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COTE D'OR

[Article mis en ligne le 02-09-2020]

Agriculture biologique

Une solution crédible et durable ?

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Clément Divo, conseiller agronomie et productions végétales à la Chambre d’agriculture,
Clément Divo, conseiller agronomie et productions végétales à la Chambre d’agriculture, aborde la question du bio dans les systèmes grandes cultures du plateau.
La FDSEA et la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or ont tenu leur traditionnelle réunion de fin de moissons le 20 août à Bretenière. Une nouvelle année compliquée se confirme pour les producteurs céréaliers, notamment sur le secteur plateau. L’agriculture biologique fait-elle partie des solutions à étudier pour se sortir de telles difficultés ? Un exposé était notamment dédié à ce sujet, avec la participation de Clément Divo, conseiller à la Chambre d’agriculture.

• Comment qualifier les moissons bios dans notre département ?
«L’année 2020 est plutôt moyenne. En fait, nous trouvons de tout : du bon et du beaucoup moins bon. La bonne nouvelle vient du blé tendre d’hiver, qui est la culture principale en bio. La plupart du temps, ses rendements et sa qualité sont vraiment corrects. Les céréales de printemps sont en revanche un peu moins bien loties, car elles ont souffert de la sécheresse printanière et de la jaunisse transmise par les pucerons. Le constat est bien plus décevant pour les légumineuses telles que les pois, les lentilles et les pois chiches. Il en sera vraisemblablement tout autant pour les cultures d’été comme le soja, le sarrasin, le tournesol et le maïs qui souffrent tous du sec. En ce qui concerne les cultures fourragères et plus particulièrement de la luzerne, le coup de froid que nous avons eu fin mars a impacté les rendements de la première coupe, c’est fort dommage. De meilleurs scores ont été obtenus lors de la deuxième coupe, mais de nombreuses questions subsistent sur le devenir de la troisième, encore hypothétique à ce jour… Globalement, les résultats économiques resteront convenables cette année grâce aux prix élevés des productions et à la moisson correcte en blé d’hiver».

• Le bio fait-il partie des solutions pour les exploitations céréalières des plateaux ?
«Il présente des intérêts, même s’il est tout autant soumis aux aléas climatiques que le conventionnel. L’agriculture biologique engendre cependant beaucoup moins d’avances en terres, moins de charges et donc moins de risques financiers. En cas de fort développement, le bio devra toutefois être réfléchi autrement. En effet, aujourd’hui, les exploitations de grandes cultures bios ne sont généralement pas autonomes en termes de fertilité. C’est un facteur limitant. Ces systèmes 100 % céréaliers dépendent d’engrais qui proviennent de l’extérieur, essentiellement des effluents d’élevages conventionnels. Ces gisements sont limités, le problème est bien là. Tant que le bio restera à son échelle actuelle, il arrivera à trouver toutes les matières dont il a besoin. S’il se développe dans des proportions importantes, cela finira vite par coincer quelque part… En cas de massification, il faudra impérativement réfléchir les systèmes d’une autre façon. Des solutions se dessinent. Les producteurs céréaliers devront arriver à produire eux-mêmes les matières fertilisantes dont ils ont besoin. Cela pourra passer par la réintroduction de l’élevage, la culture des engrais verts ou encore le développement de la méthanisation à la ferme. Il sera également pertinent de travailler sur la fertilisation à base de déjections humaines afin de favoriser le retour au sol des nutriments».

• La rentabilité du bio restera-t-elle la même si tout le monde se convertit ?
«Avec les prix de vente pratiqués aujourd’hui, le bio est rentable, c’est certain. Mais qu’en sera-t-il si ce mode de production se développe en masse ? Nous sommes en droit de nous poser cette question. Le marché est en augmentation auprès des particuliers, mais augmente-t-il assez vite par rapport à la hausse des conversions ? Je ne sais pas vraiment… Les marchés peuvent être un second élément limitant au développement du bio. Les États généraux de l’alimentation prévoient d’augmenter la part de l’agriculture biologique au sein de la restauration collective : ce marché potentiellement énorme pourrait maintenir les prix à un niveau élevé, bien que la restauration collective recherche généralement des prix plutôt bas… Pour résumer, il y a un travail à mener pour développer les filières longues en bio, sans oublier également les circuits courts et locaux».

• Les soutiens actuels incitent-ils à la conversion ?
«Ce n’est pas toujours évident. Pour rappel : durant les deux ou trois premières années de sa conversion, un agriculteur va produire en bio mais ne va vendre sa production qu’au prix du conventionnel… Des aides à la conversion lui sont alors versées pour l’aider à combler les pertes engendrées. Ces aides à la conversion ont été plafonnées à seulement 15 000 euros par exploitation… Ce faible montant ne compense généralement pas les pertes pour des exploitations de grande superficie. Les exploitants qui franchissent le cap en ce moment se convertissent sur une cinquantaine d’hectares et attendent des soutiens supplémentaires pour aller au-delà. Il est effectivement possible de travailler en mixité bio/conventionnel, à condition de respecter certaines règles. Dans l’état actuel des choses, avec ce niveau de soutiens, une conversion massive des grandes cultures du secteur plateau me paraît très compliquée, voire impossible à réaliser sur le plan économique. Les seuls producteurs qui se lancent aujourd’hui dans des conversions intégrales sont souvent concernés par des zones de captage d’eau potable. Cette situation donne effectivement droit à des déplafonnements».

Propos recueillis par AG

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