Valorisation
Un séparateur de phase mobile dans le Jura

Sébastien Closa
-

Créée en octobre dernier, la société JurAgro-Services, basée à Bersaillin, entre Dole et Lons-le-Saunier, exploite le premier séparateur de phase mobile de France qui permet de transformer les lisiers et digestats en engrais liquide, directement assimilable par les plantes, et en amendement solide. Dans le contexte actuel de hausse des engrais, les demandes affluent.

« Avec l’augmentation récente des prix des engrais, je me suis dit qu’il fallait valoriser ceux issus de la ferme », raconte Pierre-Emmanuel Belot. « Le lisier est un très bon produit mais il est délicat à gérer par rapport aux risques environnementaux. Depuis un moment je réfléchissais à une solution pour le rendre plus facilement exploitable ». Salarié de l’Institut de l’élevage, il met au point un séparateur de phase mobile, juché sur un camion et décide en septembre dernier de lancer à mi-temps sa société JurAgro-Services, opérationnelle depuis le mois d’octobre. Il s’agit d’une première en France. Le système permet de séparer les éléments liquides et solides des lisiers et des digestats. La matière est pompée depuis la cuve de l’exploitation. Elle est ensuite hachée et broyée pour la rendre plus homogène, puis une vis sans fin l’entraîne dans un tamis aux mailles de 0,5 millimètre. Il en résulte deux produits différents à l’issue de l’opération, le premier liquide, le second solide. « Séparer les phases des lisiers et digestats procure plusieurs avantages », explique le fondateur de JurAgro-services. « Le volume de lisiers dans les cuves est réduit de 10 à 30 % selon le taux initial de matière sèche, ce qui permet d’augmenter d’autant la capacité de stockage et les odeurs sont atténuées».

« Le liquide pour nourrir les plantes, le solide pour nourrir le sol »

La partie liquide, qui conserve les éléments nutritifs, tels que l’azote et la potasse, est un engrais directement assimilable par les plantes, à action rapide et teneur élevée en ammonium. Comparé au lisier brut, son épandage est facilité, notamment lorsqu’un pendillard est utilisé. L’herbe reste propre car il n’y a pas de dépôt de matière organique qui peut former des croûtes sèches sur les prairies. Les épandages d’été sont ainsi simplifiés. Pas de croûtes non plus dans les fosses, ce qui arrive quand le lisier est trop épais et le rend difficile à travailler. Quant aux éléments solides, riches en matières organiques et en phosphore, ils se transforment en compost et peuvent servir d’amendement pour le sol sans l’acidifier. Non lessivable, la matière qui se dégrade très vite, peut donc être épandue tout le temps. Elle est aussi utilisable sous certaines conditions en litière pour les jeunes bovins et les bovins viande mais reste à éviter pour les vaches laitières. Cette phase solide se stocke proprement et ne dégage aucune odeur.

Une forte demande

Le séparateur de phase mobile de Pierre-Emmanuel Belot permet un débit de chantier élevé, de l’ordre de 60 à 100 m3 à l’heure, soit 500 à 1 000 m3 par jour. « Il est en moyenne dix fois plus rapide que les séparateurs de phase fixes », explique l’entrepreneur. Pour optimiser son efficacité, l’idéal est de disposer d’une seconde fosse pour recueillir la phase liquide. Quand ce n’est pas le cas, elle est reversée directement dans la cuve d’origine.

Depuis son lancement, JurAgro-Services reçoit de nombreuses sollicitations. « Elles affluent de partout », précise Pierre-Emmanuel Belot. « Pour le moment, je travaille principalement sur la Bourgogne-Franche-Comté. Je me déplace aussi en Savoie et en Haute-Marne et j’ai exceptionnellement déjà réalisé des chantiers en Belgique ». Lorsqu’il accepte une demande, il se charge d’installer le matériel et gère intégralement le chantier. Il est possible de personnaliser le taux de matière sèche de la phase solide selon les souhaits du client. Les tarifs sont dégressifs selon le volume de lisier à traiter.

Séparateur de phase