Jacques de Loisy, président de la section Grandes cultures au sein de la FRSEA Bourgogne-Franche-Comté, revient sur ce qui a été obtenu pour les zones intermédiaires. Des avancées qui ne seront pas de trop face au bouleversement que provoque la guerre en Ukraine.

L'actualité régionale des productions végétales

Le 29 avril, un navire chargé de 70 000 tonnes de maïs ukrainien a quitté le port roumain de Constanza, sur la Mer Noire. Une victoire symbolique sur le blocus imposé aux ports ukrainiens par la marine Russe depuis le début de la guerre, le 24 février, mais qui ne doit pas masquer les vraies craintes que la situation fait peser sur les productions végétales mondiales. Cette réalité, le côte-d’orien Jacques de Loisy, président de la section Grandes cultures au sein de la FRSEA, tient à la rappeler. « Le conflit ukrainien, explique-t-il, a fait gonfler les prix des céréales et des oléagineux. Il pose aussi de gros problèmes aux producteurs en matière d’approvisionnement (carburant, engrais, pièces détachées pour les machines…), par ailleurs, pour certains pays dans le monde, les choses commencent à devenir compliquées ».

Résultat d’un long travail

Dans un tel contexte, les exploitants en productions végétales de BFC sont préoccupés, d’abord par les chutes de pluies de ces derniers jours, assez inégalement réparties, entre le plateau châtillonnais, peu gâté, et le reste du département. Mais, au-delà de la météo, les choses évoluent plus largement. « Le dossier des zones intermédiaires pour lequel un long travail collectif, mêlant Chambres d’agriculture, syndicats et différentes organisations professionnelles a été mené, avance, souligne Jacques de Loisy. Nous avons obtenu une enveloppe de 45 millions d’euros pour la Mesure agro-environnementale et climatique (MAEC) zone intermédiaire (ZI), qui se répartit en 9 millions d’euros par an sur cinq ans. BFC est parvenu à capter près d’un tiers de l’enveloppe nationale annuelle de 30 millions d’euros. Cela témoigne du poids syndical qui a été le nôtre sur ce dossier. En parallèle, nous bataillons avec les services de l’État pour que le cahier des charges se rapportant à cette MAEC ne soit pas trop complexe, afin qu’un maximum d’agriculteurs puissent y accéder ». Pour le vice-président de la FRSEA, il importe aussi de veiller à ce que cette MAEC ZI « ne serve pas de palliatif aux carences de l’État qui a supprimé l’aide au maintien en agriculture biologique. L’État et les Régions auraient pu prévoir un budget pour les bios. Il ne faut pas que cette enveloppe MAEC s’y substitue. Chacun doit avoir son enveloppe, les attentes des bios sont légitimes mais elles ne sont pas les mêmes. La réponse que l’État et la Région doivent apporter ne peut pas se faire au détriment de la MAEC-ZI ». C’est là notamment la position de la commission productions végétales de la FRSEA BFC qui s’est réunie il y a quelques jours.

« Avoir le courage de revenir sur une position »

Elle s’est aussi penchée sur la question, là encore liée au conflit en Ukraine, du maintien de la stratégie « Farm to fork » au sein de la PAC. « Nous souhaitons que l’Union européenne revoie sa copie. Dans ce contexte, il nous paraît aberrant de mettre des terres en système non productif. Nous permettre, en 2022, de retourner les jachères, pour en faire des cultures de production, c’est bien pour les médias, mais je ne suis pas sûr que cela pèse beaucoup : on sait qu’une terre en jachère doit être retravaillée convenablement, il nous faut aussi les semences et l’engrais. Cela ne se fait pas d’un claquement de doigts. Il faut que la jachère disparaisse dans la future réglementation de l’UE. Nous devons produire, dans le respect de l’environnement, ce que nous faisons depuis longtemps. Même si la guerre s’arrêtait demain matin en Ukraine, il faudra plusieurs années pour que le pays se remette en ordre de marche. L’Europe doit avoir le courage de revenir sur sa position et doit s’assurer que les producteurs français et européens disposent de moyens de production et de protection des cultures. Dans l’immédiat, pour la récolte 2023, il faut s’assurer que les producteurs auront des fertilisants ». En BFC, les productions végétales, c’est 5 600 exploitations.