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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 20-02-2020]

Débat

Changement climatique : l’agriculture a un rôle à jouer

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Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire (ici lors de sa venue à Nevers le 3 février), estime que si les pratiques agricoles doivent évoluer, «on ne peut pas tout changer tout de suite».
Cette thématique était au cœur d’un débat organisé à Paris par le groupe Réussir Agra dans le cadre des Controverses de l’agriculture. Cette dernière a des solutions à proposer à condition de s’adapter pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, économiser l’eau et favoriser la biodiversité.
«Dans la Creuse, nous avons eu trois ans de sécheresse sur cinq ans. Le changement climatique est là et nous devons nous y adapter», déclarait Jean-Baptiste Moreau, député  LREM de la Creuse, et éleveur de vaches allaitantes limousines, lors du colloque sur les Controverses de l’agriculture et de l’alimentation, organisé par le groupe Réussir Agra sur le changement climatique, le 11 février à Paris. «Les aides sécheresse, ajoutait-il, ne sont pas suffisantes, c’est un changement de système d’exploitation que j’appelle de mes vœux pour favoriser l’autonomie fourragère, réduire le chargement, sélectionner des variétés fourragères plus adaptées et créer des retenues collinaires pas seulement pour l’irrigation mais pour l’abreuvement des animaux».

Plus personne ne remet en cause le changement climatique et ses effets sur l’agriculture. «La poursuite de l’élévation des températures jusqu’en 2050 aura un impact négatif sur le potentiel de production et sur les rendements céréaliers en particulier», estime Jean-François Soussana, vice-président en charge de l’international au sein d’Inrae. En revanche les moyens pour atténuer le changement climatique, voire pour s’y adapter, suscitent toujours des controverses.

Déforestation importée
La première d’entre elles porte sur la responsabilité de l’agriculture dans la déforestation. Pas tellement en Europe où la forêt gagne du terrain, mais en Amérique latine, en Asie du Sud-est ou en Afrique, où les pâturages et le soja, les cultures tropicales (café, cacao), l’hévéa ou l’huile de palme progressent au détriment de la forêt, observe Cécile Leuba, de Greenpeace France. L’Europe et la France en particulier sont responsables de cette déforestation par leurs importations de soja pour nourrir leurs animaux. «La solution passe par la diminution des volumes de production de lait et de produits laitiers pour sauver la forêt amazonienne», estime la représentante de Greenpeace. Si Arnaud Rousseau, président de la Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux et du groupe Avril partage le diagnostic sur la déforestation, il estime que l’Union européenne pourrait produire sur son sol une partie des protéines importées et réduire de 10 points sa dépendance en dix ans (de 55 à 45 %) de ses besoins.

Alimentation plus végétale ?
Faut-il changer notre modèle alimentaire pour sauver la planète ? Amandine Lebreton de la Fondation Nicolas Hulot en est convaincue. «La réduction de moitié de la consommation de viande permettrait de diminuer de 25 % les émissions de gaz à effet de serre, une alimentation végétarienne de 55 %», déclarait-elle. Sa proposition : réduire la place des protéines animales dans l’assiette, donc celle de viande et de viande rouge en particulier et adopter un régime alimentaire où les protéines végétales représenteraient deux tiers des apports, contre un tiers aujourd’hui. Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB) n’est pas hostile au fait de «manger moins, mais manger mieux» de viande, mais il attire l’attention sur le fait que l’élevage allaitant en particulier apporte des bénéfices environnementaux et climatiques. «L’élevage à l’herbe est un modèle en termes de maintien des agriculteurs et d’occupation de l’espace», notamment dans les zones de montagne et défavorisées. Il plaide aussi pour la cohérence des politiques publiques afin de «ne pas importer l’agriculture que nous ne voulons pas», à travers les accords commerciaux que l’Union européenne a signés ou s’apprête à signer (Ceta, Mercosur). Par exemple en important massivement de la viande issue d’animaux nourris dans des feedlots, complémentés aux hormones et aux antibiotiques sans respect du bien-être animal.

Irrigation ou pas ?
La question de l’eau est aussi très prégnante. Faut-il renoncer à l’irrigation ? Pour Julien Bayou, secrétaire national d’Europe écologie les Verts (EELV) «elle est compatible avec l’agroécologie et la protection de l’environnement», reconnaît-il. Il attire toutefois l’attention sur les conflits d’usage. Ainsi, il est hors de question que «l’agriculture privatise l’eau» notamment pour l’irrigation du maïs, une plante exigeante en eau surtout l’été quand la ressource est moins abondante. «Une posture idéologique», répond pour sa part Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, qui souligne que l’eau prélevée ne représente que 1,7 % de la ressource en France, dont 11 % seulement pour l’agriculture, alors que 6 % seulement de la SAU française est irriguée. Elle met en avant l’intérêt de l’irrigation pour sécuriser les rendements notamment pour les productions contractualisées ainsi que tous les efforts réalisés par les agriculteurs pour économiser l’eau. Efforts qui restent méconnus. «L’agriculture a changé, mais le jugement sur l’agriculture est celui d’il y a dix ans», déplore-t-elle.

Donner du temps au temps
Quant à la biodiversité, elle serait menacée par l’agriculture. «Toutes les espèces qui vont mal sont celles qui sont inféodées au milieu agricole», à cause de l’artificialisation des sols et de la pollution par les pesticides, estime Yves Verhilac, directeur de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Un jugement que ne partage pas Hervé Lapie, président de la FDSEA de la Marne et de l’association Symbiose pour des paysages de biodiversité. Il multiplie les initiatives pour accompagner les agriculteurs dans la transition écologique et les inciter à changer leurs pratiques, en demandant du temps pour les sensibiliser et les convaincre. Un sentiment partagé par Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire. «On ne peut tout changer tout de suite», a-t-elle reconnu, tout en appelant les agriculteurs à s’orienter vers un modèle moins intensif, moins émetteur de gaz à effet de serre, comme l’agriculture de conservation des sols, et pas nécessairement le bio.
Pour sa part, l’État est prêt à les encourager en accordant des financements aux énergies renouvelables (méthanisation, photovoltaïque). Sans oublier ceux de la Pac réformée, a-t-elle promis. Si elle est favorable à une politique de stockage de l’eau, celle-ci «ne doit pas être faite à n’importe quelles conditions et en s’interrogeant sur les pratiques».
Elle déplore également l’échec relatif du plan Écophyto et s’interroge sur la pertinence des indicateurs. «Certes des solutions existent, observe-t-elle, comme celles qui ont été mises au point dans les 3 000 fermes Dephy. Mais la difficulté réside dans l’incapacité à les vulgariser dans les exploitations».

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