Protéines végétales
Un séminaire régional sur les protéines et l'alimentation humaine

Berty Robert
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Le Groupe opérationnel Proteins (GO Proteins) de Bourgogne-Franche-Comté organisait, le 3 décembre, à Dijon, un séminaire pour réfléchir aux pistes de valorisation des protéines animales et végétales en alimentation humaine. Une voie prometteuse… à condition que tout le monde se mobilise.

Un séminaire régional sur les protéines et l'alimentation humaine
Lors de la table-ronde du séminaire GO Proteins, à Dijon.

Après avoir traité de la question de l’introduction de l’azote et de celle des protéines végétales locales pour l’alimentation animale, le Groupe opérationnel protéines (GO Proteins) régional a bouclé la boucle en proposant, début décembre à Dijon, un séminaire abordant les voies de valorisation possibles des protéines végétales et animales locales pour l’alimentation humaine. Organisé dans les locaux du Village by CA (Crédit Agricole), l’évènement comprenait un séminaire et une table ronde. Cette dernière permettait de faire un point sur l’intérêt de favoriser la production de ces protéines sur notre territoire. Elle rassemblait le monde de la recherche, celui de la production et celui de la collecte et transformation. La première catégorie était représentée par Karine Gallardo, chercheuse à l’Inrae, la seconde par Didier Touillon, éleveur de bovins à viande en Saône-et-Loire, Vincent Lavier, secrétaire général de la Chambre d’agriculture BFC et Sylvain Marmier, président du comité d’orientation économie de la Chambre d’agriculture régionale. Quant à la troisième, c’est Christophe Richardot, directeur général de la coopérative Dijon Céréales et d’Alliance BFC, qui la personnifiait.

L’autonomie, une valeur fondamentale

La question de la souveraineté protéique apparaissait comme centrale dans les échanges : « On importe des produits, soulignait Christophe Richardot, qui ne répondent pas aux mêmes cahiers des charges que les nôtres et avec des enjeux de concurrence lourds. Dans ce contexte, une réflexion autour de la souveraineté, c’est important » . Pour Vincent Lavier, l’autonomie des exploitations est une valeur fondamentale dont il est convaincu, et pas seulement pour les protéines. Mais la volonté de souveraineté n’est pas forcément compatible avec le changement climatique : « Il peut nous impacter, reconnaît-il, mais la dépendance aux autres représente, pour nos exploitations, un impact encore plus fort. Réduire cette dépendance doit permettre plus de résilience face au changement climatique et la production de protéines végétales en est un moyen ». Il n’en reste pas moins vrai que certaines des plantes qui permettent de les produire sont sensibles aux à-coups du climat et Vincent Lavier a salué le travail fait en matière de recherche pour améliorer leur résistance. Karine Gallardo rappelait en effet que plusieurs projets de recherche sur la qualité des protéines sont menés par l’Inrae, dont le centre de Dijon fait référence dans ce domaine : « On s’intéresse aux capacités de certaines protéines à combler les besoins de l’organisme humain en acides aminés, on étudie leurs propriétés physico-chimiques pour développer des produits alimentaires (gels, émulsions). Nous avons aussi travaillé, en collaboration avec Dijon Céréales, sur le projet Leg Up de développement d’ingrédients innovants s’appuyant sur les légumineuses à graines. Il permet d’agir sur le goût des graines de légumineuses, de l’améliorer et donc de favoriser leur insertion dans l’alimentation humaine ». Fabrice Faivre, président du Comité d’orientation régional Agronomie et Filières végétales à la Chambre régionale d’agriculture abondait dans ce sens « la recherche a de l’avenir, parce qu’on en a besoin pour disposer de variétés résistantes, notamment face aux attaques d’insectes ravageurs ! ».

Travailler collectivement

Il est vrai aussi que la lumière mise sur les protéines végétales agace parfois dans l’élevage, producteurs de protéines animales. Didier Touillon confirmait que cette « concurrence » n’est pas vue d’un très bon œil mais l’éleveur de Saône-et-Loire ne considère pas pour autant qu’il soit nécessaire d’aller contre cela « c’est à nous, soulignait-il, de mettre en avant la qualité de nos produits et le travail en faveur de l’environnement que les éleveurs allaitants réalisent. Nous avons des cartes à jouer, je ne suis pas inquiet… ». Plutôt que d’opposer les uns aux autres sur cette thématique protéique, Christophe Richardot a insisté sur la nécessité de travailler de manière collective et a illustré son propos en évoquant le dossier Profilait, imaginé à l’échelon régional en lien avec la nécessité de l’autonomie fourragère dans les exploitations et la volonté d’indépendance affichée par le gouvernement. Il fédère 15 organisations dont les Chambres, le Conseil régional, les coopératives, la FRSEA et France Agrimer. « L’enjeu, expliquait Christophe Richardot, c’est de mettre en lien des producteurs de protéines végétales, des éleveurs (laitiers dans un premier temps) qui en consomment, et des transformateurs, en tentant de trouver un équilibre de prix, en sortant des aléas des prix mondiaux, et en contractualisant sur 3 à 5 ans ». Ce projet est en cours de finalisation avec un objectif : sortir un dossier de contractualisation en septembre prochain. Les productions locales de protéines peuvent aujourd’hui bénéficier d’un contexte plus favorable, à condition, toutefois, comme le soulignait Sylvain Marmier « qu’on réfléchisse à l’adaptation de nos pratiques culturales et que soit mise en place une gouvernance régionale qui travaillerait à la structuration d’une filière, de la recherche au consommateur. Il faut nous permettre de rencontrer le marché qui s’ouvre à nous, mais pour l’heure, il nous manque une véritable gouvernance. Les planètes sont alignées comme jamais pour parvenir à faire quelque chose dans notre région sur ce thème, il faut aller vite ».

Note : GO Proteins fédère la Chambre d’agriculture régionale de Bourgogne-Franche-Comté, l’Inrae, AgroSup Dijon, Terres Inovia, l’Institut de l’élevage, le GIEE Espoir viande Puisaye, l’Eplefpa Dijon-Quetigny-Plombières-lès-Dijon. La rediffusion du séminaire sera prochainement disponible sur la page internet GO Proteins. Renseignements : Hélène Gauchez : helene.gauchez@bfc.chambagri.fr

"Le marché est là, il faut le prendre"

Jean-René Menier est agriculteur dans le Morbihan. Il produit des céréales et des légumes destinés à la transformation. Élu à la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, il préside l’association Légumineuses à graines du Grand Ouest (Leggo). Il intervenait dans le cadre du séminaire Go Proteins.

• Présentez-nous Leggo.

Leggo est un collectif « du champ à l’assiette » créé en 2020 sous la forme d’une association, pour valoriser les protéines végétales. On ne parle pour l’instant que de protéines à destination de l’alimentation humaine mais nous réfléchissons à créer une équivalence sur l’alimentation animale. On ne veut pas mélanger les deux. Leggo fédère 50 membres répartis dans 5 collèges (producteurs, collecte et amont, transformation, distribution et restauration), des collectivités et un comité scientifique et technique. L’association bénéficie du soutien du plan France relance.

• Quel est votre objectif ?

"On a mené des études sur les attentes des consommateurs, sur les capacités pédoclimatiques de chaque territoire pour produire des protéines, et nous avons entamé un travail sur la contractualisation. Nous nous voyons comme un catalyseur de développement économique et l’objectif n° 1 c’est d’obtenir le consentement à payer des consommateurs pour avoir une acceptation à produire des agriculteurs. Ces derniers ne s’engageront que s’ils sont correctement rémunérés et les consommateurs ne suivront que si le prix est acceptable".

• La démarche de GO Proteins BFC vous paraît-elle adaptée à l’enjeu des protéines végétales ?

"La BFC doit relever trois challenges : la valorisation des filières de productions animales, celle des filières de protéines végétales pour le débouché de l’alimentation animale et celle des protéines végétales pour l’alimentation humaine. Si on ne produit pas ces protéines, elles viendront d’ailleurs. Sur ces questions, il est primordial de ne pas se faire la guerre entre agriculteurs d’un même territoire. Le marché est là : il faut le prendre. On doit trouver une réponse construite par un collectif pour chacun de ces challenges afin de mobiliser le plus largement possible. La contractualisation est une forme de réponse, qui permet d’accompagner techniquement les producteurs sur la durée".