Irrigation
On repart pour deux tours ?

AG
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Le président des irrigants de Côte-d'Or évoque la campagne 2022. Celle-ci est espérée aussi « arrosée » que la précédente.

On repart pour deux tours ?
Pascal Chadoeuf, à Fauverney, a plus que limité sa consommation l'an passé. Seulement deux tours d'eau ont été réalisés en mars et avril sur des oignons repiqués, et autant sur des pommes de terre plus tard dans l'année.

Puisse 2022 être comme 2021, mais sans les péripéties rencontrées dans le val de Saône. « Il est vrai qu’à part ce gros problème, en termes d’irrigation, nous avons assisté à une campagne assez calme et donc favorable, qui nous a permis de limiter les besoins en eau des plantes. Ce contexte a généré moins de dépenses et de travail, un peu comme les éleveurs pour leur bétail », commente Pascal Chadoeuf. Seulement 2,5 millions de m3 d’eau ont été utilisés l’an passé dans le département : « c’est plus de deux fois moins qu’en 2019 et 2020 où à chaque fois, nous avions approché les 5, voire 5,5 millions de m3. En temps normal, nous avons besoin d’un volume compris entre 3 et 4 millions. Environ 200 exploitants avaient formulé une demande pour irriguer en 2021, mais près de soixante d’entre eux n’ont même pas eu besoin de sortir l’enrouleur… Il faut remonter loin pour irriguer aussi peu, en l’occurrence en 2007 et 2008. En 2007, nous n’avions pratiquement pas arrosé les betteraves. En 2008, cette filière avait disparu et les besoins étaient moindres, les nouvelles productions n’étaient pas encore tout à fait en place ». Un seul arrêté sécheresse a été pris en septembre. « L’essentiel des cultures était alors récolté, l’agriculture a été très peu impactée. Qu’il en soit de même en 2022… », ajoute le président du syndicat des irrigants.

Méfiance

Pascal Chadoeuf, dans l’idéal, souhaiterait voir « tomber » entre 25 et 30 mm chaque semaine : « cela nous irait très bien, sans que les rivières débordent pour autant… Mais la réalité est parfois toute autre, les dernières sécheresses ne sont d’ailleurs pas très loin de nous. La problématique irrigation reste pleinement d’actualité en Côte-d’Or, cela va sans dire. Nous avons des filières locales que nous devons approvisionner, sous peine de les perdre. Il n’y a pas de mystère : il nous faut de l’eau pour produire des légumes. Or, l’arrêté cadre est actuellement en révision au niveau national, et ce qui nous revient aux oreilles n’est vraiment pas encourageant… Les projets, tels qu’ils nous sont présentés aujourd’hui, retirent les pommes de terre et les oignons des cultures dérogatoires. Autrement dit, elles ne pourraient plus être irriguées dès lors que les seuils « alerte renforcée » et de « crise » seraient atteints. Notre syndicat, appuyé par la FDSEA et la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or, est pleinement mobilisé sur le sujet. Nous associons même les filières dans notre démarche syndicale, car il y a beaucoup trop d’enjeux économiques derrière cela. Ce serait tout de même incroyable d’en arriver là, à l’heure où les Pouvoirs Publics ne cessent de prôner les circuits courts et la production locale… ». Le Côte-d’orien rappelle que seulement 500 ha de pommes de terre, 400 ha d’oignons et 800 ha de maïs semence sont aujourd’hui cultivés dans le secteur : « la majorité de ces productions est destinée à la consommation locale. Dans les années 2000, nous avions déjà 500 ha de pommes de terre, voire plus, mais il y avait aussi 3 000 ha de betteraves irriguées et 1 500 ha d’oignons… Ce qui ne sera plus produit chez nous le sera forcément ailleurs, il faudra alors importer les marchandises, avec un mauvais bilan carbone ».