Production de colza bio
Compliqué, risqué mais faisable

AG
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La Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, Terres Inovia et Bio Bourgogne organisaient une journée technique dédiée au colza bio le 12 avril à Billy-lès-Chanceaux.

Compliqué, risqué mais faisable
Pascal Guérin cultive et transforme du colza bio dans le Châtillonnais.

Non, ce n’est pas un poisson d’avril. Cultiver du colza en agriculture biologique est possible malgré toutes les exigences de cette plante. Pascal Guérin tente l’expérience depuis près de vingt ans à Billy-lès-Chanceaux. Cet exploitant reconnaît d’emblée le côté risqué et très aléatoire de chaque campagne, le succès de la récolte dépendant très souvent des attaques d’altises. Ses différents rendements varient ainsi de 22 à… 0 q/ha, pour une moyenne d’environ 10 q/ha : « Il y a une grande variabilité, cela va sans dire. Les risques météo sont présents, mais il y a aussi et surtout la menace des bioagresseurs face à laquelle nous ne pouvons rien. Sans ces derniers, le colza bio représenterait une belle culture à valeur ajoutée pour le Châtillonnais, j’en suis certain. Nous travaillons actuellement sur des pistes d’amélioration sur ce point ». Pascal Guérin est entré en contact avec les techniciens de la Chambre d’agriculture, de Terres Inovia et de Bio Bourgogne pour tenter de trouver le meilleur itinéraire technique possible et les variétés les plus adaptées. Des essais se concentrent aujourd’hui sur une parcelle de 8,5 ha, les travaux ont fait l’objet d’un rendez-vous professionnel le 12 avril.

Mauvaises herbes et fumier

Pascal Guérin a notamment évoqué le désherbage et les amendements lors de cette rencontre : « il faut être très vigilant sur ces différents postes. Au début, j’utilisais un semoir à céréales, avec des plantes accompagnatrices. Par la suite, nous sommes passés au semoir monograine, pour pouvoir gérer les mauvaises herbes avec du binage à l’automne puis au printemps si besoin. Cela se passe plutôt bien, nous arrivons à peu près à gérer. Concernant les amendements organiques, des granulés étaient autrefois apportés au printemps, mais leur effet se faisait ressentir beaucoup trop tard… Nous faisions davantage pousser des mauvaises herbes que du colza ! Aujourd’hui, nous réalisons l’amendement en août, avant le semis, en utilisant du fumier et des fientes. Les résultats sont bien meilleurs. Notre plus gros problème aujourd’hui est à mettre à l’actif des insectes, car nous n’avons malheureusement pas de solutions ».

Huiles et tourteaux

Pascal Guérin transforme l’intégralité de sa production en huiles : « telle est ma motivation à cultiver du colza bio. Les tourteaux, eux, nous permettent d’engraisser nos animaux. Nous tenons à conserver cette complémentarité entre l’atelier végétal et l’atelier animal, celle-ci nous permet de réaliser de belles économies compte tenu des prix de l’aliment ». Si le colza bio n’était pas transformé, Pascal Guérin pourrait le vendre aujourd’hui au prix de 1 200 euros/t, contre environ 1 000 euros/t pour le conventionnel : « il y a peu de différence entre les deux, en effet. Ces dernières années, le prix du colza bio se démarquait davantage avec une fourchette comprise entre 800 et 900 euros/t. Il ne faudrait pas que son prix baisse car la semence coûte cher, l’amendement organique a aussi un prix ».

 

 

 

« Une culture de diversification »
Visite d'essais.

« Une culture de diversification »

Clément Divo, conseiller à la Chambre d’agriculture, a présenté les essais menés depuis trois ans : « Les hybrides, qui sont les mêmes qu’en conventionnel, sont prometteurs à ce jour, notamment la variété Féliciano. Notre interprétation n’est malgré tout que visuelle pour le moment, car c’est la première fois que nous réalisons des essais variétaux ». Les travaux se sont concentrés sur l’itinéraire technique lors des deux premières campagnes d’essais, les points à retenir sont les suivants : fertiliser en août avec du fumier et des fientes, utiliser un semoir monograine, privilégier un écartement d’une cinquantaine de centimètres pour pouvoir biner, éviter une densité trop forte au semis (viser 30 pieds au m2), faire en sorte que le colza soit levé au plus tard le 1er septembre, possibilité d’apporter du soufre en reprise de végétation. « Malgré toutes ces préconisations, la culture est susceptible de ne pas aller au bout, il faut bien en avoir conscience », prévient Clément Divo, « le colza bio est une culture de diversification, très risquée et compliquée. Sur une ferme, il ne doit représenter que 5 voire 10 % maximum de l’assolement. Une dizaine d’agriculteurs, tout au plus, en cultivent dans le département. Nous menons également des essais dans le secteur de la plaine ».

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