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COTE D'OR

[Article mis en ligne le 13-05-2020]

Interview de Fabrice Faivre

«Les bonnes années n’existent plus»

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Fabrice Faivre rappelle les difficultés récurrentes des zones à faibles potentiels.
Le président de la FDSEA aborde des questions d’actualité. La situation des exploitations des plateaux arrive en tête des préoccupations.
• Un petit tour par Bretenière pour commencer : comment la FDSEA s’est-elle adaptée au confinement ?
«Une grande partie du personnel a été en télétravail ces dernières semaines, mais nos différentes missions ont été assurées. Nous avons maintenu du mieux possible nos services, tout en respectant les différentes mesures qui nous étaient imposées. Bien sûr, tout n’a pas été réalisé comme en temps normal, puisque les rassemblements de personnes étaient interdits. Nous sommes restés en contact avec les moyens du bord, des visioconférences ont notamment permis d’entretenir nos relations avec le terrain, une réunion de notre conseil d’administration s’est d’ailleurs tenue sous ce format. Cette situation ne saurait toutefois durer et j’espère que tout rentrera dans l’ordre dans les prochaines semaines. Depuis lundi, le personnel fait progressivement son retour à Bretenière. Cette date du 11 mai, nous l’avions anticipée avec deux animatrices présentes à la maison de l’agriculture depuis plusieurs jours, afin d’assurer nos rendez-vous Télépac».

• Qu’en est-il de votre assemblée générale ?
«Elle devait se tenir très prochainement, autour du 20 mai, mais elle est finalement reportée courant novembre, comme bon nombre de réunions agricoles. Décaler ce rendez-vous en juin n’était pas envisageable par rapport au contexte. De plus, les futures récoltes seront probablement précoces, il est possible que nous soyons en moissons dès le mois prochain… Alors oui, il y aura beaucoup d’assemblées agricoles à l’automne, mais nous devrons nous adapter, il n’y a pas d’autres solutions, d’autant que nous sommes dans une année élective. Nos responsables cantonaux sont déjà élus, mais ce n’est pas encore le cas des présidents de nos différentes commissions».

La pluie a fait son retour dans le département. Quelle est votre analyse ?
« Il est tombé 40 mm en début de semaine sur toute la Côte-d’Or. Ces précipitations vont faire pousser l’herbe. Notre analyse d’il y a quelques jours ne change pas en grandes cultures : le mal est fait dans les graviers de la plaine et sur les terres des plateaux. Certaines situations sont irrémédiables. De plus, cette pluie en pleine floraison des blés n’est pas trop bonne… Nous avons rencontré le préfet le 30 avril, nous lui avons transmis une donnée qui restera d’actualité : il manquera entre 500 et 600 euros de l’hectare cette année dans nos céréales et oléagineux. Si certaines parcelles de la plaine et du val de Saône sont moins concernées, la situation est tout simplement déplorable sur les terres à faibles potentiels. L’année en cours risque d’être encore plus mauvaise qu’en 2003, c’est dire… La situation en élevage est tout aussi problématique. En plus de la baisse des cours, d’importantes questions se posent sur l’alimentation et l’abreuvement du bétail dans les semaines à venir ».

• Le sort semble s’acharner sur ces zones à forts handicaps naturels…
«Cela devient de plus en plus compliqué, d’autant que les mauvaises années se succèdent. Des mauvaises années, il y en a toujours eu dans le passé, mais il y avait parfois des campagnes correctes qui permettaient aux exploitants de se refaire financièrement. Ce temps semble résolu, les bonnes années n’existent plus. Un rapide calcul de pluviométrie montre qu’il nous manque deux mois de pluies tous les ans. À la problématique rendement s’ajoutent de nombreuses incertitudes, notamment sur les prix. L’annulation de tous les évènements festifs en France et dans le monde va entraîner une baisse considérable de la consommation de malt et donc, de l’orge de brasserie… La chute du pétrole impacte les cours du colza. Pour le blé, les baisses de consommations de divers produits nous inquiètent tout autant. Il n’y a vraiment pas de quoi être optimiste en ce moment. Je le rappelle ici : avec la Pac, nous avons perdu plus de 100 euros par hectare en 15 ans. Cela se ressent plus que jamais, en ce moment».

• De nombreuses revendications, listées dans notre dernière édition, ont été transmises au préfet. Lesquelles sont les plus urgentes à vos yeux ?
«Il n’est pas facile d’en retenir seulement quelques-unes, tellement les problématiques - et donc nos demandes - sont nombreuses dans notre département. Pour surmonter l’impact de la sécheresse, il nous faut impérativement une année blanche bancaire et une prise en charge intégrale des cotisations sociales pour toutes les productions. Je dis bien une prise en charge, et non un report. Concernant les zones intermédiaires et leurs éternels handicaps, un rééquilibrage des aides Pac en leur faveur est plus que nécessaire. Il y a urgence. Il y va de la survie de nombreuses exploitations. L’aménagement de ces territoires est aussi en jeu, car dans ces zones, il n’y a pas grand-chose à part l’agriculture. Le système assurantiel actuel est aussi à revoir, il ne peut plus fonctionner ainsi. Il faut rendre obligatoire l’assurance récolte, nous avons besoin d’un système mutualisé au niveau national. Aussi et surtout, la France doit mettre en place l’application Omnibus, tel que le demandent les zones intermédiaires».

• Une deuxième vague de coronavirus va-t-elle selon vous se déclarer dans le pays ?
«Je n’ai pas d’avis sur la question, il n’est pas possible de prédire ce qu’il va se passer. La seule chose dont je suis certain, c’est que les conséquences de cette pandémie sont devant nous, y compris pour l’agriculture. Le covid-19 va endetter et affaiblir considérablement le pays, l’automne et la fin d’année vont être très difficiles. La baisse de la consommation et la réduction des échanges mondiaux ne vont pas en rester là selon moi. Certes, une bonne nouvelle vient de l’engouement sur les produits locaux, la tendance se confirme de plus en plus en cette direction. Mais il faudra que tout le monde se souvienne de cet épisode sanitaire, une fois que celui-ci sera terminé. J’ose espérer que ceux qui nous gouvernent auront tiré des leçons de cette pandémie. Certains secteurs sont stratégiques et l’alimentaire en fait partie».

Aurélien Genest

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