Lors de son congrès annuel à Dijon, Fibois Bourgogne-Franche-Comté, l’interprofession régionale, a tenté d’imaginer l’avenir de la filière. Exemple, avec cette table-ronde sur le thème « Quel bois dans le futur ? »

Le congrès de Fibois BFC
La table-ronde sur « Quel bois dans le futur ? » a tracé les grandes lignes d'évolutions qui sont déjà à l'oeuvre pour la sylviculture et l'aval de la filière.

Changement climatique, captation des ressources en bois par le marché chinois, attentes sociétales et difficultés de recrutement de main-d’œuvre : les questions ne manquent pas pour la filière bois en France. Elles étaient très présentes lors du congrès de Fibois BFC, la filière bois de Bourgogne-Franche-Comté, qui se tenait à Dijon fin juin. Ce n’est pas pour rien si ce congrès avait pour fil rouge « Monde complexe, futur incertain : la filière s’adapte ! ». Illustration avec une table-ronde portant sur le thème « Quel bois dans le futur ? » On y abordait un aspect tout à fait intéressant : l’utilisation, en matériau de construction, de bois scolyté, c’est-à-dire atteint par cette maladie qui touche beaucoup nos forêts régionales et qui est provoqué par un insecte : le scolyte. Une véritable surprise alors que les bois scolytés apparaissent comme dévalorisés, voire impropres à toute utilisation. Un a priori démenti par le projet, mené à terme d’une construction d’un bâtiment de déchetterie, dans le Doubs. « Nous avions la volonté de changer la perception du bois scolyté, précisait Gaëlle Journaux, du pôle Mobilisation territoriale pour la réduction des déchets au sein de Préval Haut-Doubs, un syndicat mixte de valorisation des déchets. En utilisant du bois scolyté pour cette construction, certes moins beau, mais qui conserve intactes les propriétés mécaniques du bois, nous voulions faire d’un problème, une innovation. Il a fallu vaincre des résistances culturelles et économiques ». Le bâtiment, constitué de 25 % de bois scolyté, a été livré en mars 2021.

Moderniser les outils de production

De son côté, David Chavaux, directeur général de la scierie Margaritelli, à Fontaine, en Saône-et-Loire, près de Chalon-sur-Saône, est revenu sur l’important investissement qui a concerné ses lignes de production. Le but était d’accroître les gains de rendement-matière, un aspect essentiel pour une entreprise qui scie 40 000 m3 de bois par an et qui s’est diversifiée sur la fabrication de parquet, en plus de la production de traverses de chemin de fer. « Avant notre investissement, explique le directeur général, nous produisions 550 000 m2 de lamelles de parquet par an. Aujourd’hui, nous atteignons 700 000 m2. Cet investissement a permis une montée en compétences de plusieurs de nos salariés, avec des machines à commandes numériques. C’est une évolution qui renforce l’attractivité de notre filière, dans une période où nous avons du mal à recruter ». L’entreprise s’est aussi récemment équipée d’une cellule réfrigérée à 6° pour conserver ses stocks de bois. Rendre concrète l’évolution de l’exploitation du bois, c’est aussi ce qui anime l’entreprise vendéenne Piveteau. Son dirigeant, Jean Piveteau, a intégré depuis une trentaine d’années la nécessité d’intégrer les première et deuxième transformations du bois sur ses trois sites (Vendée, Corrèze et Pologne) afin de faire de la valeur ajoutée, plutôt que d’accumuler les m3 de bois à scier. « Nous faisons, expliquait-il, du séchage, du lamellé-collé, de la charpente. Nous avons investi dans les technologies du rayon X et de la vision électronique. Les arbres qui arrivent chez nous sont cartographiés, ce qui permet de les aiguiller plus précisément en fonction de l’usage auquel on les destine et des propriétés mécaniques des différents bois. On gagne ainsi en efficacité dans nos plans de sciage ». Ce tri de qualités a aussi un autre avantage : il permet d’accumuler des données numériques qui, en retour, pourront faire progresser la sylviculture.

De nombreux secteurs d’avenir

En conclusion de cette table-ronde, Jacques Ducerf, le président de la Fédération nationale du bois se disait confiant sur le développement du marché de ce matériau : « La Réglementation environnementale 2020 (RE 2020) va permettre de développer les utilisations du bois. Il y a là un sujet à investir pour notre filière, et pas seulement sur la construction. Les secteurs de l’emballage, de la palette, du meuble, de l’agencement, la production d’énergie à partir de biomasse forestière, ou même d’engrais pour l’agriculture, avec le biochar, sont des perspectives intéressantes ». Le président rappelait d’ailleurs qu’il existe un projet de fabrication de Cross laminated timber (CLT, ou bois lamellé-collé) en Bourgogne, à partir du chêne. Fibois y réfléchit et une association a été créée dans cet objectif. On le voit, le futur du bois n’est pas une perspective bouchée !

Euroforest, le retour ! Ce grand salon professionnel autour de la filière bois, organisé à Saint-Bonnet-de-Joux, en Saône-et-Loire avait connu sa dernière édition en 2018. Il sera de retour du 22 au 24 juin 2023 et son comité organisateur s’est réuni le 30 juin à Dijon afin de lancer la réflexion sur son contenu. Selon son directeur, Richard Lachèze, la nouvelle édition du salon sera physiquement plus « ramassée », s’étalant sur un parcours de 2,5 km au lieu de 4 km auparavant. La dernière édition avait rassemblé plus de 350 exposants originaires de 23 pays et avait accueilli 42 000 visiteurs. Euroforest ambitionne vraiment de devenir le salon de référence du secteur, en Europe. L’organisation va gagner en professionnalisation et cible aussi un plus grand nombre de visiteurs internationaux. Parmi les axes importants de cette édition 2023 figureront la promotion des métiers et formations, ainsi que la prévention et la sécurité.