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COTE D'OR

[Article mis en ligne le 01-04-2020]

Production ovine

Panique dans les élevages

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Hubert Coucheney rappelle que la période de Pâques est une période cruciale pour la consommation de viande d’agneaux.
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Antoine Duthu, rencontré ici lors des agnelages en fin d’année 2019, pourrait se retrouver avec 200 agneaux sur les bras d’ici quelques jours.
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Julien Pané, rencontré ici lors de la dernière sécheresse, s’inquiète de la chute des cours. «Les tarifs sont passés à 6,20 euros/kg, nous avons déjà perdu 0,8 euro/kg en 15 jours».
Le président de la commission ovine de la FDSEA s’inquiète des conséquences de la crise sanitaire sur les marchés.
Hubert Coucheney, éleveur à Planay, affiche une grande inquiétude sur les conséquences de la pandémie du coronavirus. «L’interdiction des regroupements en famille, les mesures de confinement et la fermeture de la restauration collective vont sérieusement impacter la consommation de viande d’agneaux. Nos marchés vont en pâtir, d’autant que la période de Pâques est une période cruciale : la très grande majorité de nos élevages misent énormément sur cette période pour écouler leur production», indique le Côte-d’orien, qui préside la commission ovine de la FDSEA.
Les éleveurs rencontrent déjà certaines difficultés, et cela ne fait que commencer. «Les conséquences économiques pourraient être très importantes dans les exploitations. Les producteurs préparent leurs animaux depuis plusieurs mois, voire presque un an».

Aide des grandes surfaces ?
La solution, «s’il en existe une» pour Hubert Coucheney, serait de voir les grandes surfaces «jouer le jeu» en privilégiant la viande française dans leurs rayons : «je ne vois que cela pour sauver les meubles. C’est techniquement possible car les éleveurs français produisent seulement 40 % des agneaux que nous consommons dans le pays. Mais rien n’est simple : en cette période difficile en tous points de vue, des consommateurs se dirigeront vers les produits les moins chers, venus d’Australie ou de Nouvelle-Zélande. Des bateaux venant de ces pays sont en route vers la France, en ce moment, car les commandes sont passées bien en amont. Je me méfie aussi des gigots annoncés français, mais venant en réalité de Nouvelle-Zélande». Les boucheries feront sans doute «tout leur possible» mais «ne régleront pas tout» selon l’éleveur de Planay, qui rappelle que plus de 80 % de la viande ovine est écoulée en grandes surfaces. Administrateur à la FNO, Hubert Coucheney mentionne d’autres pistes pour tenter de limiter la casse : «la profession pense également à abattre les agneaux pour les congeler, mais je me demande bien qui pourrait prendre en charge le coup de la congélation. Et aura-t-on assez de réfrigérateurs pour stocker ? C’est une autre question. Interbev Ovins travaille actuellement dans le domaine de la communication, pour donner aux consommateurs des idées recettes adaptées aux morceaux proposés. Ces derniers pourraient être plus petits que d’habitude, pour satisfaire le plus de monde possible».

«Dans l’inconnu»
Antoine Duthu, élève 280 brebis Île-de-France à Francheville. Ce jeune producteur de 26 ans se pose lui aussi bien des questions sur le devenir de ses jeunes animaux : «Il y a de quoi, car la demande est nulle, aujourd’hui, en agneaux. Ce type de viande est consommé essentiellement à Pâques, or là, personne ne pourra fêter ce moment en famille. La consommation va en prendre un sérieux coup sur la tête. En plus, les gens ne vont sans doute pas chercher à manger aussi qualitativement que d’habitude, en cette période de crise. Cela peut se comprendre : les enfants à la maison coûtent bien plus cher que lorsqu’ils sont à la cantine…» Le Gaec des champs fleuris pourrait se retrouver avec près de 200 agneaux sur les bras d’ici quelques jours : «certains auraient été déjà bons à tuer. La coopérative Terre d’ovin avec qui nous travaillons assure qu’elle achètera les animaux mais quand, comment et surtout, à quels tarifs ? Nous ne savons toujours pas. Nous sommes dans l’inconnu. Beaucoup d’agneaux vont se retrouver sur le marché, on sait ce que cela peut donner…» Antoine Duthu craint un gros coup dur pour son exploitation : «environ 200 agneaux à une moyenne de 20 kg de carcasse, à 7 euros le kg, cela fait 28 000 euros. C’est à peu près l’argent qui rentre chaque année à cette période. Qu’en sera-t-il cette année ? Si la baisse est de 30 centimes du kilogramme, cela pourra passer, mais si on nous en enlève quelque chose comme deux euros, ce sera forcément beaucoup plus difficile…»

Freiner la croissance

En pratique, le Côte-d’orien a reçu des préconisations de sa coopérative de rationner ses jeunes animaux : «leur croissance doit être ralentie pour que la production respecte le cahier des charges Label rouge. Il faut être vigilant car, à partir de 23 kg de carcasse, un agneau n’est plus aussi intéressant à la consommation. De gros morceaux ne sont intéressants pour personne, encore moins en ce moment. Ces consignes posent un nouveau problème car peu d’éleveurs sont équipés pour nourrir leurs agneaux à l’auge. Nous sommes nombreux à le faire par le biais de nourrisseurs en libre-service. Une problématique de place va également se poser dans les bergeries : sortir des brebis dehors avec des températures parfois négatives peut engendrer des problèmes pulmonaires et d’autres complications. Bref, tout est difficile en ce moment».

«Le pire moment»
Julien Pané, éleveur de 240 brebis Île-de-France à Dampierre-en-Montagne, fait part des grandes difficultés rencontrées dans les bergeries : «Je consulte régulièrement des forums professionnels, certaines situations vont être catastrophiques avec des agneaux qui ne seront même pas ramassés. Les frigos sont pleins, les réunions de famille sont annulées, la consommation va être en berne… Cette pandémie, outre ses risques dans la population, arrive au pire moment pour les éleveurs ovins». Le jeune Côte-d’orien travaille exclusivement avec des privés et devrait pour sa part s’en sortir tant bien que mal : «j’ai plus de 200 agneaux qui doivent quitter la bergerie, certains sont déjà partis à de bons prix avant l’annonce du confinement. Pour la suite, on m’assure que tout partira mais c’est vraiment l’incertitude niveau tarifs… Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Certains abattoirs tournent avec la moitié de leurs personnels, les cadences d’abattage sont réduites à cause du confinement, ça n’arrange bien sûr rien du tout». Cette période est «moralement très compliquée pour les éleveurs», poursuit Julien Pané : «ceux qui repousseront leurs lots d’agneaux seront pénalisés avec le surpoids de leurs animaux. Les brebis de réforme sont également concernées par cette crise, elles qui partaient dans la restauration collective. Leur marché s’effondre également. L’aspect alimentation est lui aussi problématique, les stocks se trouvaient déjà affaiblis par la dernière sécheresse et là, des éleveurs vont se retrouver avec des effectifs supplémentaires à nourrir… Les sélectionneurs qui commercialisent beaucoup avec l’international sont aussi touchés, malheureusement. Vous l’aurez compris, ce n’est vraiment pas facile en ce moment. La FNO joue le jeu avec sa campagne de communication, c’est bien. Il faudrait désormais que les grandes surfaces en fassent tout autant, et qu’elles arrêtent de mettre de l’agneau français en provenance de Nouvelle-Zélande, comme on le voit dans certains Carrefour et compagnie… Et qu’elles ne vident surtout pas leurs frigos de viandes étrangères…»

Aurélien Genest

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