Blé orge objectif protéines
Prix des engrais et raisonnement des doses d'azote

Berty Robert
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Dans son dernier bulletin Blé Orge Objectif Protéines (Boop), Arvalis fait le lien avec la hausse des engrais azotés. Depuis septembre, ils ont subi une augmentation significative notamment à cause de la hausse des prix du gaz. Ce contexte économique nous incite à optimiser encore plus la stratégie de fertilisation à mettre en œuvre sur les céréales à paille.

L’ammonitrate, dont le prix moyen ramené au kilogramme d’azote s’établissait à 0,95 € sur les 5 dernières années, a vu son prix doubler. L’urée et la solution azotée subissent une hausse des prix similaire, voire encore plus importante. Cette envolée s’explique en majeure partie par l’explosion des prix du gaz naturel, nécessaire pour la production d’ammoniac, à la base de la production des engrais azotés. Cette tension sur les marchés peut entraîner de fortes incertitudes d’approvisionnement, avec des retards de livraisons (fabrication usine + problèmes de transport). Avec cette disponibilité en engrais tendue, on peut légitimement s’interroger sur le niveau ou réajustement de la dose totale d’azote à apporter. À partir de l’analyse de plus de 600 essais historiques comportant des courbes de réponse à l’azote, Arvalis a créé une matrice illustrant les variations d’écart de dose d’azote à apporter en fonction de deux variables : le prix de l’azote et celui du blé (voir figure 1).

Indicateur simple

En règle générale, les conditions économiques ont peu d’impact sur le niveau de la dose totale d’azote, comme illustrée dans la zone blanche du tableau. Par exemple, on reste dans cette zone avec une plage de prix du blé allant de 200 à 230 €/T et un prix de l’azote de 1,40 à 1,50 €/kg (voir cercle rouge). En revanche, pour un prix d’achat des engrais de l’ordre de 1,95 €/kg, et avec un prix du blé négocié à 230 €/T, il faudrait alors réduire la dose d’azote totale d’environ 20 kg N/ha par rapport à l’optimum technique. Afin de juger rapidement de l’intérêt ou non à réduire la dose d’azote, on peut s’appuyer sur un indicateur simple : le ratio prix du blé sur prix de l’azote (exprimé en €/t de blé sur des € pour 100 kg d’azote). Au-dessus d’une valeur de 1,2 pour ce ratio, on ne remet pas en cause le niveau de la dose totale d’azote. Chaque agriculteur doit donc s’adapter en fonction de sa situation personnelle.

Mesurer le reliquat sortie d’hiver

Cependant, il faut garder en tête que la réduction de la dose totale peut engendrer une baisse du rendement et de la teneur en protéines. Si on reprend l’exemple précédent, avec une baisse de 20 kg N/ha de la dose totale, on perd en moyenne sur blé 1,5 q/ha et 0,3 point de protéines. De plus, l’impact de la réduction de la dose totale sur le taux de protéines peut être atténué par une meilleure répartition des doses par apport. En particulier, il faudra toujours privilégier les apports tardifs en cours de montaison (2 nœuds à dernière feuille) pour maintenir des taux de protéines satisfaisant les débouchés. La stratégie de fertilisation azotée est fondée, pour le calcul de la dose d’azote totale a priori, sur la méthode du bilan. Dans ce contexte économique inédit, une mesure devient plus que jamais importante : celle du reliquat sortie d’hiver. Elle permet en effet d’estimer la quantité d’azote minéral contenue dans le sol disponible pour les cultures et de calculer au plus juste la dose d’engrais totale prévisionnelle. Cette mesure doit être réalisée aussi bien sur les blés tendres que sur les orges d’hiver et de printemps. Une fois le niveau de la dose totale a priori défini, il faudra veiller par la suite à bien valoriser tous les apports, sujets que nous aborderons dans de prochains messages.

 

Note (après la signature) :
Éléonore Pascal et Luc Pelce (ARVALIS), Jérémie Blas (CA21), Emmanuel Bonnin (Soufflet agriculture), Jean-Michel Bouchie (Axereal), Christine Boully (Bourgogne du Sud), Patrick Chopard (CA39), Emeric Courbet (CA70), Damien Derelle (SeineYonne), Romain Flamand (SAS Bresson), Jean-Michel Guittard (Terre Comtoise), Philippe Koehl (Interval), Dominique Lachaud (SAS Ruzé), Camille Lambare (CRA BFC), Marie-Agnès Loiseau (CA89), Mickaël Mimeau (Dijon Céréales), Franck Schnoebelen (CA25-90), Antoine Villard (CA71) et Cédric Zambotto (CA58)

Dose d'azote et prix des engrais