Le 7 juin, Axéréal proposait une journée technique dans la Nièvre (Varennes-Lès-Narcy) à tous ses adhérents, dans le cadre des Rencontres agronomiques de la coopérative. 

Une journée pour épauler
Environ 900 exploitants ont participé aux six événements répartis sur le territoire de la coopérative dans le cadre des Rencontres agronomiques.

Les Rencontres agronomiques d’Axéréal sont, pour rappel, organisées sur l’ensemble du territoire de la coopérative. Au total, six événements étaient proposés dans divers départements (36, 18, 41, 45, 28) dont la Nièvre. Plus précisément, ce dernier avait lieu à Varennes-lès-Narcy, sur l’exploitation de Michel Lebon, le 7 juin dernier.

Matinée aux champs

La journée fut rythmée par divers temps spécifiques. Ainsi, la matinée fut consacrée à quatre ateliers avec visites d’essais et fosse. Les participants ont pu récolter des informations sur les thèmes suivants : Quels leviers d’action pour limiter l’empreinte carbone ? Comment obtenir un colza robuste pour répondre aux contraintes de production ? Quelles sont les variétés de céréales adaptées aux attentes des clients et aux contextes agronomiques ? Comment restaurer la fertilité physique et biologique des sols ?

Le village de l’après-midi

Pour aller un peu plus loin, neuf stands étaient mis à disposition en accès libre l’après-midi pour offrir un conseil plus personnalisé. Les thèmes regroupaient principalement la préparation de l’assolement (Pac 2023, HVE, génétique, biodiversité), l’adaptation des conduites culturales (adventices, apports azotés, bilan carbone), et enfin la valorisation des productions (nouveau schéma de distribution agrofournitures de la coopérative et gestion du risque de commercialisation).

Changement de cap

Cette journée regroupe donc des sujets axés sur l’économie afin de compléter le volet agronomique de la profession. Un nouveau choix assumé par le groupe comme le souligne Patrick Têtard, pré́sident de la région Loire Nivernais Nièvre chez Axéréal : « Aujourd’hui, les exploitants doivent produire plus, mieux et de manière durable. C’est avec cette idée en tête que nous avons adapté les thèmes de cette journée afin de répondre le plus largement possible aux interrogations qu’ils se posent sur les nouveaux enjeux (changement climatique, PAC 2023, stockage carbone, vie du sol, etc.) ». Thomas Monville, responsable du service agronomie d’Axéréal continue : « Le groupe évolue, tout comme la profession. De ce fait, et comme nous avons une fonction de support technique, il est donc logique de nous attarder sur les nouveaux besoins, comme la réduction des intrants ou encore l’empreinte carbone ».

Monde incertain

Patrick Têtard poursuit : « Nous sommes dans un monde chahuté où les repères ont complètement changé notamment par le cours des marchés fluctuant très rapidement. Nous pensons qu’il est nécessaire de garder la tête froide face à tout cela afin de conserver une durabilité économique dans les exploitations en vue de pouvoir prospérer et, à terme, faire évoluer nos pratiques dans le bon sens, grâce à l’investissement dans les nouvelles technologies pour être plus précis dans nos apports, entre autres. Nous conseillons d’éviter les comportements impulsifs en échelonnant achats et ventes sur l’ensemble de l’année, afin d’avoir une continuité stable dans les gestions des exploitations ».


D’autres pratiques

Thierry De Beaucorps, directeur commercial régional chez Axéréal, détaille : « cette gestion durable passe également par l’appropriation de nouvelles normes, comme le stockage carbone. Cela permet d’aller vers des systèmes raisonnés sans mettre en péril l’exploitation puisque le rendement est plutôt conservé et que cela apporte une valeur ajoutée à l’économie de l’entreprise. Mais, toutes ces nouvelles contraintes sont à mettre en place progressivement, car nous travaillons sur des temps longs avec les cycles de la nature. L’agriculture peut s’améliorer, mais avec des outils adaptés prenant en compte ces périodes de travail. Pour y arriver, des solutions combinatoires sont à mettre en place. De même, la recherche est là pour nous épauler afin de trouver ces dites solutions (par exemple les nouvelles variétés de céréales). Il y a une véritable demande des clients de la filière pour ces produits plus respectueux de l’environnement, à nous de nous adapter pour les fournir car il ne faut pas perdre à l’esprit que nous devons nourrir une partie de la population mondiale ».


Des interrogations multiples

Face à cela, quelques questions se lèvent : faut-il rééduquer les clients et consommateurs afin qu’ils comprennent les contraintes des exploitants et adaptent leurs besoins ? Faut-il réduire la spéculation sur les marchés pour permettre aux consommateurs et aux vendeurs d’avoir des prix « raisonnables » ? Si un rendement minimum est obligatoire pour survivre, l’interdiction de certains produits phytos signe-t-elle la fin des volumes français et donc de certaines exploitations ? Pour Patrick Têtard et Thierry De Beaucorps, les réponses sont liées : « une communication sur notre métier est nécessaire pour l’ensemble de la filière afin qu’ils comprennent nos contraintes pour mettre en place ces évolutions. Cela nous mène directement aux fluctuations des marchés qui dépendent principalement d’événements incongrus comme les guerres, les conditions météorologiques compliquées ou encore des pénuries diverses. Et c’est pour cette raison que, là encore, une communication est importante pour expliquer les augmentations ou baisses de prix à tout le monde afin d’arriver à une certaine acceptation. Enfin, sur la question des phytos, et donc des rendements, nous prônons le principe du : pas d’interdiction sans substitut. Un peu comme en médecine où le traitement systématique par antibiotiques a été revenu en intégrant de nouvelles pratiques/solutions. Nous ne pouvons révolutionner toute la filière en un jour. Mais, nous pouvons travailler quotidiennement (via la recherche de nouvelles variétés, pratiques, ou leviers) à l’améliorer et à la rendre plus vertueuse. Dans tous les cas, il y a une véritable prise de conscience sur la question du changement climatique et des pénuries à venir (eau, alimentation, etc.), nous sommes tous concernés, c’est pourquoi le mieux est de travailler ensemble pour avancer ».

Le mot d'un participant
Hugo Verdonck, exploitant à Coulanges-sur-Yonne et adhérant Axéréal.

Le mot d'un participant

Hugo Verdonck, 48 ans et exploitant à Coulanges-sur-Yonne (pour un total de 350 ha dont 80 ha se trouvent dans la Nièvre) explique : « Nous avons de plus en plus de difficulté à avoir des champs propres et nous devons avoir une réflexion sur l'optimisation des produits phytosanitaires. Tout cela m'a notamment amené à opter pour d'autres pratiques comme le désherbage mécanique (bineuse et herse étrille) en complément. Avec ces rencontres, outre l'aspect technique apporté par les techniciens, nous pouvons échanger avec d'autres agriculteurs sur nos pratiques. Cela est à la fois un lien professionnel et social pour trouver des solutions aux problématiques qui s'imposent à nous ».