Changement climatique
Des éleveurs bio Haut-Saônois dans la Drôme

Berty Robert
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Dans la vallée du Rhône, les éleveurs bios s’adaptent depuis plusieurs décennies aux évolutions du climat. Dans le cadre d’une formation Vivea, un groupe de quinze éleveurs haut-saônois s’est rendu sur place pour comprendre les leviers mis en œuvre et éventuellement s’en inspirer.

Des éleveurs bio Haut-Saônois dans la Drôme
Quinze éleveurs haut-saônois ont réalisé un voyage d’étude en région Auvergne-Rhône-Alpes sur le thème de l’adaptation au changement climatique.

Quinze éleveurs (ses) laitiers Haut-Saônois ont participé au voyage d’étude portant sur le thème de « l’adaptation des élevages laitiers bio au changement climatique ». La vallée du Rhône semblait être un territoire d’étude tout à fait adapté à cette problématique. Cette formation Vivea de quatre jours, à l’initiative du groupe lait bio porté par le GAB 70, Géniatest conseil élevage, la CA 70 et Interbio Franche-Comté, a permis de comprendre l’impact de l’évolution du climat sur le fonctionnement des élevages laitiers bio. Depuis sa création en 2015, plusieurs rendez-vous annuels permettent au groupe de travailler sur des thématiques telles que le pâturage, l’autonomie protéique, l’élevage des génisses. Il permet également aux éleveurs de se retrouver pour échanger leurs données technico-économiques. Avec les années de sécheresse qui se succèdent (à l’exception de 2021) l’adaptation des élevages laitiers au changement climatique s’est imposée comme un sujet en lien avec les problématiques actuelles. Quinze éleveurs du groupe ont répondu présent pour partir à la découverte du fonctionnement des élevages des Monts du Lyonnais et de la vallée du Rhône. Ce voyage d’étude de quatre jours a permis aux agriculteurs du groupe de comprendre les adaptations mises en place par les éleveurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Si tout n’est pas transposable dans les systèmes laitiers bios de Haute-Saône, les visites, les témoignages et les échanges permis par cette formation ont permis de comprendre les solutions d’adaptations mises en place par les agriculteurs du Rhône, d’Ardèche et de la Drome.

Adaptations techniques et systémiques

Au cours de ce voyage les éleveurs ont pu remarquer deux grands types d’adaptation. Des adaptations techniques : dates, modes de pâturage, mélange Saint-Marcellin, choix de la race… et des adaptations du système : mise en place de la vente directe, irrigation, autonomie protéique… En résumé, soit les agriculteurs ont accès à l’irrigation et dans ce cas, ils intensifient leur mode de production sur les parcelles irriguées pour être autonomes en fourrage. Soit l’irrigation est impossible et ils achètent des fourrages. Dans ce cas, ces achats sont financés par une augmentation de la valeur ajoutée sur leur ferme et par la mise en place d’un atelier de transformation et de vente directe. Tout cela étant facilité et favorisé par un bassin de population important et qui a un pouvoir d’achat élevé. Cela est-il transposable en Haute-Saône ? Pour certains peut-être, en fonction de leur secteur géographique. Si ce n’est pas le cas, les adaptations techniques suffiront-elles pour maintenir la rentabilité des fermes dans ce département de Bourgogne-Franche-Comté ?

Un séjour instructif

Bien qu’il reste encore des interrogations du côté des éleveurs Haut-Saônois, le retour est unanime : ils ont particulièrement apprécié le séjour : « nous avons rencontré des agriculteurs très ouverts prêts à partager leur savoir ». Ce fut également l’occasion de créer du lien au sein du groupe, « pour certains, nous faisons partie de la même laiterie mais nous ne nous connaissons même pas, c’était très enrichissant de pouvoir aussi échanger entre nous ». La Haute-Saône devrait à son tour être la terre d’accueil du prochain échange prévu dans le courant de cette année.

Déficit hydrique, quèsaco ?

Lorsqu’on s’intéresse aux prédictions des modèles climatiques, en Haute-Saône comme dans la Drôme, on fait face aux mêmes réalités : une hausse de la température et une pluviométrie annuelle qui varient peu en cumul, mais dont la répartition dans l’année devient plus chaotique. On s’attend à une hausse de 4 °C d’ici la fin du siècle, ce qui, en Haute-Saône, équivaudrait à un climat équivalent à celui de Montélimar. « À partir des années 1980 la température a augmenté de 0,5 °C tous les 10 ans et depuis 2010 la vallée du Rhône a connu neuf années de calamités sécheresse » nous explique Emmanuel Forel, conseiller fourrage et référent « climat 21 » à la Chambre d’agriculture d’Ardèche. Avec une chaleur plus conséquente, le phénomène d’évapotranspiration s’accentue et la réserve utile (en eau) des sols en reflète les conséquences. Car non seulement il pleut moins en période de sec, mais les plantes transpirent davantage. Cela se traduit par le concept de déficit hydrique des sols, qui reflète « l’état de disponibilité de l’eau dans le sol à un instant T ». On sait désormais que quand ce déficit hydrique descend en dessous du seuil de -400 mm, les plantes meurent sur pied. « Nous avons débuté l’année 2021 avec un déficit hydrique inférieur à zéro, il n’y avait plus de réserves dans nos sols » explique Mickaël Coquart.