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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 23-03-2020]

Coronavirus

Quel paysage agricole face à la pandémie ?

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Certains magasins de vente directe ont également été pris d'assaut par les consommateurs avant mardi midi.
Dans le secteur agricole, les mesures de lutte contre l’épidémie de coronavirus affectent les horticulteurs et les pépiniéristes d’ornement, dont les principaux circuits de vente sont à l’arrêt. Pour les filières alimentaires, le grand changement réside dans le basculement de la restauration vers le domicile, ce qui incite les consommateurs à stocker davantage et bouleverse équilibres et circuits d’approvisionnement.
Contrairement à ce qui s’était passé en Chine à l’initiative de certaines autorités locales, la France semble réussir à lutter contre le coronavirus sans entraver significativement sa production agricole. Comme le commerce alimentaire ou les pharmacies, le commerce d’intrants agricoles (engrais, semences…) et d’agro-fournitures (machines agricoles) fait partie des activités exemptées de restrictions concernant l’accueil du public. Même après l’annonce du confinement à domicile pour 15 jours, il était confirmé, le 17 mars, « que les activités agricoles ne sont pas concernées par [les] restrictions d’activités » liées à l’épidémie de coronavirus, affirmait la FNSEA dans un communiqué. Une annonce qui faisait suite
à un «échange avec le ministre de l’Agriculture» le matin même. «L’arrêté du 15 mars qui listait les activités autorisées n’est pas remis en question», avançait le syndicat. «Les agriculteurs et leurs salariés pourront donc poursuivre leur activité, qui ne peut être réalisée en télétravail, à condition de respecter les gestes barrières» et «les formalités administratives nécessaires à la circulation des personnes». Pour autant, une filière est particulièrement touchée par ces restrictions : les plantes et fleurs d’ornement.

Le plus mauvais moment
Même si quelques établissements (supermarchés, jardineries/animaleries) restent encore ouverts au public, leur commerce est « de fait à l’arrêt », rapportait Julien Legrix, directeur de la Fédération nationale des horticulteurs et pépiniéristes (FNPHP-FNSEA), le 17 mars. L’épidémie arrive au plus mauvais moment pour ces productions car, après plusieurs semaines de mauvais temps, le week-end du 14-15 mars sonnait comme le « top départ de la saison », qui s’étale traditionnellement jusqu’à la fête des mères (7 juin cette année). Et la campagne de printemps représente en moyenne « 50 % du chiffre d’affaires de l’année», rapporte Julien Legrix, voire « jusqu’à 75 % » pour certaines orientations techniques. En production de fleurs, des destructions ont été commencées pour lancer de nouveaux cycles de production et se préparer à la reprise du commerce. Selon la FNPHP, la priorité de ces filières très pourvoyeuses de main-d’œuvre (5 à 6 Équivalents temps plein ETP en moyenne par entreprise) reste « de continuer à produire » et de préserver notamment les plantes de cycle long, face à d’éventuels manques de main-d’œuvre. La seconde priorité est la trésorerie, au plus bas à cette période de l’année. Des défauts de paiements des fournisseurs sont craints à horizon de deux semaines. Certains producteurs pourraient bénéficier du « fonds de solidarité » qui va être mis en place à destination de « l’ensemble des très petites entreprises » qui ont vu leur activité stoppée ou très gravement freinée par les mesures de lutte contre le coronavirus. Pour être éligibles, les entreprises doivent avoir perdu au moins 70 % de leur chiffre d’affaires « entre mars 2019 et mars 2020 », a détaillé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire le 17 mars. Autre condition : un chiffre d’affaires inférieur à un million d’euros. En 2018, le chiffre d’affaires médian des entreprises horticoles était d’environ 230 000 euros, selon une étude de FranceAgriMer portant sur 300 exploitations du secteur. Pour les bénéficiaires, le fonds se manifestera d’abord par une aide forfaitaire de 1 500 euros, « rapide, simple, automatique sur simple déclaration ». Au-delà, il est prévu « un dispositif anti-faillites pour les entreprises qui emploient au moins un salarié et qui seraient en très grande difficulté malgré le recours à tous les autres dispositifs ». Dans ce cas, « nous augmenterons au cas par cas le soutien financier pour (...) éviter toute faillite ».

La restauration, un gros manque
Pour les autres productions, notamment les plus employeuses de main-d’œuvre, les principales perturbations résideront dans la capacité à maintenir leur activité malgré les absences des salariés liés aux gardes d’enfants. Aucun chiffre n’est paru pour la production agricole, mais Coop de France constate dans ses usines des taux d’absentéisme pouvant grimper jusqu’à 30 %. Pour le reste des filières agricoles, les perturbations affectent jusqu’ici l’aval principalement, en particulier la fermeture des établissements de restauration hors domicile annoncée le 14 mars par le Premier ministre. Une décision qui devrait chambouler environ un repas sur cinq pris par les Français ; selon une enquête Iri Gira parue en 2018, 18 % des repas des Européens sont pris hors domicile. Interrogé par Agra Presse le 16 mars. Paul Rouche, directeur délégué de Culture viande (industriels), alerte sur la situation « très compliquée » des entreprises livrant à la restauration, qui représente selon lui « 20 à 22 % de l’activité » du secteur. Selon le Cniel (interprofession laitière), la baisse de consommation de produits laitiers en restauration collective avoisinerait les 60 %. Malgré cela, le tarissement de ce débouché, tant pour le lait que la viande de réforme, interroge la filière qui doit faire face au pic de collecte printanier. À cette période, les outils de transformation sont habituellement saturés, et notamment les tours de séchage utilisées pour transformer le lait en surplus. Si pour le moment la demande de la grande distribution prend le relais, « tout le monde est un peu inquiet pour traiter tous les volumes notamment avec la baisse des commandes en Restauration hors foyer RHF », explique Damien Lacombe, président de la Coopération agricole laitière. Ces annonces ont également incité les consommateurs à stocker davantage, malgré les messages rassurants des distributeurs et du gouvernement. La « sécurité d’approvisionnement en produits alimentaires » sera « garantie dans les jours et les semaines à venir » en dépit de l’épidémie de coronavirus, a déclaré le 16 mars le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, et les règles du travail de nuit seront assouplies pour assurer l’approvisionnement des magasins. Assurant qu’il n’y avait pour l’heure « aucune pénurie » en France, il a indiqué qu’il n’y aurait « pas de rationnement » et que « 90 à 95 % des références (seraient) présentes » dans les rayons. Plus tard dans la soirée, Michel-Edouard Leclerc a appelé au calme sur France 2, rappelant que les stocks de son enseigne étaient seulement passés de 28 à 24 jours. De son côté, la plateforme d’e-commerce qui facilite l’achat direct aux producteurs La ruche qui dit oui fait face à « une énorme demande », selon son attaché de presse Clémence Fernet. Interrogée le 17 mars, elle assurait que cette demande exponentielle s’applique aussi bien aux ruches — les points de retrait de commandes — qu’au service de livraison à domicile. La jeune entreprise française note une augmentation « considérable » du nombre de clients et du panier moyen. « Celui-ci, normalement est de 40 à 50 euros par un client. Là, on le double quasiment », selon la responsable du service presse. Face à la ruée sur les pâtes, les industriels ont dû s’adapter. « On est à 90 % d’augmentation de nos ventes sur trois semaines et 100 % sur les derniers jours », déclarait à l’AFP pour Panzani, Xavier Riescher, président du Sifpaf (industriels). Conséquence, les usines du groupe, qui ne tournent habituellement pas le week-end, ni la nuit, produisent depuis quelques semaines sans discontinuer.

Agrapresse

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