Pratiques culturales
Zone inondable et prairie font-elles bon ménage ?

Berty Robert
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Les Chambres d’agriculture de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire mènent, depuis 2018, un travail expérimental sur les prairies inondables du Val de Saône. En Côte-d’Or, à Perrigny-sur-l’Ognon, un agriculteur a montré les résultats obtenus.
Zone inondable et prairie font-elles bon ménage ?
Les espèces réimplantées sur cette parcelle inondable réclament un temps variable pour donner leur pleine mesure en termes de rendement.
Le 10 mai dernier, les Chambres d’agriculture de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire ont convié les agriculteurs à une rencontre technique consacrée à la présentation des résultats d’un travail de recherche de références sur des prairies inondables du Val de Saône (voir encadré). Des travaux réalisés dans le cadre de la réponse à un appel à projets Biodiversité financé par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. Sur cette journée, dont la météo s’était mise au diapason de la thématique, puisqu’il tombait des cordes, deux sites étaient proposés à la visite : le premier en Saône-et-Loire, à Prety, près de Tournus, sur une parcelle implantée en 2017, et le second, à Perrigny-sur-l’Ognon, dans l’est de la Côte-d’Or. Là, l’implantation remontait à 2019 et était le fait du Gaec du Pasquier. Christophe Emery, gérant du Gaec, précise que la parcelle était en prairie naturelle, il y a 18 ans. « Nous l’avons réimplantée, précise-t-il, en ray-grass et trèfle et nous la faisons pâturer. Au bout de trois ou quatre ans, elle va se réensemencer toute seule. Mais il est très compliqué de réimplanter avec une espèce différente de celle qui était là précédemment ».

Laisser le temps à l’implantation de se faire
La parcelle en question est inondable mais sur un sol qui comporte du gravier et qui est très filtrant. L’exploitant est partisan de laisser l’implantation se faire seule, progressivement, au fil des années. Denis Chapuis, conseiller laitier expérimentation et nutrition au sein de la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, confirme qu’en laissant faire dans un milieu de ce type, des espèces (fétuque élevée, fétuque des prés, ray-grass anglais) reviennent d’elles-mêmes. « Ce qui m’interpelle, poursuit le conseiller, sur ce qu’on peut constater dans notre expérimentation, c’est que certains exploitants ne font qu’une fauche tardive. Peut-être que les espèces semées se resèment plus vite qu’en laissant monter la graine et que, de ce fait, on gagne du temps par rapport à la stabilisation de la prairie avec ce type de parcelle. Dans des milieux difficiles à implanter comme celui-là, si on ne fait que des fauches tardives la première et la deuxième année et qu’on laisse grainer, on doit disposer d’un stock de semences important qui permet au milieu de moins se dégrader ». Mais la fauche tardive n’est pas forcément une approche très habituelle pour les exploitants, comme le reconnaît Christophe Emery : « nous avons tendance à accélérer le cycle et la récolte, c’est peut-être une chose sur laquelle on devrait revenir, parce que la première coupe est ultra-déterminante et la date à laquelle elle est réalisée sera importante pour la suite. Il y a aussi le moment où l’on met les vaches à l’herbe qui compte. Les anciens disaient que les vaches “ tirent l’herbe ” et c’est vrai ! Là où j’ai mis des vaches de bonne heure, il y a de l’herbe ».

Retrouver la culture de l’herbe
Les espèces telles que les fétuques sont longues à s’implanter, plus que les ray-grass, souligne Denis Chapuis, ce qui se conjugue mal avec les pratiques répandues de fauche précoce. « Il faut se laisser le temps de refaire de la semence… » Christophe Emery fait néanmoins le constat que, dans le monde agricole, on reprend peu à peu conscience de la nécessité de valoriser les prairies : « Il y a vingt ans, très peu d’exploitants savaient les valoriser. Beaucoup ont délaissé leurs prairies et on s’est aperçu, à l’occasion des sécheresses de ces dernières années, que c’était une erreur. On a constaté la capacité des prairies à se régénérer seules. Dans un tel contexte, les zones inondables ont pris de la valeur… »
Le travail mené sur ces prairies inondables a pour but de répondre à deux objectifs :
- accompagner les exploitations à partir de la mise en place de parcelles pilotes définies en fonction du type de sol et des conditions d’hydromorphie et d’inondation pour répondre à la question suivante : quand, comment et avec quels matériels peut-on implanter une prairie ayant vocation à devenir naturelle et permanente en milieux humides inondables pour une exploitation en modèle extensif ?
- inciter les exploitants agricoles à implanter et maintenir des couverts herbacés pérennes dans des zones d’enjeu environnemental important, au-delà des couverts exigés dans le cadre de la conditionnalité, du verdissement et des bandes enherbées rendues obligatoires dans le cadre des programmes d’action en application de la directive Nitrates.