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Témoignages

Être agriculteur, c'est être entrepreneur

La présence de l'agriculture sur l'évènement dijonnais « L'Audace d'entreprendre » n'avait rien d'incongru. Les témoignages des participants à la table ronde le prouvaient amplement.

Par Berty Robert
Être agriculteur, c'est être entrepreneur
L'agriculture comprise comme un véritable projet entrepreneurial : c'est ce que rappelait cette table ronde.

Ils s'appellent Marion Colson, Jean-Baptiste Goulier, Christophe Monot. Tous trois témoignaient de l'importance de développer son exploitation, d'être capable d'en imaginer le futur à cours, moyen et long terme, de penser à innover, bref : d'avoir une vision d'entrepreneur associée à celle de l'agriculteur. Leur intervention avait pour cadre l'évènement « L'Audace d'entreprendre » organisé début octobre au Zénith de Dijon et qui portait sur tous les secteurs économiques. De l'audace pour entreprendre, il en faut, en effet, en agriculture, un secteur soumis à de profondes remises en question mais qui sait aussi se renouveler. Les trois agriculteurs présents ont emprunté des chemins atypiques.

Garder la valeur ajoutée

Marion Colson était passionnée par la transformation et la vente à la ferme : elle a créé en 2017 un atelier dans lequel elle transforme 350 porcs et 150 agneaux par an. Son exploitation fournit aussi aujourd'hui des cantines et des restaurateurs. « Ce choix se traduit par une vraie création de valeur ajoutée, qui reste chez nous, précise-t-elle. On va de l'élevage jusqu'au produit fini. La valeur ajoutée reste chez nous. Mais s'installer, développer, ne s'improvise pas, il faut se former, ne pas hésiter à aller voir ailleurs ». De son côté Jean-Baptiste Goulier est installé sur une petite ferme de 30 ha en productions céréalières et en cours de conversion bio. Il transforme ses céréales pour faire de la farine et du pain qu'il vend lui-même. En parallèle il développe un verger. Il est installé avec sa femme, tous deux ont un salarié employé à 80 % et un apprenti. « Paysan et boulanger sont deux métiers très durs, rappelle-t-il. On a choisi d'organiser le travail en fonction de nos contraintes familiales. Nous sommes parvenus à créer une vraie rentabilité économique sur un modèle qu'on a choisi. 99 % de ce qu'on produit est précommandé. On travaille avec une clientèle qu'on connaît bien. Avoir une clientèle régulière permet aussi de faire de la pédagogie sur notre métier. Le plus important c'est d'aller sur un entrepreneuriat qui va dans le sens qu'on a choisi ».

Vivre en harmonie avec son territoire

Quant à Christophe Monot, il est exploitant associé sur une ferme céréalière, sur laquelle a été ajoutée une unité de méthanisation qui injecte du gaz sur la métropole dijonnaise. L'ensemble emploie dix salariés. « La méthanisation traduit vraiment l'implication d'une exploitation dans un écosystème. Pour nous, il y a aussi la volonté de faire entrer de la « matière grise » dans notre exploitation. La crainte, lorsqu'on devient agriculteur, c'est de se renfermer sur soi-même. J'ai été enseignant, je me suis impliqué dans les organisations professionnelles agricoles, je suis aussi le maire de ma commune : pour moi, une exploitation doit vivre en harmonie avec son territoire… » Un parfait résumé de la place de l'entreprise dans la société !