Billet d'humeur
Les pensées de Jean-Pierre Bouron

Christopher Levé
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Dans le contexte de campagne électorale, Jean-Pierre Bouron rappelle quelques vérités qu’il est bon d’avoir à l’esprit, quand la bonne marche du monde nous importe.

Les pensées de Jean-Pierre Bouron
Jean-Pierre Bouron livre ici un point de vue sur l'état du monde et sur le rôle que les pays riches doivent y jouer.

Se projeter dans l’avenir est un exercice difficile à appréhender en ces périodes d’incertitudes. Le rôle de notre syndicat consiste à tracer des pistes, afin de maintenir un nombre suffisant d’agriculteurs sur l’ensemble de notre territoire tout en rémunérant correctement leur travail. Nous allons entrer dans la période pré-électorale, riche en promesses et en câlinothérapie.
La FNSEA, forte de son expertise et de sa vision d’ensemble de nos métiers, aura pour mission d’analyser en toute objectivité les programmes de chaque candidat, afin de nous éclairer sur leur vision de l’agriculture et de la ruralité lors de la prochaine décennie en évitant d’entrer dans les jeux politiques et de prendre parti pour les uns où les autres. Les exemples de syndicats ouvriers agricoles ou autres inféodés à un courant politique voient leur nombre d’adhérents diminuer régulièrement et leur influence se réduire au fil du temps. Ne tombons pas dans ce piège où nous avons tout à perdre. Nos préoccupations immédiates ne doivent pas occulter les défis auxquels le monde est confronté. Comment être insensibles à la misère des populations des pays sous-développés ? Comment ne pas être choqué en voyant des milliards dépensés afin de satisfaire les caprices d’individus en recherche de sensations extraterrestres ? Cet argent n’aurait-il pas été mieux utilisé en finançant des vaccins pour les peuples les plus fragiles ?
De plus en plus, nous sommes sensibilisés aux changements climatiques. Les paysans sont en première ligne puisque leur revenu dépend largement du climat et des caprices de la nature. Ils n’ont pas attendu de prendre connaissance des engagements des États réunis lors des COP qui se sont succédé sachant pertinemment que la plupart des nations sont dans l’incapacité de les tenir. Les agriculteurs sont capables de modifier leurs pratiques et mettre en place de nouvelles cultures, diminuer la consommation d’intrants et infléchir leurs méthodes d’élevage, à condition que l’on ne leur impose pas des contraintes supplémentaires et que l’on arrête de les dénigrer, alors que ce sont eux qui nous nourrissent. Ce qui est certain, c’est que les solutions pour lutter contre le réchauffement climatique ne seront pas trouvées par les donneurs de leçons qui ne sont pas à une contradiction près : refus du nucléaire, de l’éolien, du photovoltaïque, de l’élevage intensif, des véhicules thermiques, etc. Il ne suffit pas de se montrer juché sur un vélo sans avoir omis d’alerter les journalistes, avant de s’engouffrer dans une grosse berline qui vous attend au coin de la rue moteur tournant, pour se décerner le titre de défenseur de la planète. Interrogeons-nous sur l’utilité d’un rassemblement de délégations convergeant de tous les continents, lors de la COP 26, à grand renfort de voyages en avion sans avoir la moindre idée du bilan carbone que cela génère. Pour se donner bonne conscience, les pays développés tels que le nôtre, s’engagent à inciter les nations les plus défavorisées à lutter contre le réchauffement de la planète, la déforestation, l’avancée du désert et la montée des eaux. En les dotant d’aides substantielles qui bien souvent sont détournées avant de financer les actions sur le terrain. Nous devons tous, à notre niveau, revenir à des pratiques plus vertueuses en modifiant nos comportements, sans bouleverser notre mode de vie. Les enjeux de demain seront d’une tout autre dimension : il est du devoir des nations industrialisées, et tout particulièrement de l’Europe, d’aider à la formation des cadres, dans leur pays d’origine, chargés de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de l’agriculture afin d’amener les pays sous-développés à se prendre en mains et à surmonter les handicaps naturels.
En levant les vieilles croyances et tabous qui freinent leur évolution et l’espérance d’une vie meilleure, si les nations les plus industrialisées, qui sont en grande partie à l’origine du réchauffement climatique, ferment les yeux sur ces problèmes en pensant se donner bonne conscience en faisant la charité sans apporter de solutions concrètes, nous ne nous étonnerons pas de voir arriver sur notre sol, un grand nombre de réfugiés climatiques, en proie à la faim et à la misère prenant le risque de périr en mer pour atteindre l’Europe et grossir les rangs des émigrés déjà présents. Ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier nos compatriotes en proie à la précarité et ils sont nombreux. Concluons par une citation pleine de réalisme de Bill Clinton : « Nous ne pouvons construire notre propre avenir sans aider les autres à construire le leur ».