Abonnement Nous Contacter Participer Petites annonces Publications légales Extranet

BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 17-02-2021]

Recherche

Reggae, pour une bonne mise en musique de la régulation biologique

photo article
Dans le cadre du projet Reggae, il a fallu piéger des insectes afin d’établir un diagnostic précis de leur présence sur les zones concernées par l’expérimentation (ici, une tente malaise pour la faune volante).
photo article
… de même que les syrphes, mais l’essentiel est de parvenir à fixer ces insectes sur les parcelles en mettant en place un habitat adéquat (haies, lisières…).
photo article
Les carabes font partie des insectes prédateurs qui peuvent être très utiles dans le cadre d’une régulation biologique…
Favoriser l’utilisation de certains insectes pour lutter contre ceux qui ravagent les cultures va dans le sens d’un moindre recours aux produits phyto. Le projet Reggae, mené en Côte-d’Or, repose sur cette ambition, mais dans ce domaine, rien n’est simple.
Se sentir petit face au minuscule : voici comment on pourrait résumer le sentiment que procure le projet Reggae (pour Régulation biologique en gestion agroécologique en grandes cultures) à celles et ceux qui y ont participé. Depuis 2018, il a mobilisé des chercheurs de l’Inrae, des spécialistes des insectes, mais aussi quatre exploitants agricoles de la région dijonnaise qui, tous, en ont retiré une leçon d’humilité face à la complexité des fonctionnements de la nature, et notamment des interactions entre insectes. Ils ont aussi beaucoup appris et vous pourrez retrouver leurs témoignages respectifs dans notre journal. C’est Perrine Lair qui a eu la charge de coordonner tout ce travail. Employée par la ferme du lycée agricole de Quetigny-Plombières, elle a œuvré sur Reggae en partenariat avec Inrae Dijon et les quatre exploitations évoquées plus haut : celle du lycée agricole, à Tart-le-Bas (Vincent Carteault), celle de Benoît Collardot (EARL de la Champagne), à Flagey-Echezeaux, celle de Pascal Farcy (GIE des Quatre épis), à Champdôtre, et celle de Laurence Henriot (Gaec Henriot), à Villebichot. Ce projet a permis la réalisation d’un diagnostic fin des auxiliaires de cultures présents sur les exploitations et d’en tirer des préconisations. Des outils pédagogiques s’appuient sur ce diagnostic.

Expérimentation et pédagogie
Reggae est un projet européen comportant différents volets :
- Un volet recherche principalement mené par Inrae, dans lequel on cherche à mesurer la régulation naturelle des adventices par différents auxiliaires de culture et, en particulier, les carabes. On cherche aussi à mesurer le lien de cette régulation avec l’agriculture de conservation, dans le paysage (la parcelle mais aussi ce qu’il y a autour).
- Un volet pédagogique, mené par le lycée de Quetigny-Plombières. Des outils de formation sont produits à destination des enseignants pour qu’ils se forment, ou pour qu’ils les utilisent avec les élèves. Il s’agit d’une exposition, d’un diaporama de formation et ils s’appuient sur un diagnostic réalisé en lien avec le laboratoire d’éco-entomologie d’Orléans. Pour ce diagnostic, ont été utilisés des relevés sur l’entomo-faune volante, réalisés par l’Inrae dans les années précédentes et, dans le cadre de Reggae en 2019. Tous ces résultats ont été analysés par le laboratoire d’Orléans afin de proposer un diagnostic de ce que l’on trouve chez chacun des agriculteurs impliqués et pour réfléchir à des pistes d’amélioration des situations. Les outils pédagogiques sont utilisés par les élèves du lycée de Quetigny-Plombières mais, à terme, ils pourraient très bien être mis à disposition d’autres établissements. L’exposition comporte 8 panneaux qui peuvent être utilisés indépendamment les uns des autres. L’expérience permet aussi aux élèves d’apprendre à observer et à identifier toute cette faune auxiliaire et de comprendre quels sont les habitats favorables.
L’intérêt de Reggae, c’est que le projet a été mené sur des exploitations aux configurations très différentes :
- À Tart-le-Bas, on est en production intégrée, avec un Indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires (IFT) très bas et beaucoup de leviers alternatifs à ces produits phyto. Une partie de l’exploitation est en bio.
- À Villebichot, c’est une exploitation bio.
- À Champdôtre, une exploitation en agriculture de conservation.
- À Flagey-Echezeaux, une exploitation conventionnelle mais dont une partie a été convertie en bio.
Un éventail suffisamment large qui permet à un grand nombre d’agriculteurs de se reconnaître. Deux des exploitations sont en grandes cultures et deux autres, en polyculture élevage.

Mettre en place un contexte favorable
Le but recherché n’était pas d’introduire sur les parcelles des insectes prédateurs de ravageurs mais de favoriser leur installation en créant un habitat. « Le recours aux auxiliaires de cultures, précise Perrine Lair, en les introduisant, de manière arbitraire, n’a pas toujours des résultats favorables. Si on ne met pas en place un contexte qui leur donne la possibilité de se fixer sur la parcelle, ils s’en vont. Dans le projet, ce que nous voulons c’est que ces insectes restent sur la parcelle durant l’ensemble du cycle de vie, de manière à pouvoir intervenir dès qu’il y a une attaque de pucerons ou de mélighètes. Notre diagnostic avait pour but de montrer aux agriculteurs de la région qu’il y a une biodiversité méconnue qui peut leur être utile et de donner des exemples de pratiques pouvant favoriser une régulation biologique dans la défense des cultures, même si cela demeure un sujet complexe soumis à de nombreux paramètres ». Les agriculteurs impliqués avaient déjà mis en place des habitats semi-naturels (haies, bandes fleuries ou enherbées, mares, tas de bois, murs de pierres sèches, lisières de bois…) avant même le démarrage du projet. Pour Perrine Lair, l’objectif a donc été de positionner des pièges en fonction de ces habitats. « Cela nous a permis de faire des propositions après les diagnostics : manque-t-on d’habitat naturel ? Doit-on changer les modes d’entretien de ces habitats ? Quelle fréquence de taille doit-on adopter sur une haie ? Quelles espèces doit-on implanter dans une bande fleurie ? »
Après deux ans de travail sur ce thème, quelles conclusions en tirer ? Premier constat : le grand nombre d’espèces d’insectes répertoriées durant l’expérience. Plus il y a d’habitat à proximité, plus il y a de diversité. A chaque habitat correspond un type d’auxiliaire. Le projet a aussi fourni le cadre pour un important partage d’expériences entre agriculteurs aux profils très différents. L’intérêt de Reggae est aussi de faire comprendre que favoriser un habitat naturel pour des insectes auxiliaires de régulation biologique des ravageurs peut se traduire par des bénéfices en termes de rendement des cultures, même s’il y a un coût induit par l’entretien de cet habitat. « Un cercle vertueux se met en place, poursuit Perrine Lair, sur l’utilisation des produits phyto : réduire leur utilisation favorise la biodiversité et cette biodiversité entraîne un moindre besoin de recours aux produits phyto ». Le projet montre par ailleurs l’impact du travail du sol sur la présence de certains auxiliaires. En travaillant moins ces sols, on favorise là aussi le retour d’une biodiversité utile. Prometteur, Reggae l’est sans aucun doute. Malheureusement le projet a été freiné par l’irruption de la crise sanitaire liée à la Covid. Il faut souhaiter qu’il puisse continuer sur cette route riche d’enseignements.

Berty Robert

votre publicité
photo article

Réactions à la visite présidentielle - Accélérer sur la question du revenu des exploitations

[En ligne le 24-02-2021]

photo article

Plan de relance - Accélérer sur la transition écologique

[En ligne le 10-02-2021]

photo article

Travaux agricoles - Des entreprises de plus en plus sollicitées

[En ligne le 10-02-2021]

RECHERCHE

ÉDITION N°1618

La une

LIENS EXTERNES

METEO

PUBLICITE

votre publicité

NEWSLETTER

Inscrivez vous à la Newsletter pour être toujours informé

Réseaux