Portance des sols
Dossier Mise l'herbe 2

Alexandre Coronel
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Des essais conduits par Rémy Delagarde, chercheur de l’UMR Production du lait au centre Inrae de Saint-Gilles, en Bretagne, ont montré la capacité des vaches à adapter l’intensité de leur prise alimentaire à la durée passée au pâturage : une piste pour pratiquer le pâturage dans les périodes de faible portance…

Dossier Mise l'herbe 2
Agir sur les capacités d'ingestion horaire des vaches, c'est tout l'enjeu des essai menés par l'Inrae, sur le thème du pâturage en périodes de faible portance.

Les caprices de la météorologie compliquent souvent l’organisation du pâturage, et l’éleveur est pris entre deux feux : celui de gaspiller une précieuse ressource alimentaire et celui de dégrader ses sols avec le piétinement. À l’automne comme au début du printemps la disponibilité en herbe est assez faible, et l’humidité des sols souvent importante. Rémy Delagarde, chercheur à l’Inrae, sur le site de Saint-Gilles, en Ille-et-Vilaine, a conduit dans ce domaine des essais intéressants. Ils consistaient à limiter l’affouragement en ensilage de maïs et soja (à 0, 5, 10 ou 15 kg de matière sèche), de distribuer ces compléments après le temps de pâturage, et de comparer l’effet de différentes durées d’accès au pâturage : 21 heures, 8 à 9 heures, 4 heures, ou deux fois 2 heures 45.

Forte capacité d’adaptation

Ces essais ont montré que les vaches ont une forte capacité d’adaptation : en limitant la durée d’accès de façon progressive, la vache pâture plus vite et peut multiplier par trois son « ingestion horaire ». Celle-ci peut atteindre 2 à 2,5 kg de matière sèche par heure d’accès. Il faut néanmoins veiller à ne pas dépasser certaines limites afin de ne pas pénaliser les performances. En effet, les chercheurs ont mesuré l’effet d’une réduction du temps d’accès au pâturage de 8 à 4 heures : avec une complémentation de 10 kg MS/jour de maïs + soja, l’herbe ingérée diminue de 1,7 kg MS/jour et la production laitière de 0,9 kg/jour. Avec une complémentation de 5 kg MS/jour de maïs + soja, l’herbe ingérée diminue de 2 kg MS/jour et la production laitière de 1,6 kg/jour. Réduire le temps d’accès des vaches au pâturage pour limiter le piétinement en période de sol non portant est donc possible à condition de prendre certaines précautions : adaptation progressive, complémentation adaptée et distribuée après le pâturage pour ne pas réduire la motivation des vaches. En allongeant, avec cette méthode, la saison de pâturage, l’éleveur peut espérer réduire son coût alimentaire moyen sur l’année, et livrer plus longtemps un lait plus riche en acides gras oméga 3, un atout diététique qui commence à être valorisé.