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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 27-05-2020]

Interview

Le défi de la députée Yolaine de Courson

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Élue en 2017 sur la 4ème circonscription de Côte-d’Or, Yolaine de Courson est aujourd’hui l’unique parlementaire de Bourgogne Franche-Comté à avoir rejoint le groupe EDS récemment constitué. La refondation du modèle agricole est une de ses priorités.
Élue de la 4ème circonscription de Côte-d’Or, Yolaine de Courson est l’unique députée de Bourgogne Franche-Comté à avoir rejoint le nouveau groupe parlementaire EDS, constitué d’anciens députés LREM. Comment la parlementaire envisage-t-elle de conjuguer ce choix politique avec les enjeux d’une circonscription très rurale et agricole ?
Écologie, Démocratie, Solidarité : voilà les trois mots qui se cachent derrière le sigle EDS qualifiant le nouveau groupe parlementaire constitué à l’assemblée nationale par d’anciens députés La République En Marche (LREM). Un groupe qui fait beaucoup parler de lui, pour plusieurs raisons : il fait perdre au parti présidentiel la majorité absolue détenue depuis 2017 à l’Assemblée nationale. Il concrétise également le désaccord de plus en plus flagrant, entre les orientations politiques prises par le parti majoritaire, depuis trois ans, et un bon nombre de ses représentants sur le terrain. De fait, en mettant en avant les notions d’écologie, de démocratie et de solidarité, les fondateurs du nouveau groupe révèlent, en creux, ce qui leur semble faire aujourd’hui défaut au sein de LREM. Parmi les membres d’EDS, on ne trouve qu’une seule députée de Bourgogne Franche-Comté : Yolaine de Courson, élue de la 4ème circonscription de la Côte-d’Or. Un territoire vaste (la moitié de la superficie du département à lui seul), très rural et avec une forte présence agricole. L’élue revient pour nous sur son choix politique et sur la manière dont elle souhaite conjuguer les orientations d’EDS avec les réalités du territoire qu’elle représente.

• Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre le groupe parlementaire EDS ?
Yolaine de Courson : «À l’Assemblée nationale, s’exprimaient, depuis un certain temps, des volontés d’aller vers plus d’écologie, une demande démocratique. Il y a eu le collectif « Accélérons » (lancé fin 2018) qui était transpartisan, et qui portait sur les sujets de transition écologique. Plus récemment, avec la crise du Covid, il y a eu la plateforme « Le jour d’après » avec 65 députés de tous bords, autour des questions de relance. Personnellement, je pense que la transition écologique, notamment dans les territoires ruraux, est une superbe opportunité, mais je nourrissais quelques frustrations par rapport au fait que ces sujets ne me semblaient pas assez portés. Il y a eu un déclic chez moi. Dans un grand groupe parlementaire, il est compliqué de porter certains débats. Pour moi, l’Assemblée nationale n’a plus un fonctionnement démocratique et c’est regrettable. Je pense que le parlement doit reprendre ses droits, qu’on y trouve du débat, des majorités de projets. EDS veut être un groupe constructif qui va proposer. Nous ne sommes que 17, mais on peut être petit et costaud !"

• Comment a été perçu votre choix sur votre circonscription ?
YdC : «J’ai eu de très bons retours, de manière assez surprenante, notamment de « marcheurs » de ma circonscription, qui auraient pu se sentir abandonnés, mais pas du tout. Au contraire, j’ai de nouvelles personnes qui me contactent en me disant qu’elles ont envie de participer aux projets que j’ai. La crise a mis en lumière la quête de sens pour beaucoup de citoyens qui trouvent peut-être là une raison de s’investir. Je n’ai eu qu’une réaction négative. Il va falloir que je débatte avec cette personne. Je suis allée au-devant des « marcheurs » de ma circonscription, pour leur expliquer ma démarche. Ils comprennent que je ne suis pas opposée au Président Macron mais que je veux que l’on puisse débattre sur un certain nombre de choses, notamment sur le plan de relance qui va être présenté au mois de juin».

• Le 19 mai, EDS a présenté 15 priorités, dont la transition écologique avec, comme corollaire un changement du modèle agricole marqué, notamment, par une volonté de sortir des pesticides. Vous soulignez la nécessité « de lever les freins financiers » qui entraveraient les agriculteurs. Avez-vous identifié ces freins et comment comptez-vous les lever ?
YdC : «Prenons le plan Écophyto (1) : il n’a pas fonctionné comme nous le souhaitions, en raison de ces freins. On compte 30 000 fermes Écophyto en France, sur environ 450 000 exploitations. On n’est même pas à 10 % ! Mais il serait intéressant d’étudier précisément ce que ces 30 000 exploitations ont fait, et comment elles ont obtenu des résultats. On peut faire toutes les normes que l’on veut, mais si on ne lève pas les freins profonds, la transition ne sera pas au rendez-vous. Je veux qu’on arrive à mettre en place un modèle agricole qui soit respectueux des équilibres socio-environnementaux des territoires où il se trouve. Je pense qu’il faudrait plus réfléchir « de la fourchette à la ferme » plutôt que de la « ferme à la fourchette ». Les freins que j’identifie sont d’abord d’ordre financier. Je pense qu’il faudrait trouver un mécanisme pour racheter les dettes des agriculteurs et leur permettre de réinvestir, avec des contreparties. Il y a aussi les freins techniques. Les fermes Écophyto sont parvenues à les lever. Mais cela réclame de l’accompagnement en termes de formation, de conseil. Sur ma circonscription, je connais beaucoup d’agriculteurs qui sont à plusieurs générations sur la même exploitation. Ce contexte peut générer des conflits entre génération. Parfois, les jeunes sont partis faire des études, et ils reviennent avec d’autres méthodes, d’autres approches, mais il leur faut « vendre » cela à leur famille. Ce n’est pas toujours simple. Cet aspect des choses est très important à prendre en compte si l’on veut faire sauter des freins. Pour moi, les agriculteurs sont au centre de la ruralité, ils en sont les pivots, il faut donc investir massivement dans toutes les potentialités de la ruralité. La protection du vivant elle est d’abord entre les mains des agriculteurs et je ferai tout pour les aider dans cette transition».

• Avez-vous déjà réfléchi à des actions concrètes que vous pourriez mener sur votre circonscription ?
YdC : «On peut citer la création, sur ma circonscription, d’une filière sarrasin. Au départ, c’était juste un petit atelier à Montbard, qui achetait son sarrasin à l’étranger. Cette petite filière naissante a bénéficié de l’aide de France Active, de l’Université de Bourgogne, de la Région Bourgogne Franche-Comté, de la métropole dijonnaise. La filière fonctionne aujourd’hui et doit organiser un événement, sans doute à l’automne, pour marquer cette réussite. Plusieurs agriculteurs se sont mis à cultiver du sarrasin. On peut créer de nouvelles filières, c’est possible. Par ailleurs, j’ai aussi travaillé avec une dizaine d’éleveurs qui ont constitué un Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) et qui contractualisent avec la métropole dijonnaise afin de vendre de la viande de qualité. Ces réussites, je pense qu’on peut les dupliquer, même sur de petites échelles, sur un territoire comme le nôtre. J’ai aussi mis en place une réflexion sur le stockage carbone dans laquelle on associe la société SEB et la Métal Valley qui regroupe des entreprises métallurgiques du secteur. Associer l’industrie et les agriculteurs, voilà un autre exemple de ce qui peut se faire pour renouveler un modèle. Les agriculteurs, on devrait aussi les associer plus étroitement aux dispositifs d’aide alimentaire pour les plus modestes à qui, souvent, on ne propose pas des produits de qualité. Ce serait, là encore, une manière de faire comprendre à quel point ils sont des acteurs d’un territoire. Je vais réunir prochainement un groupe d’agriculteurs de ma circonscription afin de voir comment ils perçoivent ces propositions. J’aimerais, à terme, déposer une proposition de loi allant en ce sens».


(1) Écophyto est un plan qui vise à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires en France tout en maintenant une agriculture économiquement performante.

Propos recueillis par Berty Robert

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