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YONNE

[Article mis en ligne le 03-08-2017]

Irancy

Mémoire d’un village, mémoire d’une vie

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Le livre «Autour des pressoirs», écrit par Léon Bienvenu et édité par la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, est disponible chez l’auteur, 4 rue des Promenades à Irancy, ainsi qu’au Domaine Bienvenu. En vente également au restaurant
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Premières lignes manuscrites…
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Les vins d’Irancy étaient déjà bien renommés au 19e siècle. La preuve avec cette carte de visite d’Urbain Foudriat, un lointain ancêtre de Léon
Féru d’Histoire, Léon Bienvenu rêvait de voir un jour publiés ses souvenirs et chroniques patiemment collectés sur des cahiers d’écolier, évoquant la vie à Irancy au fil des siècles. À la veille de ses 83 printemps, l’ancien vigneron vient d’éditer «Autour des pressoirs», un livre riche en anecdotes et photos diverses
Ne dites pas «Léon», encore moins «Monsieur», mais «Lonlon» !  Un diminutif affectueux qui sied bien à cette figure emblématique d’Irancy, issue d’une famille dont le patronyme est lié à l’histoire du village depuis plus de quatre siècles. Une lignée de vignerons qui s’est perpétuée au fil des générations et continue de marquer encore le patrimoine viticole icaunais. «Dès que j’ai su lire, j’ai toujours dévoré des bouquins…» Avec à la clé, une passion pour l’Histoire, jamais démentie, chez celui qui se targue d’avoir «fait HEC», avant de ponctuer malicieusement : «Hautes Études Communales» !  Certificat d‘études en poche, il se souvient que sa maîtresse d’alors était venue voir son père pour le convaincre de l’envoyer faire des études secondaires. Peine perdue : «il n’a pas voulu ! Pensant certainement que j’aurais été absent pour la continuité de l’exploitation… Et il ne s’est pas trompé, car je serais peut-être devenu prof d’histoire ?» Le monde enseignant y aurait sans doute gagné au change, mais celui de la vigne, beaucoup moins ! Ses cahiers, «Lonlon» a commencé à les remplir il y a deux ans, rythmant les pages de façon chronologique, au fil des siècles et des années. Avec en préambule ce message à l’attention des lecteurs potentiels : «Tout le monde n’est pas Victor-Hugo ! Je demande à ceux qui me liront d’être indulgents…» La passion de l’Histoire n’empêche pas la modestie…  

Irancy «la rouge»
Charriat, Navarre, Colinot, Bienvenu, Cantin, Delaloge, Richoux, Podor, Meslin…Autant de patronymes encore bien présents aux frontons des maisons du village ou dans ses alentours, apparus très tôt sur les registres d’état civil tenus alors par les curés. Dès 1561 pour les plus anciens, signe s’il en était besoin, de l’ancrage et de l’attachement des habitants à Irancy.

À trois lieues d’Auxerre, la commune ne fut pas épargnée par les guerres de religion frappant alors tout le royaume. La «Rue des morts» perpétue encore la mémoire de ceux qui périrent en 1568, sous la lame de la soldatesque huguenote. Moins tragique mais tout autant inscrit dans l’histoire du village, un événement de 1853, peut-être annonciateur du fort courant anticlérical caractérisant depuis «Irancy la rouge» : le refus par le curé d’alors de bénir le «chef d’œuvre» réalisé par la Société Fraternelle de Saint-Vincent, prévu défiler chaque année lors de la fête du patron des vignerons : «une pétition a été envoyée par les habitants à l’archevêque de Sens, pour réclamer son remplacement, avec menace de quitter la religion, en cas de refus. Ce qui est arrivé, même si on peut imaginer que le fait d’avoir depuis mille ans comme seigneurs et maîtres les moines de Saint-Germain, a aidé en ce sens !» Les prémices d’un divorce qui a perduré au fil des siècles et fait apparaître quelques années plus tard, les premiers mariages civils : «déjà à la révolution, ils avaient fait disparaître les croix dans le finage et transformé l’église en «Temple de la raison», sous l’instigation de Robespierre…» Quand aux cloches de l’église, elles se sont tues depuis bien longtemps, à l’exception de ce jour de mai 1945, pour fêter la victoire. Léon, a encore en mémoire les histoires, alors gamin, que lui racontait son arrière grand-mère Adèle. Née en 1862, elle a vécu l’occupation d’Irancy en 1871, par une compagnie de Uhlans de l’armée prussienne, «à charge pour les habitants de les loger et les nourrir» Comme une répétition de ce qu’allait connaître le village soixante-dix ans plus tard, sous l’occupation allemande. Les registres sont précis : en 1872, Irancy comptait parmi ses 941 habitants : 270 vignerons, 1 fermier, 3 tisserands, 3 coutiers en vin et autant de tonneliers, 5 boutiquiers, 3 maréchaux-ferrants, 1 notaire, 2 instituteurs, 1 garde champêtre, 1 curé et sa bonne, 6 retraités et…, 1 rentier !

Un esprit «progressiste» en phase avec son temps
Né en 1934, Léon Bienvenu a su aussi puiser dans sa mémoire tout un lot d’anecdotes et souvenirs, heureux ou malheureux, qui ont rythmé la vie du village depuis sa naissance : accueil des réfugiés espagnols fuyant la dictature de Franco, première machine à sulfater tractée par un cheval en 1939, l’exode précédant la guerre de 40, l’occupation allemande, les voyages à Auxerre en vélo avec les parents, la fanfare municipale, les glissades de la rue des Petits-Fossés en hiver, le ramassage des doryphores dans les pommes de terre, faute d’insecticide… L’heure aussi des premiers amours et de l’apprentissage de la danse au «Cellia», ancien cellier cistercien que l’on rejoignait à vélo pour le bal à Vincelottes, ou des bouquets venant fleurir les portes de chaque fille du village au 1er mai. Passage obligé par le Conseil de révision en 1954 et premier séjour au Maroc pour satisfaire aux obligations militaires, avant l’entrée dans la vie active : «c’était le début de la mécanisation dans les vignes et à l’époque, mon père considérait qu’emprunter, c’était le déshonneur !» Naissance des enfants, élection au Conseil municipal, premières mises en bouteilles, premier pressoir mécanique…

«Plus de hue ! dia ! huo ! Remplacés petit à petit par les pétarades des moteurs» L’époque aussi de ses premiers pas dans le Syndicat de défense de l’AOC Bourgogne Irancy, avant d’en devenir président en 1977 et la consécration suprême en 1998, avec l’obtention de l’AOC Irancy. Aujourd’hui retraité, «Lonlon» coule des jours heureux avec Mireille son épouse, entourés de leurs enfants et petits-enfants, dans le village qui l’a vu naître. Fier de voir le cirque qui l’entoure, implanté «tout en vignes» et de ce climat d’entraide qui perdure aujourd’hui encore chez les vignerons qui ont succédé aux générations d’antan. Un esprit « progressiste », toujours en phase avec son temps. Mémoire « Autour des pressoirs », mémoire d’un village de vignerons, mémoire de toute une vie…

Dominique Bernerd

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