascar est entrée de plein pied dans le changement climatique. Pour preuve, la hausse des températures, combinée à une diminution des pluies et surtout, une concentration de l’intensité pluviométrique : «aujourd’hui, on rencontre un décalage, avec des pluies qui arrivent plus tard et finissent plus tôt. En 2 mois, il faudrait faire 2 cultures, c’est impossible ! Le drame, il est là, perçu par les paysans sur place, mais non identifié et sans solutions pratiques pour y faire face». Les conséquences sont multiples : baisse de fertilité des sols, érosion, déforestation… L’île rouge, surnom que lui donne la couleur latérite teintant ses plateaux ne cesse de «saigner» : «globalement, les sols sont bons, mais perdent leur activité, du fait qu’ils ne sont plus fixés. La terre part dans les rivières pour se jeter ensuite dans la mer, d’où l’urgence à s’intéresser à l’agronomie». Des réponses existent, comme l’aménagement de cultures en terrasse ou la réimplantation d’arbres, pour fixer le sol, mais nécessitant des financements importants et impossibles sans l’aide internationale.

Des solutions sont possibles
Un frein majeur à toute initiative, celui du foncier : «il existe un droit d’usage pour la propriété, mais en cas d’aménagement du terrain, toute personne ou structure peut en revendiquer la possession, faute d’acte de propriété reconnu. Tant qu’il n’y aura pas de sécurisation foncière, difficile de se lancer dans des projets à moyen et long terme…» D’autres mesures seraient accessibles rapidement pour enrichir la terre, comme l’introduction d’animaux pour en récupérer les effluents, mais là encore, il faut faire face à l’autre mal endémique qu’est le vol : «j’ai vu certains paysans qui avaient l’habitude du travail attelé revenir au travail manuel, après s’être fait voler par deux fois leurs zébus…» A l’image de ce que Thierry pratique depuis trois ans avec ses associés de la SEP de Bord, l’association de deux cultures au sein d’une même parcelle, donne aussi des résultats probants : «la juxtaposition d’une céréale, que ce soit du maïs, du mil ou du manioc, à une légumineuse comme le haricot, le soja, les pois, les paysans le savent, ça marche ! Une porte d’entrée très facile à l’agroécologie et qui donne des résultats immédiats». Notamment, lorsque s’y rajoute une rotation dans les cultures : «au lieu de faire du riz sur riz la même année, on fait une légumineuse derrière un riz, avec à la clé, un doublement de production l’année suivante». L’usage intempestif d’engrais chimiques et du labour, depuis l’introduction du coton sur l’ile en 1965, n’a fait que dégrader les choses : «aujourd’hui, ils en sont à plus de 30 traitements sur le coton et commencent à apparaitre des résistances aux insecticides. Ils sont conscients de «tuer» le sol et chez certains, se manifeste la volonté de ne plus s’orienter vers la chimie cars ils s’aperçoivent que ce n’est pas durable».

Des traditions pénalisantes
La surenchère dans la mécanisation n’est plus forcément de mise chez les paysans malgaches : «les images du monde occidental sont aujourd’hui ébréchées et c’est bien ! Le schéma que nous avons pris, on souhaite qu’ils ne le prennent pas» D’autant que l’urgence climatique fait qu’ils n’auront peut-être pas le temps de faire machine arrière. Expérimentée dans le pays depuis 1990, l’agriculture de conservation peine à voir les projets perdurer dans le temps : «la couverture permanente des sols est sensible au feu et de tradition ancestrale, les gens ont l’habitude des brûlis». Autre tradition : celle de laisser, une fois le riz récolté, les animaux pâturer sur les parcelles, quel qu’en soit le propriétaire, «tous les bœufs des voisins peuvent venir brouter les couverts et on imagine les conflits pouvant advenir». Si sur ses terres, Thierry Desvaux a fait de l’agriculture de conservation, la pierre angulaire de son activité, il ne privilégie pas pour autant la technique pour Madagascar : «c’est une bonne piste, mais guère envisageable rapidement et relevant d’un travail de fonds. C’est pour cela que je ne la mets pas en tête des solutions possibles, alors que c’est un peu mon «bébé». Stockage carbone et limitation des gaz à effet de serre ne sont pas faciles à quantifier dans l’instant, lorsque l’insécurité alimentaire menace et nécessite des réponses rapides : «ils ne peuvent que s’adapter là où nous souhaiterions qu’ils atténuent les effets du changement climatique, en stockant notamment du carbone, L’idéal serait qu’ils perçoivent une rémunération en ce sens. Difficile de mener des initiatives personnelles sur les structures existantes si derrière il n’y a pas de financement extérieur, car ils n’ont pas un sou !»
Cette 6e mission pour le compte d’AFDI aura permis à Thierry, de multiplier les contacts, notamment auprès d’organisations paysannes, que ce soit à Tuléar, dans le sud-est de l’île, particulièrement marquée par les effets du changement climatique, à Fianarantsao ou Antsirabe, dans la région des Hauts Plateaux. Avec à la clé de belles rencontres : «j’y ai vu des techniciens formés sur place, qui comprennent jusqu’à l’approche systémique de l’agroécologie, sachant qu’un problème ne relève pas d’une solution, mais bien d’une approche globale». Le sujet est d’importance et servira de thème à l’Assemblée Générale d’Afdi qui, se déroulera dans l’Yonne le 15 mai prochain, au lycée la Brosse. L’occasion peut-être pour d’autres agriculteurs de venir rejoindre les rangs de l’association ? Ou comment donner un peu de son temps, pour recevoir beaucoup en partage…

Pour en savoir un peu plus :
https://www.facebook.com/thierry.desvaux.39/videos/1742989232407264/

Dominique Bernerd

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