Grandes cultures
Le Comité régional des céréales travaille sur l'adéquation offre-demande

Propos recueillis par Berty Robert
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Le Comité régional des céréales de Bourgogne-Franche-Comté vient d’entamer un important travail de réflexion visant à optimiser les correspondances entre production et marchés. Son président, Jacques de Loisy, revient sur cette démarche visant à cibler toujours plus précisément l’offre en blé.

Le Comité régional des céréales travaille sur l'adéquation offre-demande
Les producteurs de blés en BFC devraient, grâce au travail mené par le Comité régional des céréales, disposer d'une vision plus claire des attentes des marchés. (Crédit Grudner)

Dans quel cadre s’inscrit le travail sur l’adéquation entre offre et demande qui est mené par le Comité régional des céréales de Bourgogne-Franche-Comté (BFC) ?

Jacques de Loisy : "Le Comité se réunit pour fournir des avis sur l’état et l’ampleur des récoltes à venir ou passées. Ils donnent également les informations utiles sur le bon écoulement des productions et le bon fonctionnement de la filière. C’est dans ce cadre qu’au niveau national, une étude a été lancée, il y a un an, sur l’adéquation entre l’offre et la demande. Lors du Comité régional BFC, qui s’est tenu en septembre dernier, nous avons validé le principe de travailler sur ce dossier, en s’en tenant uniquement au blé, qui est la principale production dans les céréales à paille. À cette époque, les prix avaient déjà commencé à frémir un peu et on retrouve aujourd’hui un niveau de prix rémunérateur situé entre 200 et 230 euros/tonne pour les producteurs de céréales. Il ne faut pas perdre de vue que les coûts de production ont considérablement augmenté au courant de 2021, en particulier ceux liés à l’énergie et aux matières fertilisantes. La remontée des prix est donc nécessaire afin de permettre aux producteurs de dégager un revenu et réinvestir. Il faut aussi que l’ensemble de la filière puisse fonctionner pour écouler les productions mais surtout pour qu’il y ait une adéquation entre ce que les producteurs sortent de leurs exploitations et la demande de nos clients".

Cette demande, comment se structure-t-elle ?

J. d. L. : "Historiquement, on dispose de trois types d’écoulement de production : l’alimentation humaine, l’alimentation du bétail, et un domaine qu’on a tendance à oublier : l’industrie, à travers tout ce qui touche à l’amidonnerie. Ce dernier secteur n’est pas hyper présent en BFC, néanmoins, il ne faut jamais le perdre de vue".

Concrètement, comment travaillez-vous sur cette question ?

J. d. L. : "Début février, nous avons réuni notre groupe de travail, en présence de Marie-Jeanne Fotré-Muller, la directrice régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt. Dans ce groupe on trouve un large panel d’entreprises de collecte (coopératives ou négociants), de tous les secteurs géographiques de BFC. L’ensemble des participants, qui ne sont pas tous présents au sein du Comité régional des grandes cultures, a validé notre volonté de travailler sur ce dossier de l’adéquation entre offre et demande. Cela va nous permettre d’établir un état des lieux avec les responsables techniques de ces organismes, d’ici le mois de mars. Un premier travail est mené sur le recensement des pratiques et des productions. Les conclusions globales que nous pourrons apporter sur cette réflexion devraient intervenir durant le deuxième semestre 2022".

L’écoulement du blé de BFC présente-t-il des particularités ?

J. d. L. : "Globalement, BFC n’échappe pas aux statistiques nationales : la répartition est relativement équilibrée entre alimentation humaine et alimentation animale. Il y a également une partie export, en Europe ou de l’autre côté de la Méditerranée. Un certain nombre d’évolutions, ces dernières semaines, sur l’export, n’ont échappé à personne : je pense notamment au marché algérien, moins ouvert que par le passé à l’offre française, mais aussi à d’autres pays, plus à l’Est, qui, eux se positionnent de manière assez dynamique. Face à cela, il nous appartient de cibler les besoins de nos clients, régionaux, nationaux et internationaux (UE et au-delà) et de voir s’il existe des leviers, sur la logistique ou la production, afin de mieux répondre à ces besoins. Aujourd’hui, le marché est dynamique, il y a des pressions internationales significatives qui occultent un peu les pressions climatiques, en Amérique du Sud par exemple. Nous devons être attentifs à une quantité et une qualité suffisantes sur le marché pour répondre aux besoins de l’ensemble des intervenants. On sait que l’alimentation animale est un secteur important en BFC et en France mais il a aussi des exigences bien spécifiques en termes quantitatifs et qualitatifs. On doit aujourd’hui répondre à des normes bien spécifiques, notamment en matière de protéines, mais aussi dans le domaine sanitaire, je pense notamment au déoxynivalénol (DON), une mycotoxine qui, en fonction de la pluviométrie plus ou moins abondante selon les années, et des variétés de blé, peut poser problème. Le temps où l’on priorisait l’alimentation humaine est bien loin !"

À quoi pourra servir la réflexion offre-demande menée actuellement ?

J. d. L. : "Elle permettra de fournir des indicateurs aux intervenants de mise en production. Par exemple, cela pourrait conduire à favoriser telle ou telle variété de blé qui répondrait mieux à certains segments de marché. Rien n’est pour l’instant décidé mais il s’agit de pistes de travail. Tout cela doit donner lieu à expertise, de la part des différents intervenants et nous allons élargir la boucle de ces derniers, en y intégrant une partie des transformateurs (meuniers, fabricants d’aliments du bétail…) À terme, il faudra voir si ce travail est porteur de plus-value, s’il satisfait l’ensemble des maillons de la filière et, dans un second temps, il faudra aussi constamment réadapter nos réflexions, en fonction des évolutions. Je me félicite en tout cas que l’ensemble des personnes sollicitées (collecteurs coopérateurs ou privés) ait répondu favorablement à notre invitation".

Exergue : « Nous devons être attentifs à une quantité et une qualité suffisantes sur le marché pour répondre aux besoins de l’ensemble des intervenants ».

Un regard sur le blé bio également

À la demande de Jacques de Loisy, et contrairement à ce qui se fait au niveau de l’étude nationale, le Comité régional des céréales a décidé d’étendre ses travaux sur l’adéquation offre-demande à l’agriculture céréalière biologique. « C’est en lien avec l’augmentation de surfaces bio significative observée en BFC, souligne le président du comité. Ces dernières années nous avions soulevé des interrogations sur l’organisation de cette filière et sur la capacité des consommateurs à absorber les productions qui allaient arriver sur le marché. On commence, aujourd’hui, à voir chez nous des surfaces cultivées importantes qui sont parvenues au terme des trois années de transition nécessaires au passage en bio. Or la consommation bio stagne, voire diminue et de nombreuses filières, notamment celle du blé, voient s’accumuler les stocks. Il est donc important que la filière et les pouvoirs publics soient mobilisés sur ce sujet, puisqu’on fait, de manière générale, la promotion du bio depuis plusieurs années, mais il est important d’expertiser les potentiels de production et de consommation. Là aussi, l’adéquation entre offre et demande est importante ».