Abonnement Nous Contacter Participer Petites annonces Publications légales Extranet

BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 26-09-2019]

Société

«Il faut créer des espaces de négocation au niveau des communes»

Les conflits entre agriculteurs et riverains se multiplient, le débat sur l’utilisation des pesticides et les distances de traitement en est le symbole. Pour apaiser les relations, Jean Viard, sociologue spécialiste du monde agricole, appelle à créer, au niveau local, des espaces de dialogue entre producteurs et citoyens.
- Pourquoi les frictions entre agriculteurs et riverains se multiplient-elles ?
Jean Viard : «Nous sommes dans une société où l’agriculture occupe la moitié des sols de France. Mais partout émergent des ronds-points, des lotissements, l’agriculture partage ainsi son territoire avec d’autres usages. Il faut donc discuter des modes de vie des uns et des autres pour que riverains et agriculteurs vivent ensemble. Si je prends mon exemple, je vis dans un village viticole, où l’agriculteur bio, qui occupe les terres autour de chez moi, traite et vendange la nuit, durant un mois mon sommeil est donc perturbé. Jamais les viticulteurs n’ont expliqué aux riverains qu’ils vendangent la nuit pour améliorer leurs rendements. Ils considèrent qu’ils sont légitimes à nous empêcher de dormir. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas raison de le faire, mais ils doivent s’en expliquer. Il faut donc ouvrir un espace de dialogue. Ce dernier devrait être porté par la municipalité, cependant historiquement la politique ne s’est jamais occupée de ces questions. Les maires prennent des décisions pour la majorité de leurs électeurs, qui n’est pas issue du monde agricole. Ils prennent ces décisions sans réunion de travail préalable avec les agriculteurs, or la démocratie, c’est aussi le respect des minorités. Les agriculteurs sont désormais une minorité dans les campagnes et ils ont droit au respect. Il faut donc créer des espaces de négociation au niveau des communes, c’est un enjeu fondamental».

- Considérez-vous que les agriculteurs s’adaptent aux attentes sociétales ?
J.V : «D’un point de vue extérieur, le développement que l’on constate c’est l’émergence du bio, de la vente directe…  On ne voit pas de mouvement du monde agricole dans son ensemble. Je ne dis pas qu’il n’existe pas, je dis qu’on ne le voit pas ! En 200 ans, la France a connu quatre grandes réformes agricoles. Celle de 1962, portée par le Général De Gaulle, devait garantir l’approvisionnement alimentaire en France et a donc entraîné le développement d’une agriculture intensive, la France avait besoin d’être nourrie. Aujourd’hui, la France a besoin que l’on sanctuarise les terres agricoles et que l’on construise un nouvel art de vivre, de produire, où l’agriculture fournit à la fois de l’alimentation, mais aussi des vêtements tout en gérant le vent, le soleil, la forêt, la biomasse… L’agriculture doit porter un projet écologique pour la société, par écologie j’entends toute cette gestion du vent, du soleil et de l’eau et pas seulement la diminution de l’utilisation des intrants. J’insiste, pour apaiser le dialogue, il est indispensable que le monde agricole porte un projet pour la société !»

- Quelles autres solutions proposez-vous pour renouer le dialogue ?
J.V : «Quand on fait des études d’opinion, on observe que les agriculteurs sont convaincus de ne pas vivre comme les autres Français, et le sentiment est réciproque. Pourtant, les agriculteurs font leurs courses au supermarché, ils regardent la télé, comme dans le reste de la société, les jeunes se marient moins… Les agriculteurs vivent donc comme le reste des Français, ils ont les mêmes projets de vie privée, ont envie de vacances, que leurs enfants aillent à la fac… Le problème, c’est que le monde agricole s’est replié sur lui-même, car la mutation a été trop rapide. On a demandé aux agriculteurs de tout changer alors qu’ils avaient fait de lourds investissements. Ils ont été bousculés et ils se sont renfermés. Je rappelle qu’au moment de son élection le président Macron a promis de mettre 5 milliards d’euros sur la table pour accompagner la transition, on ne les a pas encore vus. Il faut les utiliser pour accompagner les agriculteurs dans la transition en aidant les fermes à transformer leurs outils et en annulant certaines dettes anciennes. Il faut proposer à chacune des 440 000 exploitations françaises un projet de transformation en phase avec les attentes sociétales et financé pour ces fonds».
En janvier prochain, Jean Viard publiera un livre consacré à ces problématiques, « Le sacre de la terre », aux éditions de l’Aube.
ferme
photo article

Loin des emballements médiatiques et politiques - Une région au travail

[En ligne le 17-10-2019]

photo article

Action syndicale FDSEA-JA - Premier avertissement…

[En ligne le 10-10-2019]

photo article

Sommet de l’élevage 2019 - Sécheresse et Ceta au cœur de la visite du ministre

[En ligne le 10-10-2019]

RECHERCHE

ÉDITION N°1549

La une

LIENS EXTERNES

METEO

PUBLICITE

votre publicité

NEWSLETTER

Inscrivez vous à la Newsletter pour être toujours informé

Réseaux