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NATIONAL

[Article mis en ligne le 02-07-2020]

Témoignage

Revivre et faire sa rééducation avec les vaches

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Marc Buon (ici avec sa fille, Julie) a été président de la FDSEA du Calvados et impliqué dans la Safer Normandie.
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«On ne pense jamais qu’un truc comme ça peut nous arriver...»
Agriculteur à Loucelles, près de Bayeux, en Normandie, Marc Buon est passé par la case Covid-19. Après 29 jours d’hospitalisation, dont 9 plongés dans un coma artificiel, il revit. Sa famille aussi. Ils témoignent de ce qu’ils ont traversé.
«Ça a commencé mi-mars», raconte Marc Buon, «avec un mal de gorge. Je suis allé voir un ami médecin. On a pensé à une angine. Au cours de la semaine, et parce que ça ne s’améliorait pas, on a changé d’antibiotique. Le samedi, j’ai semé de la féverole, mais le soir ce n’était pas bon. Le lendemain je suis allé me faire détecter au CHU de Caen. L’info sur la Covid-19 commençait à circuler. Coup de fil du CHU le mardi 24 mars : on m’a annoncé que j’étais positif. Ça n’a pas été un gros moment d’inquiétude. Je n’étais pas stressé. Je ne l’ai d’ailleurs jamais vraiment été». Sa fille, Julie, confirme qu’il était plutôt fatigué et qu’il a  beaucoup dormi. «Au départ», poursuit l’agriculteur normand, «le service spécialisé du CHU m’appelait toutes les 48 heures, puis tous les jours. Au fur et à mesure, je déclinais. J’ai suivi le traitement préconisé par le professeur Raoult, mais j’ai plongé le dimanche 29 mars. Ma femme a appelé notre médecin de famille qui nous a dirigés vers le 15 qui nous a lui-même renvoyé vers les urgences de l’hôpital de Bayeux. C’est assez violent. Tu rentres et tu te retrouves seul. Je n’ai revu les miens que 29 jours plus tard».

«Je pensais que je n’allais pas revenir»
«On était plutôt rassurés qu’il entre aux urgences, souligne Julie,  parce qu’il déclinait très vite. Il avait perdu la notion du goût». Le 30 mars, Marc Buon passe un scanner qui révèle que ses poumons sont atteints. «J’étais «rincé». Avant que l’anesthésiste ne m’endorme, je lui ai dit que je pensais que je n’allais pas revenir. J’ai demandé un crayon et du papier pour écrire aux miens. Je parle beaucoup, mais ne dis pas forcément les choses importantes au bon moment. On m’a amené du papier et un crayon, mais finalement, j’ai été endormi sans que je puisse écrire. Je n’en étais plus capable physiquement. C’était le 2 avril».
Marc a été endormi pendant 9 jours. Une expérience terrible pour son entourage familial et amical. Durant ce coma artificiel, il plonge deux fois. «Le médecin se donnait 24 ou 48 heures pour se prononcer. Il ne savait pas si j’allais m’en sortir». Pendant ce temps-là, il a fallu continuer à gérer la ferme. «Mais comment déclarer la naissance d’un veau sur Pilot Elevage quand tu n’as pas les codes d’accès ? se souvient Julie. Heureusement, la solidarité a joué. Des aides précieuses sont venues à notre secours». Serge, le frère de Marc Buon, sera d’un grand secours dans ces moments difficiles. Finalement, l’agriculteur sort de son sommeil artificiel le 11 avril avec 15 kg en moins : «Quand on m’a autorisé à boire», explique-t-il, «je n’avais pas la force de porter le bec verseur à hauteur de la bouche. Même à la paille, ça ne le faisait pas. Mais toute l’équipe médicale est là pour te porter vers le haut. Je tiens à saluer les médecins, les kinés, les infirmières, les aides-soignantes... Ils ont tous été remarquables. Peu à peu, j’ai repris du poil de la bête. Avec un édredon sous le bras, j’ai réussi à boire tout seul. Ensuite, on m’a assis une première fois pendant 3/4 d’heure sur une chaise à l’aide d’un treuil. Je leur ai dit: «pas rassurant votre truc, on dirait un abattoir...».  Tout s’est toujours déroulé dans l’humour. Le lendemain, le kiné, aidé de deux personnes, est venu me lever pour faire quelques pas. Je suis resté 9 jours en service chirurgie réservé au Covid-19.»

«Le premier jour, j’ai fait 200 mètres»
Le personnel soignant a observé l’évolution de Marc. «Un jour», se souvient-il, «on m’a annoncé qu’on m’avait trouvé une maison de repos avec rééducation. Très peu pour moi ! Ma rééducation, je préférais la faire en allant voir mes vaches. Et puis je n’étais pas tout seul. J’avais ma fille et ma femme à mes côtés. Le premier jour j’ai fait 200 mètres : 100 mètres aller, 100 mètres retour. J’étais «rincé». Aujourd’hui, j’enquille 2 à 3 km, tranquillement évidemment. Pour reprendre une activité professionnelle, ce sera cependant compliqué. Je fonctionne comme une batterie, quand il n’y a plus de jus, tout s’arrête. L’autre jour, avec mon père et ma fille, j’ai bricolé sur un pont dans un herbage. Au retour, mon père, qui a pourtant 84 ans, marchait plus vite que moi...»

Propos recueillis par Thierry Guillemot

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