Olivier Cadiot, exploitant à Chaulgnes dans la Nièvre, depuis 1990 s'est lancé dans la commercialisation de macérations de plantes il y a environ 2 ans ; retour sur un choix particulier. 

 

Les macérations pour tous
Olivier Cadiot travaille ses préparations en anaérobie – sans air.

« La réglementation rend l'utilisation de produits chimiques de plus en plus compliquée voir totalement interdite, selon les substances, que ce soit pour les professionnels et les particuliers. De ce constat, je me suis dit qu'il fallait trouver des solutions pour continuer à travailler » détaille Olivier Cadiot, exploitant à Chaulgnes sur 160 ha.

Constats 

Le cheminement de pensée d'Olivier Cadiot, s'effectue sur plusieurs années : « Au début de ma carrière, je labourais mais je retrouvais ma chaume non dégradée... Cela dénotait d'un problème de décomposition sur mes terres et donc un manque de vie dans mon sol pour venir à bout des déchets organiques. En plus, mes terres étant, en grande partie, des limons à silex, le travail du sol dans son ensemble n'était pas adapté (casse régulièrement du matériel, frais de réparation, etc.). De là, j'ai décidé d'opter pour le travail simplifié, puis en semi-direct ».

Formations indispensables 

En parallèle, Olivier Cadiot a commencé à chercher des informations : « On parle de macérations de plantes et de vie du sol (via les microogranismes) depuis une vingtaine d'années environ. Mais, les données n'étaient pas encore très démocratisées, il fallait donc s'y intéresser pour les trouver. Je me suis donc formé sur le sujet, notamment via le GIEE Magellan regroupant des agriculteurs s'étant pris d'intérêt pour cette question. Sans formations, on ne peut pas se lancer dans l'utilisation de ces produits, car il faut comprendre l'intégralité de leurs actions pour les mettre en oeuvre ».

La patience est de mise 

 « Certes, le résultat des macérations ou des micro-organismes est long à distinguer, mais on finit par constater une différence. Pour ma part, cela ne se manifeste pas sur le rendement, mais sur la santé de mes plantes qui sont de meilleures qualités qu'auparavant. J'ai également observé une plus grande présence de lombrics dans mes sols, et une meilleure vie microbienne. D'ailleurs, autrefois je m'embourbais régulièrement dans certaines parcelles, alors qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas, car l'eau s'infiltre parfaitement dans le sol – encore un témoin d'une vie du sol développée. Avec le GIEE Magellan, nous souhaiterions pouvoir faire un suivi d'analyses sur plusieurs années, mais pour le moment nous sommes à la recherche de financement pour le mettre en place ».

Se rendre utile 

« Durant les formations, nous accédons aux recettes des macérations afin de pouvoir les fabriquer nous-mêmes. De fil en aiguille, je me suis passionné pour le sujet et me suis dit que cela pouvait intéresser les particuliers mais aussi les professionnels (vignerons, maraîchers, etc.) qui ne voudraient pas les concocter. De là, j'ai mis en place la vente des produits. Je réalise environ 25 000 l à l'année de macération d'ortie, de bardane, consoude, fougères, d'ail, de luzerne. Je prépare également des infusions d'origan thym sarriette ou encore des décoctions de Prêle ».

Matériel et matières premières 

« Pour le moment, la vente des produits m'a remboursé l'investissement de départ, mais n'est pas ce que l'on peut appeler un complément d'activité, j'aimerais toutefois augmenter ma clientèle de particuliers afin de pouvoir embaucher une personne pour m'aider. Au total, j'ai déboursé environ 5000 euros pour un labo isolé et chauffé – sans les cuves - afin que la température soit constante pour la macération. Côté cuve, je travaille en anaérobie (sans air), afin d'obtenir un produit le plus efficace possible. Pour les plantes, je les trouve sur les bords des routes des chemins ou dans les champs, un peu partout en somme. Une fois la récolte faite, on jette les plantes dans la cuve avec de l'eau et on attend, tout en contrôlant tous les jours le potentiel rédox (ou potentiel d'oxydo-réduction) et le PH. Au final, pour 4 000 l de préparation, il faut compter environ deux jours de travail. La procédure est donc assez chronophage, et c'est sans compter toutes les heures de recherches et de formation ! ».

Le futur 

« Je suis passionné par ces produits, car je trouve qu'ils représentent une alternative intéressante pour les plantes. Il y a encore énormément d'éléments à explorer à ce niveau, et je suis assez triste de voir que ces sujets ne sont pas plus abordés dans les lycées agricoles. Mais, je garde espoir car les mentalités sur ces pratiques changent d'années en années, et de plus en plus de monde y trouve un intérêt. Réfléchir à l'intérêt de l'utilisation des macérations à la place des produits chimiques est déjà une avancée des mentalités Et faire des essais sur une partie de l'exploitation, les même parcelles durant plusieurs années, est le meilleur moyen de se convaincre». Renseignements : www.protection-nature-et-plantes.fr ou cadiot.olivier@neuf.fr  ou 06 11 76 14 90.