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[Article mis en ligne le 13-02-2020]

Épidémie

Coronavirus : Pekin veille au grain

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Le coronavirus a notamment un impact négatif sur les cours de viande de volailles.
Dans sa lutte contre le coronavirus, le gouvernement chinois tente de limiter les effets de ses mesures sanitaires sur les circuits de distribution agricoles et agroalimentaires. La consommation alimentaire «reste forte», selon l’ambassade de France en Chine. Ce qui a poussé le ministère du Commerce chinois à faciliter les importations, en accélérant les dossiers de levée des barrières non tarifaires.
L’épidémie de coronavirus qui frappe actuellement la Chine a eu de nombreux retentissements dans les filières agricoles et agroalimentaires. Pékin s’en est d’ailleurs inquiété officiellement, et a pris des premières mesures pour assurer la sécurité alimentaire de sa population. Les fournisseurs d’aliments pour bétail doivent «accélérer» leur production pour répondre à la demande et les abattoirs doivent «gonfler leur offre de viande», comme l’ont demandé le 30 janvier les ministères chinois de l’Agriculture, des Transports et de la Sécurité publique dans un communiqué commun. Concrètement, les entreprises d’État sont chargées d’approvisionner les villes en quarantaine et les élevages en aliments, rapporte l’économiste de l’Idèle Jean-Marc Chaumet, spécialiste du marché chinois. «Les autorités ont publié des directives à l’attention des pouvoirs locaux pour fluidifier les transports et les activités liées à l’agriculture, même si cela risque d’aller à l’encontre des règles de biosécurité». Sont notamment visés les transports de jeunes animaux ou d’aliments, et les abattoirs qui doivent être maintenus ouverts.

«Les dossiers s’accélèrent»
En contact permanent avec les douanes chinoises, le service économique de l’ambassade de France constate effectivement que «les dossiers s’accélèrent» (levée des barrières non tarifaires, agrément des entreprises françaises), et que «les autorités des douanes sont sur le feu». Dans les filières animales, «le coronavirus perturbe l’ensemble des activités, du fait des restrictions voire des interdictions de mouvements, et ce tant pour les intrants, les salariés et les sorties», rapporte à Agra Presse un opérateur français installé en Chine, spécialiste des productions animales.
«Le plus important est l’absence de logistique, qui fait qu’un certain nombre d’élevages sont en manque de matière première et qu’ils ont de très grosses difficultés à faire partir les animaux, ajoute-t-il. Le ministre de l’Agriculture a appelé à des assouplissements concernant les restrictions de mouvements, mais je ne suis pas certain qu’il sera entendu car la priorité absolue semble être de circonscrire le virus». «Ces problèmes touchent surtout les plus faibles, étaye Jean-Yves Chow, analyste à Singapour pour la banque Mizuho. Les gros élevages ont davantage de stocks ou fabriquent eux-mêmes leurs aliments à la ferme. Les petits élevages sont très dépendants de l’aliment acheté». Mais, ajoute-t-il, si cela se complique, «il y aura des mesures drastiques pour assurer la sécurité alimentaire en quantité, quitte à faire intervenir l’armée». «Il est encore trop tôt pour analyser finement la situation, mais les prix du porc et de la viande bovine ont repris leur progression presque partout dans le pays, et notamment dans le Hubei, après un repli fin 2019, en se rapprochant de leur plus haut niveau historique atteint en octobre-novembre de l’année dernière», constate Jean-Marc Chaumet, économiste à l’Institut de l’élevage. «À l’inverse, les cours de la viande de volaille poursuivent leur recul, mais il faut savoir que 350 millions de volailles seraient présentes dans le Hubei, qui serait la 6e province productrice de volaille et la 4e d’œufs»

Risque de baisse de consommation
Côté consommation, les témoignages de perturbation, liée notamment au confinement à domicile, se multiplient également. Selon le service économique de l’ambassade de France à Pékin, la demande alimentaire chinoise reste «très forte». Toutefois, si cela dure, «le ralentissement de l’économie peut entraîner une baisse de la consommation», estime Jean-Marc Chaumet. Concrètement, les habitudes sont chamboulées. «Cela a fortement perturbé la consommation, avec un impact très fort sur la restauration et un transfert vers la restauration à domicile, par les livraisons notamment», estime Didier Delzescaux, directeur d’Inaporc. Sur les marchés internationaux, «la peur s’est emparée de tous les opérateurs», souligne Damien Vercambre, analyste au cabinet Inter-Courtage. Sur les marchés du pétrole, des actions, la même histoire se déroule, qui fait aussi plonger les prix des commodités agricoles. Elle a comme acteur principal la Chine. Le scénario redouté est celui d’un ralentissement de la première économie mondiale. Avec un risque de contagion à l’échelle du globe. «Chacun essaie de trouver des repères, poursuit-il, et compare avec l’épisode du Sras en 2002-2003, mettant en parallèle les courbes du nombre de cas et de décès». La grande différence avec le Sras, qui n’avait eu presque aucun effet sur les marchés mondiaux agricoles, c’est que la Chine est devenue depuis le principal importateur mondial de produits agricoles et agroalimentaires. Ses achats sont passés de 20 milliards de dollars en 2003 à près de 140 milliards en 2019. Symboliquement, 2003 est d’ailleurs l’année à partir de laquelle le solde commercial agricole et agroalimentaire chinois est devenu déficitaire. «L’an dernier, les importations chinoises ont représenté 88,5 Mt de graines de soja», rappelle Damien Vercambre. «Un accord a aussi été officialisé mi-janvier à Washington, dans lequel Pékin s’est engagé à acheter des milliards de dollars de produits agricoles américains». 32 milliards de denrées US sont concernées sur deux ans mais de grosses commandes tardent à se matérialiser. «Après avoir résisté grâce à la demande, le blé a fini par suivre le mouvement», indique Damien Vercambre. Le cours Euronext a buté contre le seuil de 200 €/t : il a grimpé jusqu’à 198,25 €/t le 21 janvier sur l’échéance la plus rapprochée, avant de descendre à 189,50 €/t le 3 février. Les jours suivants, des rebonds ont été observés sur plusieurs marchés. «On commence peut-être à atteindre le moment où le coronavirus n’est plus le principal facteur sur le marché agricole et où les questions d’offre et de demande refont surface», réagissait le 5 février un analyste américain cité par l’AFP. Difficile de prévoir l’effet à moyen terme sur les marchés. «Nous devons avoir le courage de dire à nos clients que nous ne savons pas ce qui va se passer», a expliqué le Brésilien Pedro Dejneka (MS Consulting), lors du Paris Grain Day, le 31 janvier. En l’état actuel de l’épidémie, la plupart des analystes internationaux restent optimistes, et prédisent peu d’effets sur les marchés agricoles. «Il y a eu beaucoup d’émotions, et de panique, a expliqué Thomas Mielke, de l’agence Oil World, lors du Paris Grain Day. Ce sera temporaire car la tendance est haussière». Même volatilité et même nuance des analystes sur les marchés du porc à la coupe, à Chicago. «Difficile de déterminer l’extension du virus et son effet sur la demande mondiale de porc et les prix», estime le quotidien américain Daily Livestock report. Les prix du porc restent guidés par l’épidémie de Peste porcine africaine (PPA) qui tarde à être contrôlée en Chine. En l’état, «je ne m’attends à aucun effet», prédit même Robert Hoste, économiste du marché du porc à l’université de Wageningen. «Le Hubei est une petite province comparée à la Chine et les Chinois vont continuer de manger ; les choses seraient toutefois différentes si cela se disséminait dans tout le pays».

Agrapresse

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