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COTE D'OR

[Article mis en ligne le 10-08-2017]

Après-moissons

Nouvelle disette pour les zones à faibles potentiels

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Vincent Lavier souligne la nécessité d’accompagner spécifiquement les secteurs les plus touchés.
Le président de la Chambre d’agriculture fait le point au lendemain des récoltes. Le secteur des plateaux souffre une nouvelle fois, la situation spécifique de la Côte-d’Or mobilise les responsables de la profession.
- Bonne d’un côté, mauvaise de l’autre : la moisson 2017 pourrait-elle se résumer ainsi dans le département ?
«Deux grandes zones apparaissent effectivement en Côte-d’Or. Les résultats sont globalement satisfaisants dans la plaine en terme de quantité. La déception vient parfois de la qualité, notamment pour les blés qui ont parfois germé quand ils ont été récoltés après les pluies du 8 juillet. Pour le plateau, le bilan est totalement différent, les résultats ne sont globalement pas bons. Si certains secteurs s’en sortent mieux que d’autres, les récoltes sont majoritairement décevantes et souvent médiocres, notamment au nord de Dijon, dans le Châtillonnais et une partie de l’Auxois. La moyenne en blé ne dépassera pas 5t/ha et ne sera pas meilleure que l’an passé. En terme de qualité, nous trouvons tout et son contraire sur le plateau avec là encore, des blés germés mais dans de plus grandes proportions».

- L’hétérogénéité des résultats semble très marquée cette année
«À tel point que je me demande si, dans le passé, elle a déjà atteint un tel niveau... Cela s’explique par les potentiels des terres différents mais aussi et surtout par les aléas du climat et les stades végétatifs des plantes quand ces aléas se sont manifestés. Ce n’est qu’un exemple mais certaines cultures ont payé très cher le gel de méiose. Si je prends le secteur d’Is-sur-Tille que je connais bien, des champs ont connu les plus basses températures au plus mauvais moment. En conséquence, des parcelles sont descendues à seulement 20q/ha, avec la qualité que l’on imagine au niveau de protéines... Les moyennes d’orges d’hiver ne dépasseront pas les 40q/ha pour certaines exploitations. Les blés de ces mêmes secteurs ne sont guère mieux lotis avec des rendements qui atteignent parfois 25q/ha dans les cas les plus extrêmes».

- Quel regard portez-vous sur ces moissons ?
«Dans les secteurs les plus fragiles, le métier commence à s’apparenter à une certaine forme de loterie avec ces aléas climatiques à répétition. Les agriculteurs ont beau faire du mieux possible, les résultats dépendent fortement du climat et sont bien trop souvent décevants. Au printemps, nous avons connu cinq semaines sans la moindre goutte d’eau. Les pluies qui ont suivi ont laissé place à trois semaines très chaudes jusqu’au début de l’été  : dans les endroits ne comptant que dix centimètres de terre, cela n’a pas pardonné. Pour cette moisson, certains m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas espérer faire davantage en termes de rendements. Dans le même temps, d’autres se demandent s’il est possible de faire pire que 2017... Cette année est encore une fois atypique».

- Les mauvaises récoltes concernent souvent des exploitations déjà fragilisées
«Oui, et cela dure depuis maintenant quatre ans sur les plateaux. Cette problématique, et bien d’autres, ont fait l’objet d’une rencontre en préfecture le 28 juillet, et devait être abordée lors de la visite ministérielle prévue à Etornay, avant d’être annulée. Devant les Parlementaires fin juillet, nous avons présenté les chiffres CER France des cinq dernières années pour les systèmes grandes cultures des secteurs concernés. La trésorerie des exploitations s’est dégradée, en moyenne sur cinq ans, de 115 000 euros. Nous ne pouvons plus continuer ainsi, il faut absolument trouver des compensations spécifiques. Les exploitants paient un lourd tribu aux aléas du climat et ses soubresauts ne vont sans doute pas s’arrêter là. Les agriculteurs souffrent au niveau économique, mais aussi de la non-reconnaissance de leurs zones à faibles potentiels. Le récent transfert du premier au deuxième pilier de la Pac prouve bien que cette problématique n’a pas été prise au sérieux au plus haut rang, car ces mêmes exploitants devront payer autant que les autres».

- Quelles sont les solutions à envisager ?
«Dans le passé, le gouvernement a bien été capable de mettre en place une politique d’accompagnement pour les zones de montagne et l’élevage allaitant extensif. Il nous faut une politique du même type et ce, pour l’ensemble des systèmes grandes cultures de notre département. Dans un premier temps, tout le monde doit travailler main dans la main pour obtenir une reconnaissance de nos zones à faibles potentiels. Ces dernières sont très peu peuplées et l’agriculture porte encore le peu d’économie restant. Si les systèmes de production ne sont plus viables, il n’y aura plus d’agriculture d’ici quelques années : cela posera un problème de taille en ce qui concerne l’aménagement et l’entretien du territoire aujourd’hui assurés par les agriculteurs eux-mêmes. Le coût serait insupportable pour la société. Je pense qu’un compromis doit être trouvé. Le gouvernement doit nous aider à assurer la pérennité de nos systèmes économiques. Le montant que nous demandons est de 100 euros à l’hectare».

- Les différentes pistes de travail proposées par la Chambre d’agriculture vont-elles jouer un rôle tampon dans les mauvais résultats de l’année en cours ?
«Il est difficile de répondre à cette question, mais nous l’espérons tous. Quelle qu’en soit la situation aujourd’hui, nous allons continuer d’œuvrer dans cette même démarche. Même si la situation est difficile, il faut continuer à travailler sur l’optimisation des moyens, sur leur rationalisation, sur l’économie des exploitations et trouver tous ensemble des solutions pour survivre dans un tel contexte. Même si nous obtenons des soutiens publics supplémentaires, ces derniers ne résoudront pas tout, bien entendu. Celles et ceux qui géreront le mieux leur exploitation et qui optimiseront le mieux leurs moyens auront toujours les meilleures chances de s’en sortir».

Propos recueillis par Aurélien Genest

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