Sécalia
Le projet prend forme

AG
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Huit cent cinquante hectares de seigle ont été ensilés ces derniers jours dans le Châtillonnais, dans le cadre du futur outil de méthanisation collectif et coopératif Sécalia.

Le projet prend forme
Laurent Druot et Édouard Benayas, chargés de développement « Énergies renouvelables » chez Dijon Céréales, devant un champ aujourd'hui récolté.

Elle était attendue avec impatience, elle s’est déroulée dans de bonnes conditions. Cette première récolte de seigle fourrager marque les premiers pas de la future unité de méthanisation de Cérilly. Les champs de 75 exploitants agricoles ont permis d’engranger entre 7.5 et 10 tMs sur chacun des 850 ha concernés. « L’idée, avec ces premiers ensilages, est de constituer des stocks en vue de la mise en route de l’unité Sécalia programmée pour fin 2023. Notre objectif sera aussi de disposer en permanence d’une demi-année d’avance afin de se couvrir de tout aléa », indique Laurent Druot, chargé de développement à Dijon Céréales. La future structure aura une puissance de 2 400 Nm3/h et sera en mesure de chauffer l’équivalent de 18 000 foyers après méthanisation. « Le seigle représente à lui seul 90 % de la biomasse qui entrera dans le digesteur. Les besoins annuels s’élèvent à 180 000 tonnes brutes, soit environ 50 000 tonnes de matière sèche. Le gaz sera envoyé vers Châtillon-sur-Seine et toutes les communes voisines desservies par ce type de chauffage. Le surplus prendra la direction du quart nord-est de la France », ajoute le responsable.

Ça n’a pas chômé

Plusieurs entreprises de travaux agricoles ont été sollicitées durant une petite quinzaine de jours pour réaliser la récolte de seigle. Une vingtaine de camions ont été monopolisés pour rapatrier la production sur les plateformes de stockage récemment construites (voir encadré). « Nous sommes globalement satisfaits de cette première étape, tout s’est globalement bien passé. Les rendements sont à la hauteur de nos attentes. Les cultures ont parfois tutoyé les deux mètres de hauteur », souligne Laurent Druot, « Vitallo a été la principale variété utilisée, celle-ci est particulièrement précoce. Semé durant la deuxième quinzaine de septembre, ce seigle peut être généralement récolté dès la fin avril. Nous sommes toutefois un peu décalés cette année car nous n’avons débuté que le 9 mai ». Le salarié de Dijon Céréales rappelle plusieurs caractéristiques de la culture du seigle : « il s’agit plus précisément d’une interculture, elle ne se cultive pas au détriment d’une autre production. Les adhérents resèment aussitôt derrière, je pense notamment au tournesol, à la cameline ou encore au soja. Le seigle permet d’allonger les rotations, il nécessite peu de traitements, entre 100 et 120 unités d’azote en deux passages. Dans la genèse du dossier, nous recherchions justement une plante avec ces différents critères, en plus d’avoir un pouvoir méthanogène important ».

Nombreux atouts

Chaque agriculteur sera rétribué entre 80 et 95 euros/tMS de seigle, selon si le transport a été effectué ou non par ses soins. À terme, plusieurs producteurs disposeront de leur propre stockage à la ferme. Les adhérents de Sécalia pourront bénéficier du digestat issu de la méthanisation : « nous en produirons environ 60 000 tonnes chaque année, ce digestat sera redistribué au prorata des hectares de seigle engagés. Dans toute la démarche Sécalia, le revenu des agriculteurs devrait être bonifié entre 50 et 100 euros/ha sur l’ensemble des exploitations adhérentes ». Pour rappel, Sécalia est porté par Dijon Céréales et les projets structurants de l’Alliance BFC. Ce dispositif est labellisé dans le cadre du contrat de transition écologie de la haute Côte-d’Or. Cent cinquante agriculteurs et 5 000 ha sont engagés dans des contrats de quinze ans. L’actualité de Sécalia, c’est aussi le début de l’enquête publique dans les communes concernées, depuis le 10 mai. Celle-ci prendra fin le 10 juin. Les travaux de l’unité devraient débuter au cours de l’été, pour se terminer quinze mois plus tard.

 

 

Bientôt huit plateformes
À Savoisy.

Bientôt huit plateformes

Trois plateformes ont permis de stocker cette première récolte : celles de Savoisy, Lucenay-le-Duc (5 000 m2 chacune) et Louesme (3 150 m2). Cinq autres seront prochainement construites : à Poiseul-la-Ville, dans le secteur Mosson, dans le secteur Asnières-en-Montagne, à Touillon et Cérilly. Pour se donner une idée de l’espace disponible, un mètre carré permet généralement de stocker une tonne de matière sèche (ou trois tonnes de matière brute). Les premiers volumes récoltés resteront bâchés un an et demi, jusqu’à la mise en route de l’unité de méthanisation.

Témoignage
Christophe Gérard.

Témoignage

Christophe Gérard, 57 ans, est agriculteur à Poinçon-lès-Larrey et vient de récolter 20 ha de seigle fourrager : « C’est la deuxième fois que je cultive cette plante, je m’étais testé sur 1,5 ha l’an passé. Aujourd’hui, c’est une récolte grandeur nature et il y en aura même encore davantage dès la prochaine campagne car nous nous sommes engagés sur 60 ha avec mon fils. Nous suivons le projet Secalia depuis ses débuts. J’étais un peu réticent lors des premières réunions, je dois le reconnaître, car je possède des vignes et j’avais peur que les différentes interventions se chevauchent. Finalement, la récolte de seigle est précoce et le palissage des vignes n’est que dans trois semaines. Mon autre crainte venait de la rentabilité, surtout devant la flambée des prix. Je me suis tout de même lancé car j’espère tirer 1 000 euros/ha avec le seigle : cela reste intéressant à condition que je resème juste derrière. Ce sera le cas avec du tournesol, de la cameline et du soja. Ce projet présente bien d’autres avantages à mes yeux : le seigle est un bon moyen de nettoyer nos champs, surtout pour nous, qui rencontrons des problèmes de résistance au vulpin. Aussi, la future utilisation du digestat représentera une belle source d’économie pour notre exploitation. Ce projet est motivant et novateur, nous avons toujours suivi Dijon Céréales dans ses innovations, depuis la création de la coopérative ».